Pour les participant·e·s dĂ©jĂ  prĂ©sent·e·s, l’agitation palpable depuis le dĂ©but de la journĂ©e annonce le dĂ©but du week-end ZADenVies. Il faut attendre 17h passĂ©es pour que des ami·e·s de la ZAD inaugure le festival par un discours qui explique pourquoi il Ă©tait important de tenir ces rencontres aprĂšs le confinement, et cela malgrĂ© la circulation du covid. Iels rappellent en mĂȘme temps l’intĂ©rĂȘt de porter un masque lorsque nous sommes nombreureuses rassemblé·e·s, afin d’instaurer un cadre inclusif et nĂ©cessaire pour les personnes les plus vulnĂ©rables.

Vendredi 28 aoĂ»t

Intervention de Baptiste Morizot : la grande arnaque de la “production” agricole

C’est seul face Ă  l’auditoire que pendant une bonne heure, Baptiste Morizot dĂ©roule le fil de sa pensĂ©e, puis il tente ensuite de rĂ©pondre aux questions dont il se sent lĂ©gitime de rĂ©agir. En voici le rĂ©sumĂ© le plus fidĂšle possible, Ă©crit pour vous plonger dans la pensĂ©e de Baptiste Morizot, ce sont donc ses idĂ©es qui s’expriment ici…

Baptiste lie la crise Ă©cologique Ă  une crise de la sensibilitĂ© dans l’occident.

Il revient sur le fait qu’habiter un territoire est liĂ© Ă  des pratiques d’usage, de travail avec du vivant, le bois, l’élevage, le pĂąturage, 


“On va faire de l’archĂ©ologie ensemble : pourquoi l’agriculture et la foresterie modernes se sont dĂ©veloppĂ©es ? C’est quoi exploiter un territoire ? Qu’est-ce qu’on fait quand on fait de l’agroforesterie, de la permaculture ?”

Il cite le travail de Michael Wise, auteur de Producing Predators et celui d’une antropologue Black Feet, Betty Bastien, Black feet ways of knowing.

On commence par un “western” qui se dĂ©roule dans l’Alberta, dans les grandes plaines amĂ©ricaines. Baptiste expose deux rapports au vivant diamĂ©tralement opposĂ©s.

D’un cĂŽtĂ©, les indiens Black Feet, les bisons, les loups, une faune bigarrĂ©e (& du whisky !). Et de l’autre cĂŽtĂ©, les propriĂ©taires de ranch et de bĂ©tail qui s’installent et avec eux l’industrie intensive de production de viande de bƓuf. C’est un projet colonial de production de valeur par substitution des bisons par des vaches.

C’est dans ce contexte que Betty Bastien pose la question suivante. Pourquoi j’ai ce nom ? Quel est le sens profond de ça ?

Et de trouver une rĂ©ponse : ce n’est pas compliquĂ©, nous vivions dans un autre monde dans lequel nous Ă©tions constitué·e·s par des relations avec du vivant autour de nous, ce qu’elle appelle des « alliances interspĂ©cifiques Â». Cela reprĂ©sente une cosmologie dans laquelle vivre c’était Ă©changer avec toutes les autres formes de vie autour. Le colonialisme a voulu nous sĂ©parer de nos relations constitutives et nous cantonner dans un espace de relations dans lequel on est un individu – notamment via les tickets de rationnement.

L’opĂ©ration coloniale consiste Ă  dire que vous n’aurez plus de relation d’échanges de vie mais des relations marchandes et contractuelles qui prennent deux formes : le commerce et l’hĂ©ritage et c’est pour ça que vous aurez un nom de famille car vous en avez besoin pour hĂ©riter.

Hygiénisation monospécifique

Pourquoi a-t-il fallu hygiĂ©niser ? Qu’est ce qui justifie cette sĂ©paration de la vie collective avec les bisons et autres vivants ?

RĂ©ponse : selon les ranchers il y a deux types d’ĂȘtres : ceux qui sont capables de produire et ceux qui en sont incapables. Nous ranchers, sommes capables de produire, de produire de la valeur Ă©conomique et face Ă  nous il y a des ĂȘtres qui ne savent pas faire : les Black Feet et les loups. Ils savent uniquement prĂ©dater. Les loups comme les Black Feet sont prĂ©dateurs des bisons. Ils dĂ©truisent de la valeur.

C’est ce discours qui justifiera la prise de terre et l’éradication des peuples indiens.

“On prend du recul maintenant et on va faire de l’écologie fonctionnelle”.

Il y a du soleil qui arrive dans une prairie. La photosynthĂšse capture l’energie solaire et produit de la matiĂšre vivante sous forme de graminĂ©e. Un animal arrive, il broute. Le bison vit par une symbiose entre un organisme unicellulaire bactĂ©rie et son rumen. Ce sont les bactĂ©ries qui mangent le vĂ©gĂ©tal et qui nous nourrissent. Les mammifĂšres sont incapables de manger des vĂ©gĂ©taux sans ces bactĂ©ries.

L’arnaque des ranchers :

soleil → graminĂ© —→ bison = pas produire ou prĂ©dater ou dĂ©truire

soleil → graminĂ© —→ bƓuf = produire

Or, ce discours va se diffuser jusqu’à nous. Aujourd’hui, dans les chambres d’agriculture, on parle de production. Produire de la viande, produire des vĂ©gĂ©taux, produire du bois.

Qu’est ce que ça veut dire produire ?

Les humains blancs capitalistes seraient capables de produire de la valeur. La figure du cow-boy performe le rĂŽle du producteur. Le reste du monde : ne fait que dĂ©truire.

La mĂȘme histoire est racontĂ©e partout : pendant 300.000 ans on Ă©tait des chasseurs cueilleurs et au nĂ©olithique nous avons pris le contrĂŽle de notre propre destin. Et on rĂ©sume ça en disant : nous sommes passĂ©s de la prĂ©dation Ă  la production : Pour mieux comprendre cette idĂ©e, suggestion de bouquin cĂ©lĂ©bre “Man makes himself” de Gordon Childe.

Le sens du mot production par Descola

Un individu humain bien individualisĂ© va projeter sa matĂ©rialitĂ©/intĂ©rioritĂ©/individualitĂ© sur une matiĂšre passive pour lui donner forme pour en ĂȘtre totalement responsable, se l’approprier et l’intĂ©grer Ă  un systĂšme d’échange et de valeur.

Or, exemple du grain de blĂ© : est-ce qu’un agriculteur a projetĂ© son individualitĂ© sur le grain de blĂ© ? Non rien du tout de ça ! Le blĂ© a suivi son propre parcours millĂ©naire. Les grains sont tous diffĂ©rents.

Ce sont des expressions des propositions spontanées du vivant. Le paysan sélectionne mais il ne produit pas.

C’est parce que vous dites que vous produisez, parce que vous crĂ©er ce mythe qu’il est possible de le faire rentrer dans l’espace marchand. Les jivaros, selon leurs termes “accompagnent la genĂšse du manioc” mais “ne produisent pas”.

Vous ne pouvez pas vous appropriez quelque chose que vous n’avez pas produit.

Dans la brevetabilitĂ© du vivant, faire varier un gĂȘne sur des millions qui ont Ă©voluĂ©s pendant des milliers d’annĂ©es et dire c’est Ă  moi, c’est occulter et dĂ©valuer ce que fait le vivant, son agentivitĂ© et surĂ©valuer ce que fait l’humain. Ça gĂ©nĂšre un mythe qui se transforme en Ă©conomie politique.

Exemple illustrant de la Joconde : « mettre un point en haut Ă  droite du tableau, et dire, ça y est le tableau est Ă  moi Â».

DeuxiĂšme consĂ©quence du mythe de la production :

C’est vous qui produisez vous ne devez rien au milieu. Il n’y pas de rĂ©ciprocitĂ© de restitution.

Chez les black feet, le territoire est la terre nourriciĂšre donc le milieu est donateur, vous ĂȘtes donc embarqué·e·s dans ce mĂȘme monde. NĂ©gation de ce qu’on reçoit du milieu donateur : non non c’est nous qui l’avons produit.

Quel est l’espace de relations au vivant lorsqu’on sabote le mythe de la production ?

On sabote le 1er point, on arrĂȘte de dĂ©valuer les agentivitĂ©s et d’un coup on est embarquĂ© dans des interdĂ©pendances constitutives. Ex : les pollinisateurs.

Mais alors comment on nomme ce qu’on fait ?

On s’intĂ©resse aux propriĂ©tĂ©s conceptuelles du mot. On pourrait utiliser les mots Accueillir/ cultiver/ collaborer/ recueillir/ Ă©lever. Mais il fait avant tout saboter le concept de production. Abolir la production permet d’abolir l’appropriation des dynamiques du vivant.

Pourquoi on garde alors le terme « exploitation Â» ? Car il ne faut pas angĂ©liser les relations au vivant. Quand on fait de la paysannerie, on crĂ©e des dĂ©sĂ©squilibres. Pas de rĂ©ciprocitĂ© totale, cela reste Ă  l’avantage du paysan. Pas de relation strictement symĂ©trique. On favorise des formes de vie au dĂ©triment d’autres, pas de drame moral lĂ -dedans. Pas de scrupules Ă  utiliser le mot « exploitation Â» (pas au sens marxien). La permaculture n’est pas un pur partenariat Ă©galitaire.

On pense alors la rĂ©ciprocitĂ© obligatoire avec le milieu. C’est un chantier immense. Donner quelque chose Ă  une forĂȘt qui vous donne du bois, c’est quoi ? C’est cette exploration qui me fascine. Attention Ă  ne pas le refermer avec une thĂ©orie unifiĂ©.

On peut alors affirmer que PERSONNE N’A JAMAIS RIEN PRODUIT.

Nous captons de l’énergie, des dynamiques du vivant.

Le maraĂźchage, la permaculture, l’agroforesterie, c’est ne pas produire de maniĂšre moins impactante. Mais c’est reconnaĂźtre :

  • l’agentivitĂ© du vivant
  • la rĂ©ciprocitĂ©
  • le fait que la valeur de vie circule entre espĂšces et pas seulement entre nous.

Souvent les paysan·ne·s sont dĂ©jĂ  au-delĂ  de la production ou mĂȘme illes n’ont jamais Ă©tĂ© dedans.Tout est lĂ  mais occultĂ© par le discours dominant. Il faut les faire monter dans la lumiĂšre. Ces Ă©vidences sont dans les traditions paysannes et il faut les faire pousser.

Vient ensuite le temps des Ă©changes/questions avec quelques individu·e·s du public :

“Tu parles d’égards mais oĂč est la limite de ces Ă©gards dans l’élevage quand on tue des animaux alors que ce n’est pas nĂ©cessaire ?”

RĂ©ponse de Baptiste : Je ne suis pas vegan ni antispĂ©ciste. Je mange trĂšs peu de viande et je pense que le vĂ©gĂ©tarinisme est trĂšs pertinent mais je ne pense pas que ce soit un crime de manger des animaux.

Quels sont les Ă©gards ajustĂ©s liĂ©s Ă  l’élevage ? Moi, je ne peux pas rĂ©pondre.

Si on sort des deux extrĂȘmes – entre traiter le vivant comme de la merde ou le traiter comme une personne morale, le sanctuariser – il y a un espace de discorde, il faut un dĂ©bat dĂ©mocratique. Il faut mettre en place une enquĂȘte collective pour voit quels sont les Ă©gards que l’on a.

L’anti-spĂ©cisme n’existe pas si sa dĂ©finition est la lutte contre la discrimination liĂ©e Ă  une espĂšce. Il y a 10 millions d’espĂšces dans la biosphĂšre. Pour les animaux sentients, les vertĂ©brĂ©s supĂ©rieurs, ça fait 500 000 espĂšces. Il y a donc 9 500 000 espĂšces sortis du registre du traitement moral avec cet anti-spĂ©cisme. C’est plutĂŽt du patho-centrisme.

Autre intervention du public par un dĂ©tour par le marxisme qui permettrait d’avoir un prisme sur la lutte des classes alors que le discours philosophique de Baptiste dĂ©politiserait la question de la production. L’aboutissement de cette pensĂ©e devrait pointer les alliĂ©s, les ennemis, … L’enquĂȘte exploratoire des Ă©gards ajustĂ©s n’est pas encore aboutie.

On peut tenter de donner une rĂ©ponse, par exemple un ennemi commun : la PAC & ses subventions perverses aux cumulards. Un collectif franco-allemand « pour une autre PAC Â» rĂ©flĂ©chit Ă  ses questions.

Sur la mort, Baptiste affirme, non sans malice, « je n’ai pas de problĂšme avec la mort, enfin celle des autres Â». Il n’y a pas d’égards absolutisĂ©s pour un individu « arbre Â» par exemple. Il n’y a pas de non-violence dans les Ă©gards ajustĂ©s, ni de sacralisation de l’individualitĂ©. Les personnes sont des fins et les reste du monde constituent des moyens, cette opposition binaire est inintĂ©ressante.

Dans le monde paysan, dĂšs lors qu’on desserre l’étau Ă©conomique, on peut prendre au sĂ©rieux qu’il existe des variantes alternatives de la rĂ©alitĂ©, d’autres relations au vivant peuvent alors exister.

AprĂšs ces propos restituĂ©s de Baptiste Morizot et dont votre team d’envoyĂ©s spĂ©ciaux s’en fait le simple relai, une personne de l’organisation prĂ©cise que dans les luttes territoriales, on refuse l’amĂ©nagement marchand, le rapport productif au territoire du monde, ça rĂ©soud pas la lutte des classes mais ça permet de dessiner des alliances entre paysans, naturalistes, ruraux, abeilles, bocage et ça dĂ©signait aussi des ennemis : biotope, le conseil dĂ©partemental, Vinci


Les clapping de fin de dĂ©bat mettent fin Ă  la partie philosophico-universitaire de ZADenVies pour ce soir et laissent place Ă  d’autres clapping thĂ©atro-musicaux plus nombreux, et plus culturels cette fois (ou pas), dont le rĂ©cit de demain vous en contera les meilleurs moments.

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Soirée de spectacle et de concert

Si les centaines de nouvelles personnes qui arrivent en ce premier soir sont d’abord accueillis par une intervention de Baptiste Morizot, le reste de la soirĂ©e est placĂ© sous le signe de la fĂȘte !

Un manĂšge a Ă©tĂ© installĂ© dans le champs aux abords de l’Ambazada, et les balances faites, les concerts peuvent bientĂŽt dĂ©marrer.

A l’autre extrĂ©mitĂ© du champ, une scĂšne a Ă©tĂ© montĂ©e prĂšs de la Wardine et plusieurs barnums permettent aux plus assoiffé·e·s de se ravitailler.

C’est avec le spectacle de la compagnie « Les arracheurs de dents Â» : Ni Gueux ni maĂźtres” qu’est lancĂ© le programme culturel du week-end sur la scĂšne de la Wardine.

La compagnie des arracheurs de dents nous plongent dans un rĂ©cit burlesque et grandiloquent de la vie de LĂ©on TolstoĂŻ, assumĂ© par un acteur Ă©pousant son personnage. S’en suit de nombreux rebondissements rĂ©utilisant les codes du thĂ©Ăątre participatif pour mieux s’en moquer et offrir au public un show nous faisant passer du catch Ă  la fĂȘte foraine.

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À la suite de ce spectacle, nous repartons vers l’Ambazada, et au vu de la razzia opĂ©rĂ©e sur les deux cantines, elles peuvent estimer l’affluence Ă  un bon millier d’assiettes servies et donc autant de

ventres pleins prĂȘts Ă  danser, rire et se retrouver.

Les concerts assument une programmation explorant des univers musicaux trĂšs hĂ©tĂ©roclites. Rock PsychĂ© teintĂ© de Kraut saturĂ© par le son languissant du trio Basse-Batterie-Guitare de Llamame la muerte, micro tournant du ZAD Social Rap, musique puisant dans les traditions vocales de Tascabillissimo ou encore l’étrange mĂ©lange Ă©lectro noise de Bad Bad.

De nombreuses personnes font corps et dansent sans interruption jusqu’aux premiùres lueurs de l’aurore.

Samedi 29 aoĂ»t

Comme tous les matins, les personnes prĂ©sentes se lĂšvent et convergent vers le champs prĂšs de l’Ambazada dĂ©guster de bons petits dej ravitaillĂ©s notamment par l’Internationale BoulangĂšre Mobile, collectif de boulanger·e·s ayant posĂ© son four Ă  bois sur le site.

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Cinq discussions se dĂ©roulent ce matin, dans le mĂȘme temps qu’une ballade naturaliste emmĂšne une centaine de personnes dĂ©couvrir le bocage nantais

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En vrac, une prĂ©sentation de la pensĂ©e de Landauer, le documentaire d’Elisa Levy « Composer les mondes Â» sur la pensĂ©e de Descola en avant-premiĂšre poursuit les rĂ©flexions de la discussion avec Baptiste Morizot en nous emmenant de l’Équateur Ă  la ZAD de NDDL, etc.

Les diffĂ©rentes discussions font le plein et s’enchaĂźnent, seulement interrompues par le service des cantines (l’autre cantine et la cantine des ronces) encore une fois au rendez-vous pour alimenter ZADenVies de leurs dĂ©licieuses recettes !

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En milieu d’aprĂšs-midi, un hĂ©licoptĂšre de la prĂ©fecture profite de l’évĂšnement pour se balader dans le ciel, brĂ»ler du kĂ©rosĂšne et survoler le site pendant que d’autres rĂ©flĂ©chissent dĂ©jĂ  Ă  leur retour


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De nombreux affichages rappellent aussi le numĂ©ro d’une infoline devant permettre une vigilance fĂ©ministe durant la semaine.

Intervention de Nastassja Martin : l’animisme face Ă  la crise

Il fĂ»t un temps oĂč les humains pensaient qu’il Ă©tait possible de dialoguer avec les vivants Ă  plume, Ă  poil ou Ă  feuille. Aujourd’hui, c’est encore le cas Ă  certains endroits de la planĂšte, et je vais vous

parler de ça.

Je commence par une petite introduction disgressive. Dans la plupart des populations de chasseurs-cueilleurs animistes, les rituels se font avec un mĂ©dium qui est un masque. Mais leur masque ne ressemble pas Ă  ceux que l’on porte en ce moment mĂȘme sous ce chapiteau. Ils ont des reprĂ©sentations d’animaux sur la premiĂšre couche et dessous il y a un visage Ă  forme humaine qui est gravĂ©. Quand on performe un rituel, on utilise ce masque pour entrer en dialogue avec l’animal convoquĂ©. Depuis la spĂ©ciation, on ne peut plus dialoguer avec ces animaux, et il faut donc adosser leur visage sur ce masque pour dialoguer. Les rituels servent Ă  se donner la capacitĂ© de reprendre ce dialogue, sinon vous ne pouvez pas survivre dans un monde incertain.

Quand je vois tous ces masques (de covid), je me dis qu’ils n’endossent pas les animaux mais qu’ils revĂȘtent de l’indistinction. Toutes vos spĂ©cificitĂ©s sont effacĂ©es.

La question c’est donc comment on va faire pour reconstruire un monde en commun.

Animisme.

Ce mot a Ă©tĂ© inventĂ© par un socio-anthorpologue, Taylor, en 1971, dans le livre « primitiv culture Â».

Pour lui, l’animisme serait le premier stade de la religion humaine, dans laquelle vous pouvez vous adresser aux animaux, au pierre, etc. parce qu’ils ont des Ăąmes. Cette religion aurait Ă©tĂ© effacĂ©e par

d’autres religions, puis par la science.

Le problĂšme de cette conception c’est qu’elle est Ă©volutionniste, et qu’elle imagine que les indigĂšnes sont l’enfance de la civilisation.

C’est pour cette raison que Levi-strauss n’utilise pas ce terme.

On le retrouve ensuite chez Descola, qui le remet au goĂ»t du jour et en constitue une ontologie. L’ontologie c’est un mot compliquĂ© pour dĂ©signer une maniĂšre d’ĂȘtre au monde. Il fait un tableau avec 4

ontologies (analogisme, totemisme, naturalisme, animisme), avec le projet politique sous-jacent de mettre sur un mĂȘme plan des ontologies qui ne l’étaient pas jusque lĂ . C’est un geste politique important qui a obligĂ© les philosophes Ă  penser avec l’anthropologie. C’est que l’on appelle le tournant ontologique, qui a eu lieu en 2005.

Pour Descola, l’animisme se dĂ©finit par le fait que ce qui nous diffĂšre des autres ĂȘtres ce sont nos corps, et ce qui nous lie c’est l’intĂ©rioritĂ©, l’ñme. C’est le rapport inverse du naturalisme qui dit

que ce qui nous lie aux ĂȘtres c’est la matĂ©rialitĂ© mais ce sont nos Ăąmes qui nous en diffĂ©rencient.

L’anthropologie française fait donc ce geste, qui essaime dans les sciences sociales et qu’on ne peut plus ignorer.

Mais le problĂšme de cette symĂ©trisation des ontologies, c’est que pour y arriver on doit deshistoriciser les sociĂ©tĂ©s qu’on Ă©tudie. Sortir de « l’Histoire Â», mettre de cĂŽtĂ© la colonisation, et oublier les points de

vue situés propres aux histoires.

Quand on est sur le terrain pourtant, on ne voit que ça… Et l’animisme n’est pas trĂšs visible pendant un long moment…

Terrain.

Je suis partie en Alaska, fascinĂ©e par Descola, et j’ai cherchĂ© une population qui serait garante de cet animisme. J’ai trouvĂ© une sociĂ©tĂ© qui s’appelle les Gwinch’in, qui sont chasseurs-cueilleurs et qui

chassent le renne. Ils étaient pris dans une guerre contre Shell qui voulait venir exploiter les cÎtes sur lesquelles les cariboux (avec qui ils partagent une ùme) mettent bas. On disait dans les médias que Shell allait mettre fin à cet animisme.

Quand je suis arrivĂ©e, j’ai dĂ©couvert des rues remplies de gens bourrĂ©s, titubants et misĂ©reux. C’était trĂšs loin de l’image qu’on se fait d’un peuple animiste. La violence coloniale que ce peuple subit est terrible, elle a deux fronts : l’exploitation qui dĂ©truit les terres, et les idĂ©es de « protection Â» qui dĂ©truisent leur civilisation. La mĂ©tamorphose dramatique des lieux liĂ©s Ă  la crise climatique (animaux qui fuient,

champs qui brûlent, etc.) donne lieu à une crise totale de sens.

Quand je me retrouve face Ă  ça, je dois changer mon ambition thĂ©orique, parce qu’évidemment les gens voulaient surtout parler de ce qui leur arrive et pas de leur ontologie.

Donc j’ai commencĂ© par essayer de comprendre la situation politique. Ça m’a pris un an et j’ai oubliĂ© cette histoire d’animisme un moment. Elle est revenue par la fenĂȘtre parce que les gens ne cessaient de faire appel Ă  des histoires animistes pour faire face aux incertitudes auxquelles ils Ă©taient confrontĂ©s.

Si vous pensez que les animaux sont dotĂ©s de volontĂ©, les choix qu’ils font en situation de crise vous intĂ©resse, vous voulez savoir par exemple oĂč ils vont parce que vous aussi vous pourriez vouloir y aller.

Cosmogonie accidentelle.

Je voudrais vous raconter une histoire, qui circule Ă©normĂ©ment en Alaska, et qui s’appelle « Corbeau vole la lumiĂšre Â». C’est un mythe d’origine, un mythe de crĂ©ation du monde.

Nous sommes tous plongĂ©s dans le noir et les ĂȘtres de sont pas vraiment distinguĂ©s. C’est l’indistinction. Un vieil homme vit avec sa fille dans une cabane lointaine et il dispose d’une boite dans laquelle il y a un autre boite, dans laquelle il y a une autre boite etc. et avec, au centre, une perle qui reprĂ©sente toute la lumiĂšre du monde. Corbeau dĂ©cide d’aller voler la lumiĂšre du monde. Il est vers la cabane et rĂ©flĂ©chit. Un jour la jeune fille sort, et lui il se cache dans l’eau qu’elle puise au puit. Elle boit l’eau, avec lui dedans. Il est dans son ventre et elle accouche de lui. C’est un bĂ©bĂ© avec des plumes et un bec.

Corbeau gagne alors la confiance du vieil homme, et réussit à voler la lumiÚre. Il se retransforme et part par la cheminée. Il est pas trÚs cool, il veut garder la lumiÚre pour lui, mais sur sa route il percute

un aigle et s’écrase par terre. La pierre se brise et fait jaillir la lumiĂšre. Les dĂ©bris font les Ă©toiles.

Corbeau est un ĂȘtre cosmogonique, il crĂ©e le monde. Comment, par un foirage total, et par sa rencontre avec d’autres personnages. Le monde surgit de la rencontre hasardeuse de deux ĂȘtres qui allaient dans 2 directions diffĂ©rentes.

C’est l’inverse de notre cosmogonie qui dit que Dieu a voulu crĂ©er le monde.

Aujourd’hui, dans le chao actuel, ce sont plutît ces histoires de cosmogonie hasardeuse et de rencontre qui donnent la force de penser comment reconstruire des mondes.

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Kamchatka.

AprĂšs je vais au Bering, Ă  la rencontre d’un peuple qui a migrĂ© au Kamchatka avec ses rennes sur un territoire de chasseurs-cueilleurs. Les russes les ont exterminĂ© et collectivisĂ© les terres, et les indigĂšnes se sont faits assimilĂ©s. Quand l’union soviĂ©tique explose, beaucoup de collectifs indigĂšnes se dĂ©cident Ă  prendre des trajectoires imprĂ©vues, mais qui redeviennent possible grĂące Ă  cette crise.

Daria grandit dans un kolkoze qui Ă©tait un camp de base pour les chasseurs. Les rennes Ă©taient rassemblĂ©s dans de trĂšs grands troupeaux et les indigĂšnes Ă©taient devenus des Ă©leveurs de rennes. Daria est envoyĂ©e dans un internat, apprend le russe et on lui apprend qu’il faut qu’elle trouve un travail. Elle s’installe Ă  Esso Ă  500 kilomĂštre de lĂ  oĂč elle a grandit, et devient pharmacienne.

Quand l’union soviĂ©tique explose, tout s’arrĂȘte. Elle dĂ©cide, avec sa famille, de revenir dans l’ancien kolkoze, puis d’abandonner les rennes et de devenir chasseurs-cueilleurs.

L’animisme devient donc une forme de rĂ©ponse situĂ©e Ă  la colonisation et la crise.

Ce n’est pas une rĂ©ponse formulĂ©e comme telle, mais c’est une rĂ©ponse extrĂȘmement subversive.

Daria dit que pour bien rĂȘver il faut se dĂ©caler. On peut pas rĂȘver dans une zone saturĂ©e de brouhaha, d’onde et d’humain. Il faut faire un pas de cĂŽtĂ©. Le rĂȘve est important parce que c’est le moment de se dĂ©partir de nos attributs physiques pour aller rencontrer d’autres Ăąmes qui rĂȘvent aussi. Il faut rĂȘver parce qu’il faut savoir oĂč en sont les autres ĂȘtres pour pouvoir saisir la teneur des relation Ă  venir. C’est

une pratique quotidienne, il faut se raconter Ă  demi-mot les rĂȘves parce qu’ils disent des choses sur ce qui va arriver.

La crise climatique n’affaiblit pas ces pratiques, mais les renforce encore plus parce qu’elle rend d’autant plus nĂ©cessaire de dialoguer avec les animaux.

QUESTIONS

Est-ce que ces rĂȘves permettent aux populations de s’adapter Ă  ce qui arrive ?

Je n’aime pas trop le mot d’adaptation, mais si la question est de savoir si ces rĂȘves sont efficaces, oui ils le sont. Ils ne permettent pas de faire face Ă  la violence coloniale. Mais ils permettent des

choses. Daria rĂȘve du lieu oĂč sont les saumons, elle y va et elle pĂȘche les saumons alors que ça fait plusieurs jours qu’on ne les trouvait pas.

Est-ce que vous pourriez rehistoriser l’animisme ?

Ça va ĂȘtre compliquer de rehistoricer l’animisme parce qu’on a pas de texte Ă©crit. Mais on peut historiciser les rapports avec le naturalisme.

La symĂ©trisation de Descola est foireuse parce que le naturalisme a Ă©tĂ© institutionnalisĂ©, et que l’animisme ne peut pas s’institutionnaliser.

Ces sont les anthropologues qui ont inventĂ© une forme de stabilitĂ© Ă  l’animisme. En fait, la puissance des formes de rĂ©ponses animistes, c’est d’ĂȘtre capables de ne pas se cristalliser, de ne pas se figer.

Est-ce que avec le temps et l’étude, on peut devenir animiste ?

La seule maniĂšre de comprendre une situation c’est de lui faire face en se dĂ©barrassant de tout vos prĂ©jugĂ©s. On ne peut pas produire de savoir-systĂšme pour comprendre l’animisme. Ce qui surgit c’est le produit d’une rencontre.

En quoi c’est une rĂ©ponse ?

C’est une rĂ©ponse parce que d’autres mondes adviennent concrĂštement. Vous crĂ©ez des mondes oĂč les animaux existent, oĂč vous devez faire attention Ă  eux, etc. C’est une rĂ©ponse parce que quand le systĂšme s’effrite, ça remonte. La crise va continuer d’éroder les systĂšmes actuels, et permettre Ă  ces mondes de renaĂźtre.

Pourquoi les saumons se laissent attraper ?

C’est une question passionante, et il y a un livre trĂšs intĂ©ressant qui parle de ça : « Their Gift themselves Â».

Les Ăąmes et les corps circulent, et c’est cette circulation qui recrĂ©e le monde et permet un cycle de vie. Les chasseurs disent que les animaux – Ă  certains moments – se donnent aux chasseurs quand ils ont finit leur cycle animique, pour recrĂ©er de la vie. Les chasseurs disent aussi qu’avec la crise climatique, les animaux ne se donnent plus, ils ne veulent plus se prĂ©senter en rĂȘve. Le cycle est brisĂ©, et on ne peut plus alimenter la vie. Ils ne se donnent plus parce qu’on a complĂštement

brisé le dialogue avec eux. Ils en ont marre et ils sont partis.

Reprendre le dialogue c’est donc faire que ce soit de nouveau possible, il faut donc faire un pas dans le monde des autres.

Est-ce qu’il y a eu des Ă©tudes sur les formes de dialogue ?

Il y a peu d’étude en anthropologie lĂ -dessus, mais beaucoup dans la psychanalyse, qui s’est ressaisi aussi de ce bouleversement amenĂ© par l’anthropologie.

La psychanalyse montre que c’est une ontologie qui est aussi prĂ©sente dans nos sociĂ©tĂ©s, chez les enfants par exemple qui disent souvent dialoguer avec les animaux, les vĂ©gĂ©taux, etc. Et qui ressurgit plus tard dans nos rĂȘves.

C’est difficile de travailler lĂ -dessus sans tomber dans des formes d’évolutionnisme.

Qu’est-ce que tu penses du neo-chamanisme ?

J’ai beaucoup de mal avec ça, parce que je trouve qu’on va puiser dans des formes lointaines pour qu’elles nous servent Ă  nous, sans penser les situations propres. La folklorisation Ă  laquelle on assiste est dangereuse et c’est aussi un vecteur pour prendre les terres. C’est ce qu’on a fait aux indigĂšnes russes : on leur a promis de faire attention Ă  la danse, aux chants, aux habits, on leur a fait des salles de concerts, et on leur a pris leurs terres. J’ai vu beaucoup de gens se faire prendre leurs terres par des ONG qui disaient vouloir les dĂ©fendre.

C’est que les dialogues ne surgissent pas sur la place publique, il faut des cachettes, de l’ombre, oĂč parler Ă  demi-mot. C’est ce qui les rendent possibles. DĂšs que tu dis « ma culture c’est ça Â» tu permets la musĂ©ification.

« Le mĂ©diateur sur la place publique ment Â».

Ce qui se vit ici à la zad, de recherche de forme et de rituel, me parait beaucoup plus juste que les mouvements néo-chamaniques qui ne sont pas dans la pratique.

Est-ce qu’il y a des voies mĂ©dianes entre naturalisme et animisme ?

Ces idées sont des concepts anthropologiques qui réduisent la réalité.

Dans la pratique on est toujours dans des voies mĂ©dianes. LĂ  oĂč je travaille, il y a des gens qui le matin se racontent leur rĂȘve, et le soir vont braconner de la zibeline et la vendre aux russes. Ce sont des nĂ©gociations constantes, comme celles qui nous traversent tous.

Qu’est-ce qui est arrivĂ© au peuple d’Alaska ?

Trump vient de dĂ©cider de vendre toutes les terres et de les exploiter, donc la situation va certainement ĂȘtre de plus en plus difficile pour eux.

Comment multiplier les cosmogonies accidentelles tout en restituant ce que l’on vit au reste du monde ?

C’est extrĂȘmement difficile. La plupart des pratiques sont rĂ©duites et peuvent ĂȘtre dĂ©truites quand on les transmet. Quand un discours sur le monde se stabilise, c’est nĂ©cessairement qu’il exclut des gens et qu’il devient dogmatique. DĂ©jĂ  je dirais qu’il faut pluraliser les formes de transmission, et certainement aussi qu’il faut choisir les gens qui restituent, les personnes Ă  qui on transmet ce qu’on vit.

Note de la prise de note : J’ai arrĂȘtĂ© de prendre des notes Ă  ce moment mais Nastassja Martin a fini par raconter assez longuement une lutte Ă  La Grave – dans les Alpes – contre un projet de giga-domaine skiable dans laquelle elle est impliquĂ©e.

Un samedi soir tristement ordinaire…

Notre team de rĂ©dacteurices aimerait vous dire qu’hier soir, c’est avec des paillettes dans les yeux que nous avons dansĂ© des heures durant sur la ZAD. Ce ne sont pas les arguments qui nous manqueraient pour vous dĂ©crire tout le beau que nous avons pu y dĂ©celer. Sauf que hier soir, le

beau et le plus laid se superposaient… Hier soir, c’était malheureusement un soir ordinaire de fĂȘte. Et qui dit fĂȘte dit aussi diverses emmerdes, gestes, agressions et viols liĂ©s au sexisme et au patriarcat.

Alors bien-sĂ»r, des centaines de personnes se sont extasiĂ©es devant la reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale L’oiseau bleu de Spectralex. ParaĂźt que c’était gĂ©nial. Parait que c’était un peu trop commun aussi. Nous, on n’y Ă©tait pas, alors on vous racontera pas. La musique Ă©tait bizarre aussi Ă  la

Wardine parfois il paraĂźt. Mais ça non plus on en a pas trop d’idĂ©es.

Nous y Ă©tions pour y danser, et on se rappelle entendre le son de « nik la bac Â» et « fuck le 17 Â» remixĂ©s pour l’occasion. On se rappelle aussi voir de magnifiques ballons se consumer dans le ciel. Ca aussi c’était beau ! On souriait et s’amusait, mais dĂ©jĂ  sĂ»rement, des mains se baladaient et l’alcool aidant, d’autres venaient dĂ©ranger des personnes qui voulaient juste danser…

À la RolandiĂšre, d’étranges maquereaux dĂ©clamaient des poĂšmes et chansons. Et devant la grande scĂšne, des centaines de personnes retrouvaient la joie de danser collectivement sur des airs de musique bretonne avec le trio dell’amore. Ah ça souriait, les pas n’étaient pas tous calĂ©s mais qu’est-ce qu’iels avaient l’air heureux·ses de danser ensemble dans ce fest-noz (peut-ĂȘtre le seul de l’étĂ© en

Loire-Atlantique) !

Et puis la musique a du s’arrĂȘter Ă  la Wardine. Et pendant qu’un concert de rap continuait sur la grande scĂšne avec un open mic, d’autres ne s’arrĂȘtaient plus de danser sous le grand chapiteau. Sauf que nous, on avait appris qu’une meuf s’était faite violer en allant faire ses besoins. Et que le violeur Ă©tait introuvable…

Alors on aurait bien voulu danser penard·e·s sous le grand chapiteau mais dans l’assistance, des relous dĂ©ployaient leur ingĂ©nieurie sexiste pour niquer la soirĂ©e. Et un mec qui te frotte, et un autre qui

t’embrouille des heures autour d’une question de consentement, et vas-y que je gĂ©nĂ©ralise sur les fĂ©ministes, et que je ne te lĂąche plus. Un coup je te drague, un autre je t’emmerde. Et une copine qui tombe sur un autre cas d’agression pendant qu’elle part pisser…

Il Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs tard, et cette sensation que plus la nuit dure, plus les emmerdes s’accumulent, revenait comme chaque soir de fĂȘte… On thĂ©orisera pas des heures, et Ă  vous Ă©crire ce compte-rendu de soirĂ©e, on se sent aussi fatigué·e·s qu’à 5h du matin quand il Ă©tait dĂ©jĂ  l’heure pour nous d’aller dormir et d’assumer les comptes-rendu du lendemain… Y’a eu des outils mis en place pour limiter ce genre de merdes, une infoline existait mais ça n’aura pas suffit, et nous, on est blasé·e·s.

Dimanche 30 aoĂ»t

Face aux Plan Locaux d’urbanisme, dĂ©border les zonages ! DĂ©fendre l’habiter hors norme partout !

Avec : La commission habitat des Notre Dame des Landes, des habitant.e.s du quartier libre des LentillĂšres et de sa Zone d’Ecologie Communale, des juristes de Notre Affaire Ă  Tous et des membres de Superlocal et d’Halem.

Durant cette discussion, un collectif s’est lancĂ© pour continuer la rĂ©flexion sur cette thĂ©matique. Et le chiffre de 3000 personnes prĂ©sentes durant ce weekend a circulĂ© !

Fatima Ouassak & Fumées noires et gilets jaunes

La revue Z nous a prĂ©sentĂ© son numĂ©ro 13 : « Retour sur une enquĂȘte trĂ©pidante Ă  Rouen au lendemain de l’incendie de l’usine chimique Lubrizol et autres rejets industriels Â».

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Fatima Ouassak nous a raconté son combat à Montreuil et Bagnolet pour une alternative

vĂ©gĂ©tarienne Ă  la cantine. Devant le racisme redondant de la FCPE (FĂ©dĂ©ration des Conseils des Parents d’ElĂšves), et d’autres organisations de gĂŽche, elle a dĂ©cidĂ© de fonder, avec d’autres, le

Front des MĂšres qui agit, lutte et gagne dans les quartiers. Son dernier livre vient de sortir : courez le lire !

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À la fin de cette discussion, les repas ont Ă©tĂ© servis et aprĂšs le service, des meufs ont pris la parole pour expliquer l’ambiance de la soirĂ©e de la veille. On pouvait entendre les oiseaux siffler tellement

le silence rĂšgnait, mais l’impuissance ne s’est pas emparĂ©e de toutes les meufs prĂ©sentes et trĂšs vite, des slogans ont emmergĂ© de l’assistance…

AssemblĂ©e sur les suites du 17 juin

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AprĂšs un tour pas si rapide sur les diffĂ©rentes actions ayant eu lieu le 17 juin, diffĂ©rentes propositions de dates, actions et agenda commun ont Ă©tĂ© lancĂ©es durant cette assemblĂ©e. Des personnes se sont retrouvĂ©es en commission, et sans vous en dire trop ni d’avantage, on peut dĂ©jĂ  vous annoncer qu’il faudra rĂ©server votre 17 novembre pour la deuxiĂšme phase de cet appel ! Plus d’infos Ă  venir.

Tou·te·s au Carnet**

Voir le compte-rendu de la manifestation sur expansive.info :

RĂ©cit en images de la manif du Carnet

Une manifestation a eu lieu dimanche 30 aoĂ»t sur les terres menacĂ©es du Carnet en Loire-Atlantique. Depuis des personnes investissent les lieux et ont besoin de monde tous les jours dĂšs 6H sur le site. Passez les voir !

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C’est la fin du suivi/rĂ©cit de la semaine Ă  l’Intergalactique/ZADenVies/Le Carnet pour notre Ă©quipe, merci Ă  tou·te·s pour l’investissement, les discussions passionnantes et les actions dĂ©bordantes !


Article publié le 06 Sep 2020 sur Dijoncter.info