Octobre 29, 2020
Par Sans Nom
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[Un tract sorti le 23 mars dernier Ă  Marseille, une semaine aprĂšs le premier confinement du printemps. A (re)lire en cette veille du second prĂ©vu pour durer jusqu’au 1er dĂ©cembre minimum.]

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Ces derniers mois, un virus contre lequel n’existe pas de vaccin se propage, atteignant des organismes humains affaiblis notamment par les pollutions industrielles, la misĂšre, les conditions de survie Ă©prouvantes. Il contamine des centaines de milliers de personnes et tue des milliers d’autres. Ce virus et le traitement mĂ©diatique qui en est fait viennent activer une terreur ancienne, celle des diffĂ©rentes « pandĂ©mies » de peste noire et leurs dizaines de millions de mort-es au fil des siĂšcles, terreur confirmĂ©e et amplifiĂ©e par les mesures spectaculaires et coercitives se rĂ©pandant comme traĂźnĂ©e de poudre. La mort et la peur qu’elle inspire, tenues Ă  distance la plupart du temps dans « nos » sociĂ©tĂ©s occidentales (ou « normalisĂ©-e » Ă  renfort de protocoles mĂ©dicaux), semble prendre sa revanche en envahissant l’espace social et incitant chacun.e Ă  regarder l’autre comme un facteur de risque potentiel.

Celles et ceux qui se prĂ©sentent comme indispensables se targuent de nous imposer surveillance et autoritĂ© « pour notre bien » et font feu de tous bois, de la culpabilisation au discours nationaliste de merde ; de la surveillance technologique aux amendes, du tabassage Ă  la menace de la taule. Les rues quasi-dĂ©sertes sont quadrillĂ©es d’uniformes bleus et kaki, qui se rĂ©jouissent d’avoir les mains libres pour tomber sur des personnes isolĂ©es, alors que depuis plusieurs mois, dans l’hexagone comme dans diffĂ©rents coins du monde, la rage s’exprime intensĂ©ment contre l’autoritĂ©. La sale rhĂ©torique de la « mobilisation gĂ©nĂ©rale » et de « l’état d’urgence » (pour cette fois sanitaire et -comme toujours- amenĂ© Ă  durer) est abondamment martelĂ©e, justifiant un nouveau niveau d’embrigadement des corps et des esprits, incitant chacun.e Ă  devenir son propre maton (et si possible celui de ses proches ou moins proches, conjoints, ami.es, collĂšgues, voisin.es etc). Les mĂ©canismes de contrĂŽle et de dĂ©possession, l’aliĂ©nation et la mise au pas forcĂ©e qui sont particuliĂšrement palpables aujourd’hui n’ont malheureusement rien de nouveau.

La prĂ©tention de l’État Ă  faire le tri entre les vies jugĂ©es dĂ©sirables (ou non) par temps de « crises » n’est que la triste continuitĂ© de ce qui passe trop souvent inaperçu par temps « calme » : mort-es aux frontiĂšres, meurtres policiers dans les quartiers, les taules, les Hp
 Celles qui prĂ©tendent dĂ©cider de ce qu’il advient de chaque corps -de la naissance au tombeau- parlent de « personnes vulnĂ©rables Ă  protĂ©ger » tout en annulant une multitude d’opĂ©rations liĂ©es Ă  d’autres pathologies mortelles (cancer
). Sous couvert de « protection », ces raclures interdisent les visites Ă  l’hĂŽpital et en Ephad, forçant plein de personnes Ă  mourir seul.es. Ceux qui maintiennent des dizaines de milliers d’individus enfermĂ©.es dans des conditions encore plus trash que d’habitude (suppression des parloirs, du linge, des activitĂ©s etc
) et rĂ©priment les mutineries (refus de remonter de promenade, dĂ©gradations, dĂ©parts de feux, affrontements avec la matonnerie, tentatives d’évasion etc.) qui Ă©clatent dans de nombreuses taules plutĂŽt que d’ouvrir les portes n’ont rien Ă  nous apprendre en terme de solidaritĂ©.

L’étau se resserre de jour en jour (attestation de dĂ©placement dĂ©rogatoire, couvre feu dĂ©jĂ  en vigueur dans plusieurs villes, respect du confinement surveillĂ© par drones, hĂ©licoptĂšres etc.). Voir tellement de personnes accepter la rĂ©duction soudaine de notre horizon est terrifiant. Cette situation asphyxiante ne peut que gĂ©nĂ©rer des « pĂ©tages de boulons ». Nous sommes inquiet.es et en colĂšre de voir tant de proches ou d’inconnu.es reprendre Ă  leur compte les discours moralisateurs, mĂ©prisants et condescendants du pouvoir, quand il-es ne dĂ©noncent pas celles et ceux qui ne marchent pas assez droit. Les choix qui sont en tension aujourd’hui (repli sur soi, dĂ©lation, entraide, sĂ©dition
) laisseront sans doute des traces et blessures irrĂ©mĂ©diables. Ne pas perdre le contact avec le « dehors », se faire une idĂ©e de la situation par soi-mĂȘme et rĂ©flĂ©chir Ă  plusieurs cette nouvelle donne n’a rien d’irresponsable. Ça pourrait mĂȘme se rĂ©vĂ©ler vital.

On est rageuses en pensant Ă  toutes celles qui vivent des violences physiques, psychologiques et sexuelles de la part d’un conjoint qui est aussi leur cohabitant, et dont les espaces de respiration se rĂ©duisent de maniĂšre dramatique ; et Ă  tous-tes les minot-es qui se retrouvent bloquĂ©es avec des daron.nes nocif-ves
 Quelles portes de sorties ?

La solidaritĂ© qui nous importe ne se cantonne pas Ă  cette cellule familiale si souvent toxique ou aux autres « proches », choisies ou non. On pense Ă  toutes les personnes mises en situation de prĂ©caritĂ© par ce monde capitaliste (patriarcal, raciste
) de merde, aux distributions de bouffe annulĂ©es et aux passant-es plus rares et radin.es que d’habitude ; au tabassage par les chtars marseillais des vendeurs Ă  la sauvette de Noailles et d’une personne SDF vers la Plaine, ainsi qu’au gazage de personnes qui zonaient vers la gare
 et qui menacent ceux qui ne marchent pas droit (le couvre feu envisagĂ© relĂšve du pur maintien de l’ordre, pas de la mesure sanitaire). À celles qui ne disposant pas des « bons » papiers (parce que clandestins, recherchĂ©es
) pourraient subir des degrĂ©s de confinement supplĂ©mentaires. Laisser chez soi les tĂ©lĂ©phones qui pourraient permettre Ă  l’État de s’assurer du respect du confinement (c’est dĂ©jĂ  le cas en Italie) et plus largement tout ce qui permet de vĂ©rifier identitĂ© et adresse (quitte Ă  prendre une attestation bidonnĂ©e) pourrait par exemple compliquer la tĂąche des keufs, qu’il s’agisse de faire le tri entre les « bons citoyen.es » et les autres, de coller des amendes ou d’inculper des rĂ©calcitrant.es.

On se passera enfin des « appels Ă  la responsabilitĂ© » d’expert.es en blouses blanches qui demandent aux simples mortel.les de s’en remettre complĂštement Ă  eux, se prĂ©sentant comme seul.es et ultimes recours face Ă  la maladie, mĂ©prisant toute initiative qui dĂ©borderait leur cadre et leurs enjeux (qu’il s’agisse de renforcer ses dĂ©fenses immunitaires ou de chercher des moyens de se soigner). Quand bien mĂȘme leur compĂ©tence ne saute pas aux yeux, ces gestionnaires de masse assĂšnent injonction sur injonction (y compris contradictoires entre elles), participant ainsi Ă  la dĂ©possession, la confusion et l’infantilisation gĂ©nĂ©rale. Ce n’est manifestement pas de responsabilitĂ© mais d’obĂ©issance qu’il s’agit. À quel moment se donne-t’on la possibilitĂ© de choisir par et pour nous mĂȘme de quoi nos vies et nos solidaritĂ©s sont faites?

On espĂšre bien qu’il n’y aura pas de retour Ă  la normale. L’avant Covid 19 ne faisait pas rĂȘver, et ce que prĂ©pare le pouvoir pour l’« aprĂšs » est glaçant : mobilisation pour le rĂ©tablissement de l’économie du pays Ă  coups de restrictions budgĂ©taires, « d’effort national » et de mise au travail forcĂ©.

À moins que les questions autour de la mort nous amĂšnent Ă  rĂ©flĂ©chir sur le sens que nous voulons donner Ă  la vie et Ă  nos activitĂ©s ?

À moins que ce temps suspendu ne soit employĂ© Ă  rencontrer des complices, Ă  approfondir des affinitĂ©s, Ă  envisager de nouvelles possibilitĂ©s offensives pour dĂ©truire ce qui nous dĂ©truit


Que vivent l’imagination, l’entraide et la rĂ©volte ! Que crĂšve la prison sociale.
Liberté pour tous.tes!

Mars 2020




Source: Sansnom.noblogs.org