Avril 1, 2021
Par ZAD Du Carnet
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VoilĂ  une publication qui aurait dĂ» sortir il y a environ une semaine ; l’expulsion de la ZAD ayant tout bousculĂ©, nous avons dĂ©cidĂ© de la mettre tout de mĂȘme sur le site mĂȘme si le contexte de l’occupation sur zone n’est plus d’actualitĂ©.

Ce texte est l’expression des personnes MINT* prĂ©sentes lors de sa conception. Le groupe est mouvant selon les jours, accueille rĂ©guliĂšrement des nouvelleaux
 nous avons donc essayĂ© de concilier nos points de vue Ă  un instant donnĂ©, ce texte en est le reflet et ne reprĂ©sente personne d’autre que nous-mĂȘme.

Plusieurs agressions sexuelles ont eu lieu sur la ZAD depuis le dĂ©but de la lutte. Cela a mĂȘme commencĂ© dĂšs les premiers jours lors du festival du 29 et 30 aoĂ»t 2020. Parceque nous ne l’avons encore jamais Ă©voquĂ© sur le site du Carnet alors que visibiliser ces agressions au lieu d’en faire des tabous sont la premiĂšre Ă©tape pour lutter contre, nous voulons en parler maintenant.

Nous vous invitons tout d’abord Ă  prendre connaissance de ces deux tĂ©moignages que la ZAD a eu bien du mal Ă  assumer et n’a donc pas jusqu’ici relayĂ©. Attention, certains passages pourraient heurter la sensibilitĂ© de certain·e·s :

https://mob.nantes.indymedia.org/articles/54252

https://blogs.mediapart.fr/pomme-puis-alma-je-suis-lola/blog/290121/la-place-de-la-femme-et-des-minorites-de-genre-en-milieu-anti-autoritaire-partie-2
https://mrmondialisation.org/agressee-sexuellement-a-la-zad-du-carnet-lola-souhaite-faire-evoluer-les-milieux-militants/

La maniĂšre dont la ZAD est mĂ©diatisĂ©e est trĂšs binaire, car la lutte est Ă©galement mĂ©diatique et cela nous oppose naturellement Ă  l’image diabolique prĂ©sentĂ©e par les merdias conventionnels. Ainsi, pour nous dĂ©fendre auprĂšs de l’opinion public, nous avons pris l’habitude de ne mentionner presque que les aspects jouant en notre faveur. Cela pose un grave problĂšme d’idĂ©alisation de la ZAD pour celleux qui n’y ont jamais vĂ©cu. Alors nous voulons parler de la rĂ©alitĂ© pour ce qui est des violences sexuelles et patriarcales sur zone et c’est avec rage que nous vous avouons qu’il n’est pas possible de garantir la sĂ©curitĂ© physique et psychologique de chacun·e. Les oppressions liĂ©es au genre sont mĂȘme quotidiennes. Sexisme ordinaire, paternalisme, transphobie
 MalgrĂ© nos efforts, la ZAD est loin d’ĂȘtre un lieu « safe »** et cela oblige les personnes oppressĂ©es Ă  Ă©viter certains lieux, certaines personnes, et mĂȘme Ă  s’auto-exclure de la zone. Comme partout en sociĂ©tĂ©, Ă  la diffĂ©rence qu’à Babylone*** ce genre de problĂšme est silenciĂ©. Nous venons d’ailleurs toustes de cette sociĂ©tĂ© que nous rejetons, ce qui signifie que nous avons encore des mĂ©canismes, des rĂ©flexes, qui ne sont pas encore dĂ©construits. Cela demande des annĂ©es, une vie, des gĂ©nĂ©rations. La ZAD est par ailleurs un lieu oĂč toutes les origines, les classes sociales, les horizons, sont brassĂ©s ; nos habitudes sont diffĂ©rentes, nos languages sont diffĂ©rents, nos fonctionnements sont diffĂ©rents. Notre quotidien est donc emprunt de bouscumements dans nos façons de faire et de penser, de dĂ©bats, d’inconforts, de dominations, de violences, parceque nous nous confrontons les un·e·s aux autres.
Nous ne sommes pas parfait·e·s dans nos agissements, nous faisons de notre mieux pour nous adapter et inventer des solutions pour cohabiter.

Nous avons donc mis en place depuis plusieurs mois des espaces en non-mixitĂ©, espaces de paroles, d’actions et d’expressions, ainsi qu’un lieu de vie avec une cabane. Cela nous demande du temps et de l’énergie supplĂ©mentaire Ă  ce que nous consacrons dĂ©jĂ  Ă  la ZAD de maniĂšre gĂ©nĂ©rale (tĂąches quotidiennes, constructions, rĂ©unions
). C’est Ă©puisant et d’autant plus dĂ©courageant quand nous dĂ©couvrons notre impuissance. Mais nous voulons que cela change.

De plus, certaines expĂ©riences nous ont mis face Ă  des problĂšmes toujours plus complexes : comment gĂ©rer des agressions et des oppressions qui se superposent, s’entremĂȘlent ? Comment visibiliser une oppression classiste justifiĂ©e par une oppression sexiste sans nĂ©gliger cette derniĂšre ? Certain·e·s de nos allié·e·s de lutte pour l’environnement sont Ă©galement nos ennemi·e·s de lutte anti-patriarcale, comment gĂ©rer cette contradiction ? Comment faire pour accepter le rythme de dĂ©construction de chacun·e tout en cohabitant sainement ? Comment avoir les moyens de soutenir Ă  notre Ă©chelle toutes les personnes qui auraient besoin d’une aide psychologique poussĂ©e ? Comment faire quand le mal-ĂȘtre de l’un·e de nous dĂ©borde sur les autres ? Comment s’écouter, se prĂ©server, en posant ses limites dans cette lutte quotidienne indispensable mais nĂ©cessitant Ă©normĂ©ment d’énergie ?

Nous avons fait des erreurs et nous tenons Ă  prĂ©senter nos excuses aux deux personnes Ă  l’origine de ces tĂ©moignages mais aussi Ă  toustes celleux qui ont souffert de notre manque d’écoute, de clairvoyance, de rĂ©activitĂ© – bien que la responsabilitĂ© ne revienne pas uniquement Ă  nous.
Concernant l’agresseur qui est toujours sur zone, l’histoire est tellement complexe que le dialogue entre zadistes est complĂštement saturĂ©, beaucoup d’entre nous ont Ă©tĂ© surmenĂ©.e.s par les Ă©vĂšnements et ne souhaitent plus avoir Ă  y rĂ©flĂ©chir pour l’instant afin de prĂ©server leur santĂ©. Nous ne comprenons pas nous-mĂȘme tous les Ă©lĂ©ments qui ont pu mener Ă  une telle impasse.
Le fait que certain.e.s d’entre nous, de la zad, de l’extĂ©rieur, des mĂ©dias, ne fassent pas d’effort pour dĂ©passer une version simpliste des faits et interprĂštent tout Ă  leur maniĂšre ne fait qu’envenimer les choses.
Il va nous falloir du temps pour essayer de construire collectivement de quoi Ă©viter que cette situation ne se reproduise.
Mais curieusement, nous avons le pressentiment que ce seront toujours les mĂȘmes sur zone Ă  se sentir concernĂ©.e.s et Ă  se prĂ©occuper de la sĂ©curitĂ© de chacun.e.

Nous faisons donc Ă©galement appel Ă  toustes celleux allié·e·s de la lutte contre le patriarcat, qui se sentent en capacitĂ© physique et psychologique de venir nous soutenir sur la ZAD. Nous avons besoin d’ĂȘtre en nombre pour ne pas ĂȘtre forcé·e·s de vivre sous la domination des mascu, nous avons besoin de montrer que la rĂ©volution sera fĂ©ministe et inclusive ou ne sera pas.

Crùve l’image de la ZAD, crùve le patriarcat !

*Meufs, Intersexes, Non-binaires, Trans
**OĂč chacun·e peut se sentir en sĂ©curitĂ© physique et psychologique, oĂč les rapports de domination sont suffisamment dĂ©construits
***Référence symbolique utilisée pour désigner la société capitaliste




Source: Zadducarnet.org