Le secrétaire d’État à la migration (SEM) a ordonné l’expulsion d’une femme tchétchène et de son fils de 11 ans pour le lundi 14 mars 2016. La femme, qui a déjà assisté à la méthode employée par l’État suisse pour déporter vers Moscou ses trois filles majeures – qui sont désormais recherchées par les services secrets tchétchènes et dont leurs intégrités physiques et leurs vies sont menacées – a été retenue jusqu’à ce lundi dans un hôpital psychiatrique à Embrach (canton de Zurich). Son fils a également été retenu comme détenu dans un hôpital psychiatrique à Meilen (canton de Zurich) pour « enfants traumatisés » (sic !), pour être sûr qu’il ne puisse pas s’échapper jusqu’à son expulsion. Mais le plan du SEM, qui comptait se débarrasser à tout prix de ces deux personnes dans le délai imparti, a échoué.

Vu que le médecin responsable de l’hôpital a diagnostiqué la femme en question apte à «  prendre l’avion » bien avant le lundi matin et a voulu la faire emmener à 9h (la femme menaçait depuis longtemps de se tuer en cas d’expulsion, et c’est pour cette raison qu’elle a été placée depuis pas mal de temps sous surveillance), les criminels en civil de l’État étaient déjà à pied d’œuvre chez le fils à 8h30. Peu de temps après, environ 60 personnes avec des banderoles remplissaient la zone autour de ce sinistre bâtiment de psychiatrie à Meilen. La seule voie d’accès avait été barricadée et, à l’entrée, la sœur de la mère tombait sur son neveu, qui l’entrelaçait de la même façon après quoi les deux ne se lâchaient plus.

Les flics, et aussi le personnel médical, se tenaient relativement en retrait, « Il y aurait ici des enfants traumatisés dans le bâtiment et on ne voudrait pas les effrayer  » était une des nombreuses justifications humanitaires des flics et des responsables de l’hôpital. Oui, une expulsion douce et dans l’anonymat aurait certainement été préférable pour ces thérapeutes dégoûtants, « qui ne font que leur travail  ». «  Alors ça devient un vol spécial ma foi, et c’est pas non plus le mieux pour un enfant », n’est qu’une des nombreuses déclarations des travailleurs de la clinique, ce qui démontre leur idéologie détestable et de collabos. Pendant que devant la clinique à Embrach des personnes solidaires protestaient aussi contre l’expulsion de ces deux personnes et « occupaient » également le hall d’accueil, le temps s’écoulait et les vols de midi vers Moscou devenaient au fur et à mesure inaccessibles pour la machine à déporter. Plus tard, la pression a été exercée par téléphone sur le médecin responsable, jusqu’à ce que ce dernier décide de réexaminer la femme, à cause de la situation qui s’aggravaient encore plus à la clinique – et devinez quoi ? Inapte à prendre l’avion ! L’expulsion a été annulée – bien évidemment sous prétexte médical.

Ce qui va suivre désormais est une procédure nationale au cours de laquelle tout doit être encore une fois appliqué de façon bureaucratique et rejugé, qui dans ce cas pourrait durer plusieurs mois voire des années. Sans résistance, l’Etat suisse avec le médecin responsable de la clinique (les médecins ont toujours la possibilité de déclarer une personne inapte à prendre l’avion) auraient reconduit deux personnes à la frontière sans sourciller, sur lesquelles il est clairement évident que dans leur pays d’origine planent la menace de la torture, la prison et d’autres choses pire encore. La journée de lundi n’en finissait pas pour les flics en civil chargés d’expulser, qui se cachaient pendant tout ce temps dans l’hôpital de Meilen. Lorsque le groupe de 60 personnes se redirigeaient lentement en direction de la gare, ils ont finalement voulu finir le travail. Après qu’un flic ait annoncé de manière détendue qu’ils pouvaient maintenant y aller, un collègue a répliqué : « Non, nous ne pouvons pas y aller, nos pneus sont crevés et le pare-brise est tagué ».