Il exerçait depuis quatorze ans comme conseiller et avait révélé des failles dans l’aide aux demandeurs d’emploi

Il a reçu le courrier ce mardi matin. Datée du vendredi 3 juillet, la lettre rédigée par la direction générale de Pôle emploi lui notifiait son licenciement pour faute grave. Depuis quatre jours, Yann Gaudin ne fait plus partie des effectifs de l’établissement public d’aide aux demandeurs d’emploi. Embauché en 2006 comme conseiller, celui qui se décrit comme un « lanceur d’alerte »​ ne compte pas en rester là. Il va contester son licenciement. « Je m’y attendais et je m’y étais préparé », témoigne le Rennais, joint par 20 Minutes. « L’intention de la direction était claire. Les responsables voulaient faire sortir le lanceur d’alerte. Il ne voulait plus me voir intervenir dans les dossiers ».

Depuis 2014, l’homme s’était taillé une réputation de rebelle. Il avait alors identifié une « anomalie » dans les dossiers des intermittents du spectacle en fin de droits. Pour les informer d’une aide de solidarité jamais proposée, il avait envoyé un mail à 8.000 intermittents bretons. « A partir de là, j’ai commencé à me méfier et à tout vérifier ».

« Il faut s’inquiéter mais pour les usagers de demain »

Ces prises de parole dans la presse ont sans doute poussé la direction à se pencher sur son cas. Le 23 juin, Yann Gaudin avait été convoqué à un entretien disciplinaire, ses supérieurs souhaitant l’entendre « sur un certain nombre de dysfonctionnements ». Dix jours plus tard, son licenciement était acté par la direction nationale de Pôle emploi. « Ce n’est pas pour moi qu’il faut s’inquiéter mais pour les usagers de demain. Le message est clair : il ne faut pas faire de vagues. Mes collègues vont devoir fermer les yeux et ce sera pire qu’avant ».

« Des comportements inacceptables », selon sa direction

Sa direction voit les choses d’un autre œil et justifie le licenciement « en raison de sa persistance à contrevenir délibérément aux consignes et procédures internes. Il passait le plus clair de son temps à vérifier les dossiers de ses collègues, ce qui créait une ambiance désagréable », a indiqué à l’AFP le directeur de Pôle emploi Bretagne Frédéric Sévignon, évoquant également des « altercations violentes » avec ses supérieurs. « Le contentieux date de 2015 et ne concerne pas le statut de lanceur d’alerte dont il se prévaut depuis fin 2019. Depuis 2015, il a été sanctionné à plusieurs reprises pour des comportements inacceptables envers ses collègues et sa hiérarchie ».

Depuis quelques années, le conseiller s’est évertué à faire de la publicité à des aides méconnues ou des traitements de salaires exclus des systèmes de calcul. « Pôle emploi a beaucoup de mal à reconnaître ses erreurs. Il y a des centaines de gens qui voyaient leur situation bloquée qui m’ont contacté ces dernières semaines. Je ne vais plus pouvoir les aider maintenant que je n’ai plus accès aux dossiers ».

Des allégations démenties par la direction

Les allégations de l’ancien conseiller ont toujours été démenties par la direction de l’établissement public. « La mission de tous les conseillers de Pôle emploi, et c’est leur fierté, est d’aider au quotidien les demandeurs d’emploi dans leurs démarches, notamment pour qu’ils bénéficient de l’intégralité de leurs droits », avait déclaré l’un des responsables régionaux à l’issue de l’entretien disciplinaire. Le contentieux devrait se poursuivre devant les prud’hommes.


Article publié le 07 Juil 2020 sur Expansive.info