Le parti ultranationaliste a présenté au Congrès une proposition pour combattre l’immigration irrégulière (sur les pas de Donald Trump). Il s’agit de construire un « mur infranchissable » entre le Maroc et les enclaves de Ceuta et Melilla. Il veut impliquer l’armée dans la vigilance à la frontière avec le Maroc en utilisant ses services d’information, de vigilance électronique, d’appui logistique et sanitaire ou transport de personnels. Le déploiement des effectifs militaires n’est pas une nouveauté. Des unités de la Légion et de l’armée régulière ont déjà patrouillé aux frontières de Ceuta et Melilla en 2005, mais leur participation a été considérée comme inefficace suite à la « condition d’autorité ». Elles ne pouvaient intervenir et devaient se limiter à prévenir la Garde civile.
Santiago Abascal, le leader de Vox (voir article dans le ML n°1806, de mai 2019) assume que l’Espagne devra financer le mur, bien qu’elle réclamera des fonds à l’UE. Il aimerait bien durcir la législation pour qu’elle devienne un « mur psychologique » via de nouvelles lois interdisant aux migrants d’être régularisés, d’avoir accès aux services d’assistance sociale ou de santé.
La demande figure dans les propositions « No de Ley » (pas dans la loi) – voir la convention d’Aarhus article 9 §3 et 9 §4 et le droit à la preuve – que Vox a présentées jeudi dernier dans le registre du Congrès. Si le Parlement (Las Cortès) ne se dissout pas d’ici les prochaines élections, elle sera votée en plénière.
Le secrétaire général de la formation, Javier Ortega Smith et son porte-parole Iván Espinosa de los Monteros ont argumenté que les actuelles barrières ont démontré leur inefficacité. Selon Ortega, la majorité des immigrants irréguliers ne sautent pas les barrières, mais font plutôt des trous dans les barbelés, en revanche un mur de béton serait l’unique obstacle infranchissable.
Les responsables de Vox reconnaissent la réduction d’entrées des immigrants irréguliers (dans les huit premiers mois de cette année 15 683 immigrants sont arrivés dans des barques de fortune, 45,2 % de moins que l’année dernière à la même période selon le ministère de l’Intérieur), mais Vox insiste pour « qu’aucun immigrant ne soit admis ».
Ce mur « anti-immigration » n’est pas prévu pour le moment. Le Conseil des ministres espagnol a récemment approuvé une mesure demandée depuis des années. Les fils barbelés installés à la frontière seront éliminés.

À quand une société où les citoyen.nes du monde pourront circuler librement sans devoir se retrouver devant des murs, des miradors, des snipers, des garde-frontières, des garde-côtes. À quand une société où les frontières seront abolies pour passer sans devoir présenter des papiers d’identités. Tant qu’il existera des partis extrémistes de droite, ayant des idées rétrogrades, xénophobes, populistes, les anarchistes devront combattre avec les idées d’un rêve égalitaire telles qu’elles avaient été défendues par exemple en 1936 en Espagne dans les collectivités en Aragon.

Je conseille vivement à tou.tes les lecteur.rices de se procurer le très bel ouvrage aux Éditions Gallimard, « La fissure » (La Grieta), une bande-dessinée de photos peintes, conçue à partir de 25 000 photographies et 15 carnets de notes par Carlos Spottorno et Guillermo Abril, qui ont sillonné pendant trois ans les frontières de l’Europe, présentant de manière alarmante les situations de survie éprouvantes et accablantes de tou.tes ces immigré.es. Un témoignage saisissant et poignant qui se passe de tout commentaire.

Juan Chica Ventura – Groupe anarchiste Salvador-Seguí


Article publié le 11 Nov 2019 sur Monde-libertaire.fr