Un compagnon belge nous livre ses réflexions sur la période de confinement et ses deux poids, deux mesures.

Le confinement n’est que de la poudre au yeux. On franchit un pas supplémentaire vers la dictature du capital, vers des exercices de quadrillage de la population (souvent avec son assentiment), commencés avec la répression des gilets jaunes. Mais nous, prolétaires, sommes tenus de faire marcher la production/plus-value en nous rendant dans les usines, les ateliers ou les supermarchés … les patrons ne voient rien d’autre « d’indispensable » que leurs profits.
On supprime nos libertés pour notre sécurité paraît-il… les bourgeois, eux, auront toujours la liberté de t’exploiter, de te faire trimer. Chair à patrons. On doit se méfier des directives de cet État aux mains de la classe possédante. Douter des aboiements des laquais politicards du capital. Décortiquer les mesures restrictives exceptionnelles qu’on nous impose. Car la soumission au « bon-sens » prime. C’est la docilité aux injonctions étatiques. C’est 1,50m de distance, sinon… gare, ça gueule. Ça fait appel à un vigile ou à la flicaille. C’est tellement sûr de son bon droit. Il faut respecter les règles!
Sur les réseaux sociaux, on est presque en plein pogrom : qu’on choppe les désobéissants, ceux qui sont à deux en bagnole, ceux qui se promènent à 15 km de chez eux, ceux qui prennent l’apéro, ceux qui tapent la discute en fumant une clope… qu’ils crèvent…

Ici, le bouc-émissaire n’est plus chinois, français ou italien. Le suspect, c’est le promeneur, celui qui n’a pas de gants, celle qui n’a pas de masque, celui qui ne veut pas se terrer chez lui, celle qui doute du message cathodique ou gouvernemental, celui qui n’applaudit pas à 20h.

Dictature librement consentie. La pire. C’est l’unité nationale, avec l’indécrottable rebelle à pourchasser. Ce règne de la délation est écœurant.

Y a que bosser que tu peux faire. T’entasser dans un bureau, un atelier ou un chantier. Suivre les injonctions (en concertation avec les partenaires sociaux), celles du patronat cette fois-ci.

Les habitant·e·s des villes industrielles et des faubourgs populaires souffrent. Ils·elles étouffent dans les appartements juste habitables, dans les blocs surpeuplés ou les petites maisons ouvrières. On est entassés dans ces quartiers. Les amendes sont carabinées pour le sans-boulot, l’ouvrier, le petit employé, l’ado. Du racket légal.

Avec les mafieux capitalistes, libéraux et gouvernementaux ( arrêts des « stocks », main invisible régulatrice, offre-demande, spéculation…), c’est le pognon avant la santé des classes populaires.
Des spéculateurs et des entreprises ont décidé de profiter de la pandémie: 70 euros un paquet de 50 masques chirurgicaux. Il y a quelques semaines, ça ne coûtait que 6 euros..
On annule une commande de masques car « trop cher ». Le stock stratégique de masques FFP2 dont disposait la Belgique a été réduit à néant. Achetés au moment de la grippe A/H1N1, ils étaient arrivés à leur date de péremption. Par souci d’économie, la ministre de la Santé a décidé de ne pas renouveler la réserve…

Élimination des stocks, mesures d’économie… on gère la communauté humaine comme une entreprise.

Gracieusetés pour le patronat

il y a un accord politique à dix partis pour donner des pouvoirs spéciaux « coronavirus » au gouvernement fédéral durant trois mois, renouvelable une fois. Les décisions ne seront plus débattues au parlement…

Le gouvernement débloque un milliard d’euros. Cela concerne évidemment des mesures en soins de santé… mais cet argent devra aussi permettre de prendre les décisions « indispensables » d’aide aux entreprises « impactées ». La dispense, le report ou la réduction des cotisations sociales patronales, les commerces qui doivent fermer pourront bénéficier d’une indemnisation forfaitaire de 4 ou 5 mille euros…

Sans oublier la belle entourloupette sur le salaire garanti (15 jours pour les ouvriers et payable par l’employeur)…si tu tombes malade pendant la période de chômage « temporaire covid 19 »…c’est ta mutuelle qui prendra en charge la période d’incapacité et qui versera les indemnités de maladie pendant cette période … joli cadeau aux patrons, non ?

2017, le dernier gouvernement impose 900 millions d’économies dans les soins de santé (l’équivalent de 22.500 respirateurs). Et dans un même temps, Ce gouvernement sélectionne le chasseur furtif américain F-35A pour succéder au cours de la prochaine décennie aux avions militaires F-16. Ce marché porte sur 34 avions à livrer à partir de 2023, pour un montant initial estimé à 3,8 milliards d’euros plus 200 millions de réserve. Le coût estimé du programme sur la durée de vie de l’appareil – une quarantaine d’années – est estimé à quinze milliards d’euros….

Chez les prolos

Les ouvriers ont parfois imposé des fermetures partielles ou totales car les directions ne prenaient aucune disposition de sécurité : Audi, Volvo,Daf Trucks, Décathlon, Brico, Bombardier, Leonidas, Neuhaus, Sonaca,…
Avery Dennison (usine de la transformation du papier), face au refus de la direction de prendre des dispositions efficaces et à la lenteur de réaction des organisations syndicales, les travailleurs ont fait valoir leur droit de retrait. Plus de 150 ouvriers ont remis un certificat médical d’une semaine ou deux. Désertant ainsi les ateliers…
(Illu : Voir la note direction/syndicats ci jointe)
Makro-Metro (grande distribution) à Charleroi, les travailleuses et les travailleurs ont dû faire des arrêts de travail pour imposer la diminution du nombre de consommateurs présents dans le magasin.

Pour mes proches ou mes potes d’usine (ceux qui ont toujours un instinct de classe) le confinement, le « prends soin de moi, reste chez toi ! », ben ça nous fait doucement rigoler…
C’est juste bon pour les petits et gros bourgeois, les cols blancs.

SB (Groupe Ici et maintenant)


Article publié le 30 Mar 2020 sur Monde-libertaire.fr