« Pourquoi ton cœur est si triste ?

Et pourquoi restes-tu là si misérable ?

Les difficultés prendront fin et tu n’as plus à apprendre ou construire quoi que cela soit

Les jours ne durent pas tout comme ta jeunesse et la mienne » 

 

Dans une interview donnée au journal l’Humanité,  Naïma Huber-Yahi historienne, spécialiste de la musique algérienne et maghrébine en France revient à l’occasion de la mort de Rachid Taha sur son parcours et son apport à la chanson française. Tout y est, il n’y a rien d’autre à ajouter pour expliquer la peine de celles et ceux qui ont grandi et vécu avec cette bande son:

« Ce « cri » en provenance de la banlieue lyonnaise, ce « rock beur » est né d’un mélange de mobilisations contre les crimes racistes et sécuritaires et de l’engouement pour la musique d’outre-manche. L’avènement de ce « London Calling » à la Française marque une rupture générationnelle forte avec les aînés qui chantaient les affres de l’exil et la nostalgie de la terre natale. Avec Carte de Séjour, les dimensions politiques et esthétiques changent radicalement : le message sera : « On est ici chez nous » et le métissage rock n’roll et langue arabe dialectale propose une nouvelle fusion d’avant-garde réjouissante.

[…]

Rachid Taha a connu la vie d’un jeune prolétaire à la chaîne. C’est le fameux O.S. étudié par le sociologue Abdelmalek Sayad : il a échappé à cette fatalité inscrite dans la trajectoire des algériens de France pour prendre la parole et raconter l’histoire d’un enracinement dans notre pays alors que les immigré-e-s eux-mêmes ne l’avaient pas vu venir.  Cette génération « beur » dont il fut le symbole et sa musique, sa bande-son, luttait pour briser les déterminismes sociaux et dire son droit de cité en France. De fait,  cette expérience sociale a marqué durablement le jeune Rachid au point que, même quand il accède à la notoriété, il se tourne vers le répertoire des chanteurs de l’immigration algérienne, ouvriers le jour, comme Dahmane el Harrachi, et troubadours de l’exil la nuit, pour perpétuer leur tradition.  Sa reprise de « Ya Rayah »  a été traduite dans 68 langues, il en a fait un tube planétaire et de ce fait, a permis de rendre universelle l’expérience de l’immigration algérienne en exil.

[…]

En définitive, fier de ses origines ouvrières et algériennes, il a ouvert la porte à de réjouissantes créations métissées, et aux générations suivantes qui voudront rappeler à la France que oui, l’on peut être à la fois français et maghrébins. »

 

 

Par Quartiers Libres,
Source: http://quartierslibres.wordpress.com/2018/09/13/ya-raha/