[Photo : Xavier Malafosse]

Nous publions, en quatre épisodes, un ensemble de courts témoignages anonymisés (1), des journaux de bord écrits par divers habitant.e.s des villes « sous siège » (2), ainsi que deux articles, écrits par deux intellectuels chinois récemment arrêtés par les autorités : une « Lettre ouverte pour la démission de Xi Jinping » de l’avocat et militant Xu Zhiyong, qui a été arrêté le 15 février (3), et l’article-essai « Ceux qui sont en colère n’auront plus jamais peur » de l’intellectuel Xu Zhangrun, en résidence surveillé depuis mi-février (4).

Ces traductions ont pour objectif de faire entendre des voix rendues autrement inaudibles par les discours des « expert.e.s » ou « intellectuel.le.s » en Occident, et de sortir des informations diffusées et contrôlées par l’État chinois, d’écouter ce qu’ont à dire les personnes qui subissent la gestion sanitaire et sécuritaire extrêmement répressive aujourd’hui à l’œuvre. Comme l’ont fait remarquer plusieurs militant·es chinois·es, l’épidémie a permis au gouvernement d’instaurer un état d’urgence d’une extrême sévérité (voir la chronologie de l’épisode 1), qui lui permet de justifier des mesures de rétention, d’enfermement, et d’arrestation [1].

Nous nous permettons d’ajouter que contrairement à ce que plusieurs articles, et des stéréotypes tenaces, peuvent laisser penser, il n’y a absolument « rien d’étonnant » au fait que les personnes réagissent et s’organisent contre le pouvoir, en Chine, comme partout. Il est en effet impossible d’ignorer tous les mouvements sociaux, grèves et mouvements citoyens en Chine, mais aussi toutes les formes de résistance multiples, actuelles et historiques, dans ce pays [2].

Témoignages du « chaos systémique » 组织性失序 et chronologie

L’expression « chaos systémique » est employée par l’intellectuel Xu Zhangrun pour qualifier la politique du gouvernement chinois. Ici les témoignages abordent en particulier la situation dans les hôpitaux et le comportement des autorités à toutes les échelles, dans la province du Hubei et plus particulièrement à Wuhan. Source des témoignages : captures d’écran sélectionnées et rassemblées par des étudiant.e.s chinois.e.s sur la plateforme de traduction partagée.

Nous rappelons quelques faits et dates en fin d’article qui permettent de mieux mettre en perspective ces témoignages (chronologie non-exhaustive). Remarque : en chinois, les termes « pneumonie de Wuhan » (武汉肺炎) ou « épidémie de Wuhan » (武汉疫情) sont largement employés pour désigner le « virus ».

[Personnel médical]

« Nous n’avons plus assez de matériel de protection pour les personnes qui travaillent au contact des malades. La commission de la Santé et le gouvernement ne font absolument rien, nous devons passer outre leur autorité pour demander directement à la société civile de nous aider. En plus, le personnel médical n’arrive pas à venir jusqu’ici [à cause des routes bloquées et de l’arrêt des transports en commun] et le gouvernement ne propose ni de les héberger ni de leur fournir un moyen de transport. Alors nous nous reposons entièrement sur des associations ou groupes de chauffeurs volontaires pour venir au travail. J’ai l’impression de vivre dans une absence complète de gouvernement, je me sens complètement perdu. »

[Personnel médical]

« Il n’y a personne pour diriger l’hôpital, il n’y a plus assez de matériel et d’équipement. Nous n’avons pas mangé de toute la journée. Personne n’est venu chercher les corps des personnes qui sont mortes. Ils ont coupé l’accès à Internet et ont même coupé le réseau. Si on démissionne, ils vont nous retirer notre licence médicale [le document qui nous permet d’exercer en tant que médecin]. Mais putain qui fait ce genre de chose ? Maintenant ma femme, ma sœur et mes collègues sont tous à bout… Le médecin que vous avez vu sur une vidéo en ligne, dont le directeur de l’hôpital s’en allait passer les fêtes chez lui pendant ce temps – il travaille dans le service d’urgence de l’hôpital numéro 5 de Wuhan ! Je sais que tout le monde est en train de fêter la nouvelle année, et je ne veux pas vous gâcher ce moment, mais ce que je dis concerne tout le monde. Je n’ai pas besoin que l’on nous dise “courage Wuhan” [Wuhan jiayou], j’ai besoin que tout le pays sache ce qui se passe réellement à Wuhan. »

[Personnel médical]

« Je n’en peux plus. Notre service à l’hôpital est plein à craquer de malades, et rempli vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les malades s’agenouillent pour nous supplier de les sauver. Mais nous n’avons rien, et nous n’avons pas de médicaments pour soigner ce virus. La seule manière d’y survivre est de compter sur son système immunitaire. Nous n’avons plus aucun équipement de protection, plus de vêtements, plus de masques, plus de caches, plus de gants, plus de lunettes, plus rien. Tout est parti, on travaille sans rien. »

[Personnel médical]

« Plusieurs infirmiers sont en train de pleurer. Le chef pleure aussi. Nous pleurons et nous n’arrivons plus à nous contrôler. Franchement, nous préférerions mourir. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Il n’y a plus que la révolte. Nous n’avons plus, ni la force, ni les moyens humains et matériels de faire quelque chose. Nous ne pouvons plus faire face ».

[Bénévole de distribution alimentaire, anonyme, 26/01]

« Les médecins de l’hôpital de Jin Ying Tan n’ont pas mangé de toute la journée. Maintenant ils sont obligés de demander à des groupes de société civile comme le nôtre de leur faire des dons alimentaires. Est-ce que vous pouvez croire ça ? Moi je n’arrive pas y croire, et pourtant j’y suis obligé. Ce que je sais, c’est que certains médecins ou infirmiers ne mangent pas parce qu’ils ne veulent pas retirer leur équipement de protection. Ils font face à une telle pénurie que si ils l’enlevaient, ils ne pourraient sûrement pas le retrouver. Nous venons de contacter l’hôpital et nous sommes sur le point de leur envoyer des paquets de nourriture instantanée. Quelle ambiance parfaite pour aller regarder le “Grand Gala du Nouvel An Chinois” ! Les gens de l’extérieur ne peuvent même pas imaginer ce que l’on vit actuellement à Wuhan, et dans quel désespoir nous sommes plongés. Il y a des malades couchés par terre, en train de mourir, et il n’y a personne qui puisse les sauver, parce qu’on manque de tout, on n’a plus aucun matériel. Quand j’ai vu les slogans du journal télévisé, j’avais envie de rire. Du coup on ne peut que compter sur nous-mêmes, c’est la seule chose que l’on puisse faire. Un pays si vaste et si puissant, et pourtant la seule chose qu’ils réussissent à mettre en œuvre, c’est le Grand Gala du Nouvel An… » [3]

[Internaute anonyme, 26/01]

« Une personne de ma famille est actuellement en train de travailler à l’hôpital, en train de lutter contre l’épidémie en première ligne. Mais ce qui se passe actuellement dans les hôpitaux, c’est que les cadres sont en train de détourner une partie du stock d’équipement [les masques] pour leur propre usage, et les revendent même à prix d’or, en secret, en dehors de l’hôpital. Les autres cadres se cachent dans leurs bureaux, ne sortent pas et ne s’approchent pas des malades. En plus, ils utilisent des questions “éthiques” ou “politiques” pour faire taire et mettre la pression sur le personnel qui est en première ligne. Ce personnel-là, il travaille jour et nuit sans protection, au contact direct avec les personnes infectées par le virus. À chaque fois que l’un d’eux tombe [qu’un des membres du personnel contracte le virus], cela double malheureusement la charge de travail pour ceux qui restent. Parce que je suis proche de personnes qui travaillent dans ces conditions, je ne peux qu’être plongé dans une tristesse et une terreur immenses, j’ai peur pour eux chaque jour. Je comprends bien que ces temps-ci, faire ce genre de travail, c’est remplir un devoir envers la société. C’est pourquoi je les encourage du mieux que je peux. Mais j’espère sincèrement qu’une fois l’épidémie passée, les dirigeants ne s’en sortiront pas facilement. Ces gens-là [les chefs, les dirigeants], hautains, ceux qui se pavanent en costard et en chaussures de cuir, ces prétendus “héros” qui combattent l’épidémie, ont déguisé le meurtre des médecins et infirmiers “de première ligne”. Le personnel médical a été sacrifié, et ils en sont coupables. J’aimerais qu’une enquête soit ouverte, afin que ce genre de choses ne se reproduise plus. Je ne supporte pas l’idée que les vrais héros anonymes aient été attaqués par devant, et par derrière. »

[Internaute anonyme]

« Ce soir à Simenkou [un quartier à Wuhan], j’étais dans la rue, et à part moi il n’y avait qu’une seule autre personne, un vieux monsieur qui triait des ordures. […] À dix-sept heures trente, quelqu’un a sauté du pont. Avant de sauter, il pleurait et il criait. Des cris très tristes, désespérés. Dans la rue si déserte et si calme, ses cris et ses hurlements résonnaient. Ce qu’il hurlait, c’était : « J’ai attrapé le virus, et je ne peux pas rester chez moi de peur de contaminer ma famille, et à l’hôpital il n’y a plus de lit ; alors je loue une chambre ailleurs, il n’y a aucun transport et aucun moyen d’aller à l’hôpital, il faut marcher à pied pendant des kilomètres, et actuellement je n’en suis plus capable. Mon corps est devenu trop faible. Je n’ai plus rien à manger non plus. Alors la vie est pire que la mort ». Il a sauté […] Je me préparais à appeler la police, à ce moment-là une voiture de police est apparue et s’est approchée […] Pendant que je m’éloignais, la police m’a répété plusieurs fois : il ne faut pas publier cette information sur Internet. Alors, les yeux pleins de larmes, j’ai souri. »

[Internaute, par vidéo]

« Ce qui se passe à Wuhan se déroule selon des stratégies bien planifiées, mais en réalité, cela concerne des citoyens ordinaires. Ma famille, mes parents, attendent la mort à la maison, et là-haut, ils s’en fichent complètement, de ce qui nous arrive. Même avec de l’argent, tu ne pourras pas acheter de médicaments [il n’y en a pas], tu ne pourras pas avoir un lit d’hôpital [il n’y en a plus], alors oui, les Taïwanais qui veulent leur indépendance, je les soutiens, les Hong-Kongais, les gens du Xinjiang, je les soutiens tous. Avec les méfaits du Parti Communiste, la corruption du pouvoir, la société cruelle, personne n’a le droit de s’exprimer librement, personne ! Si quelqu’un essaie de parler, la police va arriver et “l’inviter à boire le thé” [périphrase du pouvoir pour dire “interroger”], pire, il sera emprisonné dix ans ou vingt ans, ils contrôlent toutes les lois, on n’a pas notre mot à dire. Même un avocat, ça ne servira à rien ; les avocats aussi seront arrêtés s’ils essaient de faire leur travail ; ils ne pourront rien dire, le régime ne les laissera pas dire la vérité.

Je veux vous dire que si une personne se sacrifie, puis une autre, c’est à ce prix que se fera la révolution. Je veux me lever, je vais me lever au grand jour, je veux me sacrifier, pour mes parents, pour ma famille, pour qu’un jour l’on puisse vivre librement. J’ai décidé de parler, je sais que c’est dangereux, mais franchement je n’en peux plus. Il n’y a ni médicaments, ni places dans les hôpitaux, il n’y a absolument rien. Tout ce que raconte la télévision CCTV aux infos, c’est entièrement faux ! Je veux parler, pour moi, pour les gens de Wuhan, pour tous les gens de ce pays ! […] On doit résister ».

Chronologie

30/12 : le médecin Li Wenliang 李文亮 tente de prévenir (en vain) ses collègues et ses étudiants de la présence d’un virus respiratoire de type SRAS 

23/01 : plusieurs villes du Hubei, dont la ville de Wuhan, sont officiellement fermées par les autorités et leurs habitants placés en quarantaine (sans preuve, à l’heure actuelle, de l’utilité de ces mesures) ; de nombreuses maisons et entrées d’immeuble sont bloquées et les routes fermées (mettant en danger de nombreuses personnes et provoquant des problèmes d’accès à la nourriture, aux soins, etc.) ; le gouvernement parle d’une vingtaine de morts du virus [chiffres officiels]

28/01 : de nombreux gouvernements (notamment ceux de Trump et Macron) et le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé « félicitent » le gouvernement chinois pour sa « gestion » de l’épidémie, et les « mesures extraordinaires » prises pour contrer sa propagation

Début février : des Chinois·es de la diaspora ou des personnes d’origine chinoise (surtout en France, en Italie, et aux États-Unis) lancent le hashtag « je ne suis pas un virus » repris en mandarin #我不是病毒 pour contrer la montée d’un racisme anti-asiatique ostensible

04/02 : l’avocat et militant Xu Zhiyong 许志永 [un des fondateurs du « mouvement citoyen » (新公民运动) en 2012] publie le texte « Je demande votre démission » (劝退书) demandant la résignation de Xi Jinping

06/02 : arrestation de l’ancien avocat Chen Qiushi 陈秋实, qui s’était improvisé « journaliste citoyen » pour filmer et témoigner de la situation à Wuhan [pour plus d’infos, voir ses réseaux sociaux]

  • Depuis fin janvier il a rencontré et suivi des patients dans le Hubei, a visité et filmé les salles d’attente des cliniques et les hôpitaux ; il avait défini le rôle, selon lui, du « journaliste citoyen », comme un rôle de veille documentaire et d’information de la population ; il avait été banni des réseaux sociaux chinois suite à ses vidéos sur les manifestations à Hong-Kong
  • Dans une vidéo publiée le 27 janvier : « l’explosion des deux épidémies, le SRAS en 2003 et la “pneumonie de Wuhan” en 2020, est due à la dissimulation des faits, au verrouillage de l’information… on ne peut pas reproduire les mêmes erreurs. On doit, au minimum, diffuser les informations. Nous gagnerons si l’information se propage plus vite que le virus » 
  • Dans une vidéo publiée le 30 janvier : selon lui, son nom et ses initiales ont été bannis des réseaux sociaux, ainsi que son visage, et quiconque partage ses vidéos verra son compte WeChat supprimé ; selon lui, le personnel médical a interdiction, sur ordre des autorités, de parler aux journalistes ou personnes extérieures, et leurs téléphones ont été confisqués ; les huit personnes accusées de « diffusion de rumeurs et mensonges » étaient tous des médecins qui avaient alerté sur les réseaux sociaux ; il y a beaucoup de réseaux d’entraide bénévole qui se sont créés, certains pour transporter, d’autres pour charger et décharger les livraisons ; les ouvriers du site de construction de l’hôpital de Huoshen Shan sont épuisés, ils travaillent parfois 24 heures de suite ; « il ne sert même plus d’aller à l’hôpital, ils n’ont plus ni test de diagnostic ni lit disponible » ; il explique que des personnes ont été punies injustement, sans excuse de la part des autorités, pour avoir parlé de « cas similaires au SRAS » dès décembre ; également que les journalistes ne sont pas autorisés à conduire des reportages ou des enquêtes ; à la fin de la vidéo, il explique avoir eu des appels de la police, « j’ai peur, devant moi il y a l’épidémie, derrière moi il y a les autorités et l’administration […] mais je n’ai même plus peur de mourir, est-ce que j’ai encore peur de vous, le Parti ? » [vidéo complète du 30 janvier de Chen Qiushi, avec sous-titres en anglais https://www.youtube.com/watch?v=5hFNOiCOLJ0]

07/02 : la Chine aurait refusé l’envoi de missions étrangères d’experts médicaux en Chine ; à ce stade, de nombreux rapports montrent que l’épidémie se propage en réalité depuis fin décembre, que les autorités ont dissimulé les cas et que le gouvernement masque les chiffres réels

07/02 : mort du médecin Li Wenliang 李文亮 qui avait essayé de lancer l’alerte (il avait envoyé un message le 30/12 sur les réseaux sociaux pour prévenir de plusieurs cas ressemblant au « SRAS », et avait essayé en vain de faire réagir les autorités ; le 03/01 il avait été arrêté par la police et obligé de reconnaître qu’il avait diffusé de « fausses informations », il avait ensuite été menacé plusieurs fois. Il est décédé après avoir contracté lui-même le virus auprès des patients).

08/02 : suite à la mort de Li Wenliang, une immense vague de contestation et de mécontentement populaire déferle sur les réseaux sociaux

  • Les internautes commentent, « on n’est plus sûrs de pouvoir vivre, alors pourquoi continuer à avoir peur ? » La mort du médecin a suscité beaucoup de colère et a encouragé les internautes à parler. Le mouvement de prise de parole est soutenu par les mouvements anti-Pékin de Hong-Kong et Taïwan qui relaient et archivent massivement les vidéos et les posts.
  • Les internautes évoquent l’article 35 de la Constitution (qui devrait garantir la liberté d’expression).
  • A ce stade, l’association Défenseurs des Droits Humains en Chine (CHRD) a répertorié 350 arrestations de personnes, « accusées d’avoir diffusé des rumeurs et de fausses informations en ligne » : liste complète des personnes arrêtées et motifs d’arrestation, en date du 07/02, en chinois https://www.nchrd.org/wp-content/uploads/2020/02/%E5%9B%A0%E8%A8%80%E5%8F%97%E7%BD%9A%E7%BB%9F%E8%AE%A1%E8%A1%A802072020.pdf
  • Les comités de censure auraient forcé plusieurs médias à supprimer des articles ou des parties d’articles (source : CHRD) ; le personnel médical a interdiction de partager des informations

    9/02 : le nombre de morts du virus [selon les chiffres officiels du gouvernement chinois] a dépassé le nombre de morts du SRAS

10/02 : arrestation de Fang Bin 方斌, qui avait tourné plusieurs vidéos depuis le début de l’épidémie pour alerter et s’improvisant lui aussi « journaliste citoyen » ; ses comptes de réseaux sociaux avaient été bloqués par la censure et il était en résidence surveillée depuis plusieurs jours.

  • Le 08/02, il avait dit dans une de ses vidéos, à propos du gouvernement : « le pouvoir les a rendu arrogants, l’argent les a rendu avares ; ils sont devenus totalement insensibles… Beaucoup d’amis m’ont supplié de ne pas parler d’eux, m’ont dit d’arrêter de parler de la “dictature”, d’arrêter de parler de rendre le pouvoir au peuple… Ils m’ont dit que ma sécurité était en jeu, ce qui est sûrement vrai. Mais aussi, j’ai réussi soulever le couvercle de ce qu’ils cachaient, et à montrer cela au monde entier […] je ne peux pas ne pas parler, parce que même s’ils ne me font rien, à moi, ils le feront, à vous »
  • Dans une autre vidéo il disait : « tu attends encore ? tu vas attendre jusqu’à quand ? tu supplies ? mais est-ce que tu vas obtenir ce que tu veux ? tu t’agenouilles ? mais plus tu t’agenouilles, plus il [Parti Communiste] va t’ignorer, au contraire d’ailleurs il va te faire souffrir, te détruire. L’ensemble de mes compatriotes chinois, peu importe leur classe sociale, ont été persécutés et réduits en esclavage, par ce régime marxiste-léniniste démoniaque, par ce régime totalitaire cruel, peu importe qui il est et quelle est sa classe sociale.. Peu importe si c’est un général militaire, ou un commandant, ça ne change rien ! S’ils décident de l’emprisonner, de le tuer, de prendre ses biens, ils le feront. Peu importe si c’est un maire ou un préfet, qu’il parle comme un grand dirigeant sur une estrade un jour, le lendemain il peut être arrêté, interrogé, mis en discipline ou en prison […] Qui se sent en sécurité ? […] Personne n’est en sécurité, et tout le monde a peur. Sous ce régime cruel et violent, tout le monde a peur. Regardez la force que l’on a ensemble. […] Puisque l’espoir a déjà été allumé, il ne faut surtout pas le laisser s’éteindre ».

    11/02 : plusieurs décrets d’urgence permettent aux autorités, notamment au Guangdong, de saisir les propriétés pour lutter contre l’épidémie ; selon les chiffres officiels, il y aurait environ mille morts

13/02 : pour sauver la face, le gouvernement central licencie les dirigeants de la ville de Wuhan

15/02 : arrestation de Xu Zhiyong à Guangzhou ; il est accusé d’avoir organisé et participé à une réunion avec d’autres militants à Xiamen, en décembre dernier ; il avait été emprisonné de 2013 à 2017 ; les autres participants de la réunion, pour la plupart des militants des droits humains ou des avocats, ont aussi été arrêtés

16/02 : l’intellectuel Xu Zhangrun 许章润 serait assigné à résidence et surveillé, sans autorisation de contact avec ses proches, et ses comptes de réseaux sociaux auraient été bloqués ; il avait publié le texte « Ceux qui sont en colère n’auront plus jamais peur » (愤怒的人民已不再恐惧)

18/02 : de nombreuses vidéos circulent [voir les contenus sur les sites ou comptes Twitter du CHRD (人权捍卫者) et du CRLW (民生观察)] montrant :

  • des arrestations très violentes, par l’armée et la police, de personnes ne portant pas de masque, suspectées d’avoir attrapé le virus ou manifestant leur mécontentement ; des officiers de police frappant des personnes et les menaçant avec des armes ; mais aussi : arrestation de personnes qui tournent des vidéos, chantage sur les proches malades, la police qui patrouille dans les salles de quarantaine, des corps empilés dans des sacs pour être emmenés à l’incinérateur sans notice à leur famille, confiscation des biens, des appartements et des récoltes, traque des personnes originaires ou en provenance du Hubei. Note : les personnes arrêtées ou menacées dans ces vidéos semblent appartenir à un milieu modeste ou pauvre, sur lesquelles la quarantaine forcée a un impact économique énorme, preuve une fois encore que le gouvernement chinois s’attaque en priorité aux classes populaires.

Article publié le 23 Fév 2020 sur Lundi.am