DĂ©cembre 4, 2021
Par La Bogue
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Le 1er dĂ©cembre 2018, une marseillaise de 80 ans postĂ©e Ă  la fenĂȘtre de son appartement au 4e Ă©tage reçoit de plein fouet une grenade lacrymogĂšne tirĂ©e au canon par les forces de l’ordre au cours de l’acte III des gilets jaunes.

Elle dĂ©cĂšde de ses blessures le lendemain…

Il y a trois sortes de violence. La premiĂšre, mĂšre de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui lĂ©galise et perpĂ©tue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui Ă©crase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilĂ©s.

La seconde est la violence rĂ©volutionnaire, qui naĂźt de la volontĂ© d’abolir la premiĂšre.

La troisiĂšme est la violence rĂ©pressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la premiĂšre violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la premiùre, qui la fait naütre, et la troisiùme qui la tue.

Dom Helder Camara

Le 1er dĂ©cembre 2018, une marseillaise de 80 ans postĂ©e Ă  la fenĂȘtre de son appartement au 4e Ă©tage reçoit de plein fouet une grenade lacrymogĂšne tirĂ©e au canon par les forces de l’ordre au cours de l’acte III des gilets jaunes.

Elle décÚde de ses blessures le lendemain.

Le 30 octobre 2021, la patron de la police nationale annonce le classement sans suite de cette affaire.

Dans l’intervalle, la contre-enquĂȘte menĂ©e par sa famille et des collectifs de soutien, bien que confrontĂ©e Ă  de nombreuses rĂ©tentions d’informations et maquillages, a pu dĂ©montrer sans doute possible la responsabilitĂ© des forces de l’ordre ; l’appartement de Zineb Redouane a de son cĂŽtĂ© Ă©tĂ© placĂ© sous scellĂ©es dĂšs le 5 dĂ©cembre, n’a fait l’objet d’aucune visite d’enquĂȘteurs et a finalement Ă©tĂ© revendu ; la compagnie de CRS Ă  laquelle appartenait l’auteur du tir n’a fait l’objet d’aucune enquĂȘte de la part des services compĂ©tents ; le tĂ©moignage de Zineb, qui expliquait au tĂ©lĂ©phone qu’un policier la visait quelques instants avant le tir, n’a fait l’objet d’aucune considĂ©ration


Le 1er dĂ©cembre 2018, une femme est morte sous les feux de la violence rĂ©pressive. Et aprĂšs ?

Depuis lors, nous avons connu la suite du mouvement des gilets jaunes, que seul un confinement général 28 mois plus tard aura pu étouffer (mais dont les braises et les raisons brûlent encore).

Nous avons connu la « crise du COVID Â», avec l’incurie des gouvernements, leurs manipulations de masse, leur techo-« monde d’aprĂšs Â» tellement pire que le prĂ©cĂ©dent, et mĂȘme la dĂ©nonciation quasi-unanime et condescendante envers celles et ceux qui se sont soulevĂ©s contre celui-ci.

Nous avons connu la systĂ©matisation de la rĂ©pression violente, la rĂ©pression et le harcĂšlement judiciaires toujours plus dĂ©bridĂ©s, le dĂ©ni de rĂ©alitĂ© et de responsabilitĂ© encore cent fois rĂ©itĂ©rĂ©s, et encore et toujours, ces signes de surveillance totale et ces interventions au petit matin pour Ă©craser ce qui semble s’agiter un peu trop


Des mutilations aux humiliations, des meurtres Ă©touffĂ©s aux interpellations arbitraires, l’ Â« hypocrisie Â» s’assume, communique, et pas-Ă -pas, habitue tout le monde au pire. Chaque exaction de l’État fait un peu moins de bruit que les prĂ©cĂ©dentes ; et bientĂŽt un soulĂšvement suivi de couvre-feu dans les Antilles ne suscite, mĂȘme aprĂšs deux semaines, presque aucun article dans les medias « militants Â». Les gouvernements et leurs polices comptent sur l’isolement, les manipulations et l’habituation Ă  leur hypocrisie pour poursuivre leur mĂ©faits et faire oublier qu’il sont la premiĂšre source de toute violence sociale. Tout, ou presque, semble leur donner raison


Relevons la tĂȘte !

Un article paru ces derniers jours sur le site mars-infos.org replace le meurtre de Zineb dans toutes ses dimensions, rappelant les exactions du pouvoir et de sa police Ă  Marseille comme au-delĂ , et appelle Ă  un week-end de rencontres et d’actions pour ne pas oublier et « poursuivre la lutte contre les crimes et l’oppression policiĂšre dans les quartiers, en manif, dans nos vies Â».

Les collectifs « vĂ©ritĂ© et justice Â» crĂ©Ă©s suite aux incessantes bavures policiĂšres continuent Ă  se faire connaĂźtre et Ă  se rencontrer, et mĂšnent de plus en plus souvent des actions communes. Les personnes ciblĂ©es par l’arbitraire (anti-)terroriste et leurs soutiens se rencontrent elles aussi, comme l’ont proposĂ© les comitĂ©s 812 et le comitĂ© 15 juin ainsi que le comitĂ© de soutien aux inculpĂ©s de Bure. Les personnes « mutilĂ©es pour l’exemple Â» et leurs soutiens, dans leur lutte contre l’armement et l’impunitĂ© policiĂšres, continuent elles aussi Ă  se faire connaĂźtre et Ă  se rencontrer.

De tous ces espaces, de toutes ces rencontres, les liens se tissent, les histoires se racontent et se partagent, et quelque chose doit enfin Ă©merger qui permette de contrer la violence rĂ©pressive, et surtout, au-delĂ  d’elle, celle « qui fonde toutes les autres Â».

Le monde se referme. Ne faisons plus profil bas.

Justice et vĂ©ritĂ©, pour Zineb et pour tous !

La riposte est la seule voie : organisons-nous !



Quelques membres du « comitĂ© 15 juin Â»

constitué en soutien aux personnes interpellées et inquiétées

lors de l’intervention policiĂšre du 15 juin 2021 en Limousin




Source: Labogue.info