Tentative de Vulgarisation de l’Anarchisme est une série d’essai visant à expliquer les bases de ce courant politique et philosophique et les rendre accessible en élaborant de courts textes sur différents sujets groupés en thèmes. L’ensemble des textes peuvent être retrouvés au moyen du libellé “vulgarisation” et des noms des thèmes abordés. 


***Rappel: Ces essais visant à dresser un tableau large et accessible, leur contenu n’engage en rien le Collectif Emma Goldman ni ses positions ni ses membres.***

L’ensemble des changements de la société ne peuvent être obtenus en respectant les limites de cette dernière, puisqu’elles sont justement conçues pour la maintenir en place. Face au pouvoir, les seuls gains sont obtenus en secouant la société et en créant des espaces où celui-ci est rendu obsolète



Le contre-pouvoir
            Les anarchistes s’opposent formellement à toute forme de pouvoir, de hiérarchie. Il existe certaines formes d’autorité légitimes, basées sur la compétence, la transparence et la responsabilité, mais beaucoup de figures d’autorité aujourd’hui ne le sont que parce qu’elles s’insèrent dans une hiérarchie, sans nécessairement prouver leur compétence et parfois même en maintenant leur pouvoir par la force. C’est ce pouvoir auquel s’opposent les anarchistes.
            Mais pour combattre le pouvoir, il ne suffit pas de le remplacer par un autre. Il n’est pas ici question de prendre sa place, par l’élection ou par la force, mais bien de s’organiser sans lui, de façon autonome par rapport à ses institutions et en étant en lutte intransigeante, c’est-à-dire en refusant tout compromis avec ces dernières. Pour s’opposer au pouvoir, il faut développer la mentalité de contre-pouvoir. Le contre-pouvoir, c’est de s’organiser toujours sans écouter ce que nous disent les personnes qui veulent nous contrôler et de leur résister par la force lorsqu’ils tentent de nous imposer leur volonté par la violence et, peu à peu, imposer les changements que nous voulons dans les structures de notre société, de façon à rendre ces changements non seulement permanent, mais à en faire des tremplins qui nous permettent d’aller encore plus loin. Il s’agit des assemblées de quartier, des jardins autogérés (guerillas gardening), des squats administrés démocratiquement etc.
            Ces tremplins nous arrachent à l’esclavage de la conformité en nous procurant de quoi vivre et nous affranchir du pouvoir des entreprises, des administrations politiques et de la bureaucratie éducative. Face à cette liberté, l’État capitaliste cherchera toujours à utiliser la violence pour nous déloger de nos espaces libres. Il conviendra alors de leur résister avec toute la force dont nous sommes capables, puisque nous voulons reprendre le pouvoir sur notre propre existence, un pouvoir qui nous a été enlevé lorsque l’État et les capitalistes se le sont approprié, et qu’ils tenteront de s’approprier tant qu’ils existeront, tant que nous ne les aurons pas fait disparaître.
            Mais le contre-pouvoir n’est pas uniquement destiné à servir contre l’État capitaliste. Il s’agit également de la meilleure défense contre la récupération des campagnes anarchistes. Il est donc question de développer une culture où l’autorité est constamment remise en question et vérifie toujours la compétence et la bonne volonté de celle-ci. Cette culture de contre-pouvoir serait une mentalité répandue dans la population soucieuse de ses intérêts qui pousserait les personnes à toujours investiguer les résultats des mandaté-e-s à la gestion de certaines tâches collectives comme les comités d’administration. Cette mentalité permettrait d’être dans la capacité permanente de s’organiser en groupes, sans demander l’avis d’une personne dont la compétence aurait vraisemblablement dérivé en pouvoir. Il s’agirait d’une mentalité où tout pouvoir qu’une personne exercerait sur une autre serait, à la base, considéré comme un abus devant engendrer réparation. Ainsi, les destitutions passant par un processus lent et inflexible ne seraient même pas nécessaires puisque les mandats et les responsabilités seraient les situations extraordinaires, l’autogestion commune serait la normalité. Toute tentative d’abuser d’une autorité compétente entraînerait immédiatement le discrédit aux yeux de la communauté.
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