Mai 14, 2021
Par Contrepoints (QC)
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Je m’appelle Tina Nottaway. Je suis Algonquine de la Bande de la Nation algonquine du Lac BarriĂšre. Depuis plus de 20 ans, nous vivons sur le territoire dans le parc de La VĂ©rendrye. Nous n’avons ni eau courante ni Ă©lectricitĂ©. Quand j’étais jeune, j’ai grandi dans le bois, pas trĂšs loin de ce barrage. J’ai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e par ma grand-mĂšre. Pendant toute ma vie, j’ai Ă©tĂ© en contact avec notre mode de vie traditionnel : comment prendre soin des animaux, comment prendre soin de la terre, comment prendre soin de soi, comment prendre soin de tout — la vie dans son ensemble. Donc, il est trĂšs important pour nous de conserver cette maniĂšre de vivre et d’avoir ce lien avec notre Terre-MĂšre. Un de nos problĂšmes vient du fait que le monde ne comprend pas notre maniĂšre de vivre, comment on survit dans cette vie.

 

Tout le monde ne vit pas dans les mĂ©tropoles, tout le monde ne vit pas dans les villes, et tout le monde ne vit pas en rĂ©serve. Plusieurs d’entre nous vivent toujours sur notre territoire en poursuivant notre mode de vie ancestral. C’est pourquoi on est ici aujourd’hui. On Ă©tait ici l’an dernier, et depuis trois ou quatre ans, on tente d’exprimer nos inquiĂ©tudes au sujet de l’orignal pour que le monde puisse voir, par nos yeux, ce que l’on tente de protĂ©ger. Il ne s’agit pas seulement de nous, les Premiers Peuples, mais aussi que tout∙e∙s puissent continuer Ă  avoir ce qu’on a aujourd’hui.

 

C’est un sacrifice que certain∙e∙s d’entre nous doivent faire pour cela se rĂ©alise. Ainsi, ma famille s’est engagĂ©e Ă  ne pas chasser l’original, mais nous avons quand mĂȘme de la viande. Certain∙e∙s d’entre nous partagent, ça se passe comme ça entre nous. C’est ce qu’on tente de faire comprendre au monde. Ce n’est pas contre toi, on n’est pas contre vous. En ce moment, il y a tant de violence, tant de chasseurs en colĂšre. Ce n’est dirigĂ© contre personne, c’est plus vaste que ça.

 

– COMMENT DIT-ON ORIGNAL EN ANISHINABEG?

KacabagonĂ©gabwec — c’est plus comme si on dĂ©crit quelque chose ou quelqu’un. Parce qu’il n’y a pas de mot prĂ©cis en anglais, donc la maniĂšre d’expliquer quelque chose quand on dit KacabagonĂ©ga-bwec, c’est
 comment on dit en anglais… Je ne peux mĂȘme pas l’expliquer. Tu sais, quand la neige est profonde et qu’on peut se tenir Ă  la surface. Dans notre langue, c’est comme si on dĂ©crivait les choses… 

 

Je pense que les orignaux sont conscients. C’est pourquoi les Anciens nous parlent et nous racontent leurs rĂȘves. Ils nous communiquent les messages qui leur sont donnĂ©s en rĂȘve. Ils ont accĂšs Ă  ce lien. En tant que nos Anciens, ce sont les choses auxquelles ils sont attentifs et pour lesquelles ils gardent l’Ɠil ouvert. Ils croient aux rĂȘves qui viennent Ă  eux. Ainsi, les orignaux parlent par leurs propres moyens. Ma grand-mĂšre a rapportĂ© qu’une de mes tantes a eu un rĂȘve oĂč elles campaient dans une tente. Un orignal est arrivĂ© en courant et entrĂ© dans la tente, cherchant abri et protection, car les orignaux sont trop chassĂ©s. Ici, c’est ce que nos kukums [grand-mĂšres] nous racontent. Ces rĂȘves nous gardent ensemble et nous permettent de continuer. Quant aux orignaux, ils ne peuvent pas parler, nous devons parler en leur nom.

 

Ce sont les plus gros animaux que nous avons sur le territoire et ils ont besoin de beaucoup d’espace. Ils ont besoin de forĂȘts, ils ont besoin de montagnes, puisque l’hiver ils vont Ă  la montagne pour mettre bas. Cependant, dans plusieurs endroits oĂč ils vivent, il y a eu des coupes Ă  blanc. L’orignal, l’ours, le loup et le lynx font partie du cycle de la vie : si l’on nuit Ă  l’un d’eux, le prochain va aussi dĂ©cliner. Tout est en lien.

 

Il faut un Ă©quilibre. Je parle toujours d’équilibre, car cela fait partie de la voie des Anishinabeg — nous devons trouver un Ă©quilibre dans nos actions. Selon moi, c’est la principale raison pour laquelle nous voulons un moratoire sur la chasse Ă  l’orignal. Il y a bien sĂ»r plusieurs autres enjeux auxquels doivent faire face d’autres personnes, comme la coupe de la forĂȘt dans certaines communautĂ©s, la destruction des sources d’eau et l’exploitation miniĂšre. Ce sont des choses qui devraient concerner tout le monde. Cela se produit dans chaque communautĂ© et sur chaque territoire. Cela se produit partout dans le monde. Cela doit ĂȘtre stoppĂ©. Point Ă  la ligne.




Source: Contrepoints.media