Avril 30, 2020
Par Paris Luttes
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Le foyer Romain Rolland, c’est un FTM (foyer de travailleurs migrants), foyer-tour de 13 Ă©tages construit en 1971 par la Sonacotra pour y encaserner un peu plus de 300 travailleurs immigrĂ©s, dans des chambrettes de 7,50 mÂČ avec cuisine, w.c. et douches Ă  chaque Ă©tage pour 24 rĂ©sidents.

AprĂšs une pĂ©riode de luttes (grande grĂšve de 74 Ă  80), de rĂ©sistances, de vie conviviale et solidaire, les rĂ©sidents ont vieilli, sont morts ou partis, dĂ©couragĂ©s par le non-droit (fermeture des espaces collectifs du RCH, pas le droit Ă  la vie privĂ©e
), le mauvais entretien des chambrettes et des espaces communs et les pannes d’ascenseurs incessantes.

La Sonacotra-Adoma a abandonnĂ© le foyer (tout en encaissant les loyers, augmentĂ©s en 2020 au maximum !) et a traĂźnĂ© des pieds pour rĂ©habiliter ce foyer (le plan de « traitement Â» des FTM date de 1997 !). Aujourd’hui, une partie des rĂ©sidents a Ă©tĂ© relogĂ©e dans une « rĂ©sidence sociale Â» rue Bailly, l’autre partie attend son relogement dans le quartier Saint-RĂ©my. Les chambres libĂ©rĂ©es sont attribuĂ©es aux demandeurs d’asile (aprĂšs rafraĂźchissement) et aux grands prĂ©caires (avec un bail temporaire).

Quand on rentre aujourd’hui dans ce foyer, on est saisi par la dĂ©gradation des lieux, par une impression d’abandon, de tristesse, de solitude et quand on parle avec les rĂ©sidents, par leur colĂšre et leur dĂ©sespoir.

Être confinĂ© au foyer Romain Rolland

Le confinement leur est tombé dessus.

Les bus Ă  Saint-Denis Ă©taient bondĂ©s, les tramways aussi, la ligne 13 aussi, les marchĂ©s et supermarchĂ©s aussi. Les consignes « se laver les mains Â» et « garder une distance barriĂšre Â» avaient quelque chose de surrĂ©aliste.

Les rĂ©sidents doivent se croiser, sans aucune protection, dans les cuisines, les w.c., les douches, les escaliers
 Les vieux se retrouvent complĂštement isolĂ©s et, sans ascenseurs (arrĂȘtĂ©s pour Ă©viter la trop grande proximitĂ©), complĂštement dĂ©munis. Les rĂ©fugiĂ©s, les prĂ©caires dĂ©jĂ  sous pression, se dĂ©sespĂšrent un peu plus. Le mĂ©lange des publics dans des chambrettes de 7,5 mÂČ sonores et non isolĂ©es, la « mixitĂ© Â» des modes de vie, des histoires et habitudes diffĂ©rentes, la grande prĂ©caritĂ© et le stress permanent de beaucoup, l’alcoolisme, les rĂ©sidents qui multiplient les problĂšmes psychologiques
 tout cela rend la vie difficile et, depuis le confinement, encore plus difficile avec, par exemple, des rĂ©sidents bruyants la nuit qui empĂȘchent les autres de dormir.

AUCUNE PRÉPARATION, AUCUNE ANTICIPATION des difficultĂ©s que vont rencontrer les rĂ©sidents, juste des affiches : « Lavez-vous les mains
 Â»

Un résident tué par la police

« C’était un rĂ©fugiĂ© afghan, il Ă©tait gentil au dĂ©but. Puis, il s’est mis Ă  parler tout seul, puis peu Ă  peu il est devenu violent. Il sortait le couteau tout le temps. Nous, les dĂ©lĂ©guĂ©s, nous l’avons signalĂ©, il y a dĂ©jĂ  au moins 8 mois. Nous l’avons signalĂ© et resignalĂ© Ă  plusieurs reprises Ă  l’association qui s’occupe des rĂ©fugiĂ©s, aux vigiles, Ă  l’Adoma, Ă  la directrice territoriale
 Rien, personne n’a rien fait.

Le gars est allĂ© au parc, c’est pas loin du foyer, la police lui a demandĂ© le papier de sortie, alors il a sorti le couteau. Les policiers lui ont tirĂ© dessus et l’ont tuĂ©. C’était le mercredi 15 avril. Les policiers ont dit qu’ils ont cru Ă  un terroriste, pourtant ils Ă©taient plus nombreux et lui Ă©tait seul. Â»

Nous, les dĂ©lĂ©guĂ©s, on n’est pas Ă©coutĂ©s

« Si Adoma nous avait Ă©coutĂ©s, le gars aurait pu ĂȘtre soignĂ© ou hospitalisĂ© et aujourd’hui, il ne serait pas mort. Â» « Si Adoma nous avait Ă©coutĂ©s, le foyer serait plus habitable, moins dĂ©gradĂ© et ses habitants moins fragiles ; la protection des vieux rĂ©sidents aurait Ă©tĂ© organisĂ©e. Â»

Un autre exemple : la femme folle qui dort en ce moment dans les toilettes du 12e Ă©tage.

Elle aussi, on l’a signalĂ©e et resignalĂ©e aux vigiles, Ă  l’Adoma, Ă  la directrice territoriale
 la femme de mĂ©nage et les rĂ©sidents ne peuvent plus entrer dans les toilettes. Elle a dĂ©jĂ  mis le feu au 2e Ă©tage, il y a plus d’un an, ça a fait une grande panique. Elle n’est pas agressive, mais elle ne se lave pas, elle aurait besoin d’un suivi psychiatrique. Si jamais ça lui reprend de mettre le feu au 12e Ă©tage, ça sera une grande catastrophe, on n’a pas d’ascenseurs, les rĂ©sidents qui paniquent vont prendre les escaliers
 Adoma n’a rien fait pour cette dame.

Cinq morts du Covid-19

« Je [c’est le prĂ©sident du comitĂ© de rĂ©sidents qui parle] connais trois vieux AlgĂ©riens qui sont morts. Il y en a deux qui sont morts Ă  l’hĂŽpital, mais Kader, lui, au 7e Ă©tage, est mort tout seul dans sa chambre. Une semaine plus tĂŽt, j’ai entendu qu’il Ă©tait malade. C’est quand les mĂ©decins sont venus le 14 avril qu’il a Ă©tĂ© dĂ©couvert, mort, dans sa chambre, mort, tout seul. Â»

« je connais [dit un autre dĂ©lĂ©guĂ©] deux rĂ©sidents qui sont morts ; l’un c’était le monsieur qui nourrissait les chats qui errent en bas du bĂątiment, l’autre, il adorait jouer avec les enfants dans la rue. Â»

Les vieux rĂ©sidents sont des personnes Ă  risque, mais est-ce que ces vieux rĂ©sidents auraient pu ĂȘtre soutenus, mieux informĂ©s et mieux pris en charge ?

Qui est responsable de l’insĂ©curitĂ© dans le foyer ?

Les dĂ©lĂ©guĂ©s doivent se confiner dans un foyer oĂč tout le monde se croise. Ils ne connaissent pas les nouveaux rĂ©sidents, des rĂ©fugiĂ©s et des prĂ©caires. Le foyer est complĂštement pourri, c’est compliquĂ© pour eux, sans protection, d’aller voir les gens, et puis, Adoma ne les Ă©coute pas, ni pour les dangers et l’insĂ©curitĂ© qu’ils signalent, ni pour les pannes et l’arrĂȘt des ascenseurs qui pĂ©nalisent gravement les plus vieux, les fragiles, les malades et les empĂȘchent de descendre, ni pour les sanitaires et les cuisines complĂštement dĂ©gradĂ©es.

Adoma sans cesse critique les rĂ©sidents et les dĂ©lĂ©guĂ©s et dit que notre façon de vivre collective est source d’insĂ©curitĂ© et qu’elle dĂ©pense beaucoup d’argent pour le foyer.

Faux, Adoma fait du bĂ©nĂ©fice sur le foyer et c’est l’inaction d’Adoma face aux dangers bien rĂ©els qui a mis et met en danger les rĂ©sidents anciens et nouveaux. Adoma doit se soucier des rĂ©sidents, de tous les rĂ©sidents du foyer.

Nous attendons des explications d’Adoma : pourquoi rien n’a Ă©tĂ© fait pour le rĂ©fugiĂ© afghan fou et pour la femme folle qui a dĂ©jĂ  mis le feu ?

Nous demandons Ă  Adoma que soient organisĂ©s un systĂšme de portage des courses et une aide Ă  descendre et monter les escaliers pour tous ceux qui sont bloquĂ©s dans les Ă©tages et particuliĂšrement dans les Ă©tages Ă©levĂ©s ; nous demandons que les vigiles montent dans les Ă©tages la nuit pour faire cesser les tapages nocturnes et que les dĂ©lĂ©guĂ©s aient leur numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone.

Adoma doit nous Ă©couter, nous sommes les reprĂ©sentants Ă©lus des rĂ©sidents. Nous demandons Ă  Adoma un vrai travail en partenariat (au tĂ©lĂ©phone pendant le confinement) :

  • sur la protection des rĂ©sidents (masques, gants, gel en grand nombre, nettoyage (trĂšs peu et trĂšs mal fait aujourd’hui) 7j/7 et dĂ©sinfections rĂ©guliĂšres des parties communes, numĂ©ros d’appel pour ceux qui n’ont pas de mĂ©decin traitant, solutions de confinement et d’isolement accompagnĂ© pour les malades
) ; sur la prĂ©sence des Ă©quipes Adoma et rĂ©fugiĂ©s ; que chaque rĂ©sident puisse avoir un double de sa clĂ© ;
  • sur les rĂ©parations indispensables Ă  programmer AVANT le dĂ©mĂ©nagement ;
  • sur notre future rĂ©sidence.

Nous demandons à Adoma de différer le paiement des redevances, revues à la baisse pour tous et particuliÚrement pour ceux qui sont privés de revenus.

ComitĂ© des rĂ©sidents du foyer Romain Rolland ; Bakary Bathily : 06 52 53 24 47

Coordination des foyers de Plaine commune, Boubou SoumarĂ© : [email protected]

Copaf, 06 48 51 87 37 ; EVTC 06 09 02 48 84




Source: Paris-luttes.info