Avril 26, 2016
Par Collectif Emma Goldman
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Tentative de Vulgarisation de l’Anarchisme est une série d’essai visant à expliquer les bases de ce courant politique et philosophique et les rendre accessible en élaborant de courts textes sur différents sujets groupés en thèmes. L’ensemble des textes peuvent être retrouvés au moyen du libellé “vulgarisation” et des noms des thèmes abordés. 


***Rappel: Ces essais visant à dresser un tableau large et accessible, leur contenu n’engage en rien le Collectif Emma Goldman ni ses positions ni ses membres.***

Les lois punitives forment la coercition, contraire à l’esprit anarchiste. Comment gérer néanmoins des situations de crise ou de violences entre les individus? De nombreuses alternatives ont existé dans le passé, et aujourd’hui encore, certaines sont peu à peu explorées dans ce qu’on appelle “la justice transformatrice” 



La Justice Réparatrice
            L’anarchisme est un courant antiautoritaire, opposé à toute forme de pouvoir exercé par les institutions sur les individus, ou par les individus sur d’autres individus. Il est question d’abolir les lois, qui sont autoritaires, inflexibles, mal adaptées à toutes les situations et surtout, toujours à l’avantage des plus riches, par des règles de vie simples et flexibles ayant pour but de prévenir toutes les oppressions. En effet, la criminalité survient toujours en très forte majorité à cause de deux systèmes : La propriété privée et le patriarcat.
            L’objectif premier de l’anarchisme est de mettre fin à toutes les formes d’oppressions systémiques. Mais lorsqu’un individu, s’insérant dans une relation de privilège sur sa victime ou non, porte atteinte à l’intégrité physique, psychologique et affective d’une autre personne, cet individu s’empare d’un pouvoir sur sa victime. L’anarchisme, qui est la visée de l’abolition des lois, ne laissera tout de même pas ces actes de violence dégénérer. Il ne s’agit pas en effet de tomber dans le chacun pour soi et la « loi du plus fort ». Le capitalisme est déjà particulièrement versé dans ces visions du monde. Quant à son système de justice pénale, ce dernier n’est pas réellement conçu pour aider les victimes, mais seulement maintenir le statu quo. En ne s’intéressant pas réellement à l’élimination des conditions de prolifération du crime, il devient complètement inefficace dans ce qu’il prétend être créé pour faire. En ne « réparant » toujours les victimes qu’au moyen de montants d’argent versés lors de poursuites, la « justice » libérale démontre que les humains l’importent peu, seule leur propriété et leur productivité l’intéresse.

            Au contraire, l’anarchisme propose des conditions de vie où la grande majorité des criminalités ne seraient pas nécessaires, et où l’intention première de toute intervention d’une communauté dans un cas de conflit potentiellement violent vise non pas à simplement punir les agresseurs, mais plutôt à réparer le tort causé à la victime. Cela passe dans un premier temps dans la création de « Safer Spaces », qui crée une exclusion temporaire de la personne responsable des espaces communautaires. Cette pratique a pour objectif l’inclusion des victimes dans la société et le soutient moral pour celle-ci de la part de toute la communauté. Il est impératif, donc, d’écouter la volonté de ces personnes et de leur garantir un environnement de soutient.
            Plutôt que de passer par des tribunaux déshumanisant qui instaurent des positions hiérarchiques, qui n’ont que très peu de considération pour les victimes et se concentrent plutôt sur le fait d’exhiber un accusé, il devient possible de passer par différents processus d’arbitrages en communauté, de façon adaptée aux besoins d’enquête, aux besoins des personnes impliquées et prioritairement aux besoins des personnes lésées. Il s’agit également de créer des processus d’encadrement et de cheminement personnels qui permettent, toujours en fonction des besoins de la personne lésée ainsi que de la volonté réelle et concrète du fautif ou de la fautive, démontrée par sa bonne foi dans le cheminement demandé, la réinsertion de celui ou celle-ci dans la communauté.

Texte précédent dans la série: Abolir les lois – instaurer les conventions


Ce texte conclut le thème de la lutte politique. La semaine prochaine paraîtra un court glossaire du révolutionnaire en numéro spécial suivi de suggestions de lectures, et ensuite débutera le thème des luttes “privées”, c’est-à-dire de la déconstruction des comportements patriarcaux dans l’Anarchisme, pour lequel une formule sera adaptée au contexte de manque de légitimité de l’auteur (homme blanc privilégié) de parler d’un tel sujet (qui ne doit pas être passé sous silence). 



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