Novembre 4, 2021
Par CRIC Grenoble
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Vivre à l’ère du pass, ça vous fait quoi ?

Pandémie et capitalisme

Le Covid-19 est une maladie de civilisation. Qu’il résulte d’une zoonose (favorisée par le bouleversement de l’écosystème) ou d’un accident de laboratoire, l’origine du virus est liée aux activités humaines. La mondialisation l’a ensuite véhiculé dans le monde entier. Le capitalisme a toujours une solution de court-terme aux crises qu’il génère… malheureusement, c’est toujours la même et ce n’est jamais la bonne : c’est la fuite en avant technologique, couplée à des dispositifs policiers d’envergure, le tout sans remise en cause de son modèle de développement.

Nous avons déjà connu le nucléaire (extrêmement « sûr » moyennant l’acceptation de quelques catastrophes), les OGM (une panacée autorisant l’utilisation intensive de pesticides…), les nanotechnologies, etc. Aujourd’hui, de nouvelles technologies vaccinales, dont la phase 3 de test n’est même pas terminée, sont administrés au maximum d’êtres humains. Dans ce contexte de panique sanitaire, le principe de précaution n’est pas appliqué. Un débat rationnel sur ces nouvelles biotechnologies est devenu impossible, tant elles ont été présentées comme l’unique solution, et ce dès les prémisses de l’épidémie.


La fuite en avant techno-capitaliste

Le pack pass+vaccin se situe dans la suite logique du confinement : notre « attestation de sortie » est maintenant un diagnostic biologique conforme aux injonctions gouvernementales. Plus besoin de policiers pour le contrôler, puisque tout le monde contrôle tout le monde ; la vie sociale est maintenant quadrillée de frontières. Contrairement aux promesses de Macron, et comme l’a dit le conseiller d’un de ses ministres, c’est maintenant « primauté aux vaccinés et vie de merde pour les non-vaccinés » (Libération, 21 juillet).

Le gouvernement déclare à l’envi que « le pass est entré dans les moeurs  ». Des résistances existent pourtant contre ce nouveau geste imposé dans notre vie de tous les jours. Quelques personnes se révoltent ouvertement (bibliothécaires en grève, soignant-es suspendu-es…) et beaucoup le font discrètement (démissions, pass « bricolés », non contrôlés…). Mais force est de reconnaître que ce nouveau dispositif fonctionne, et à grande échelle. Pourquoi la majorité de la population y adhère-t-elle ou s’y résigne-t-elle ? On le voit très bien, la mise en service d’une technologie contraignante n’est jamais plus rediscutée soit parce que « c’est bien pratique maintenant  » soit parce que « on s’y est fait malgré tout » Est-ce parce que nous tenons à retrouver le « monde d’avant » ? Mais le monde d’avant est la matrice de « l’ère des catastrophes », processus de saccage de la biodiversité, du climat, des ressources et des rapports sociaux. Nous voilà donc en suspension : entre un monde d’avant in-soutenable, cause de la crise actuelle, et un « monde d’après  » complètement flou, que les dirigeants ne prennent même plus la peine d’évoquer.

Nous ne sommes pas des expert-es, et nous n’allons pas nous engager ici dans un argumentaire chiffré sur l’efficacité et l’innocuité des vaccins anti-covid. Mais nous ne bradons pas notre confiance à des industries pharmaceutiques qui se sont révélées par le passé coupables de trop nombreuses atrocités (Mediator, Depakine, Distilbène, crise des opioïdes, implants mammaires, etc.). Nous savons que la course au profit nuit systématiquement à la qualité et la neutralité des recherches. Nous réclamons le droit au consentement éclairé avant l’injection d’un produit qui n’est pas anodin (la Suède a décidé par exemple le 6 octobre de suspendre le vaccin Moderna pour les moins de 30 ans). Mais le pass sanitaire, articulé à la fin de la gratuité des tests, est bien une obligation vaccinale déguisée.

Cette mesure autoritaire n’est pas la première à avoir été testée ces derniers mois. Confinements, couvre-feux, état d’urgence sanitaire… Autant de décrets arbitraires, que les États se sont permis d’asséner en se cachant derrière « les experts scientifiques ». Notons en passant que peu de chercheurs ont osé contester cette instrumentalisation pourtant criante de la science. Ces dérives liberticides sont déployées au nom d’une « urgence » qui dure depuis 18 mois. Aura-t-elle même une fin ? Variants x ou y, prochaine pandémie ou crise environnementale qui nous guette : les méthodes éprouvées en 2020-2021 sont conçues pour durer, et être réutilisées.

Certes, ces méthodes ralentissent de façon sensible la circulation du virus, mais elles ne changent rien au fond du problème. Au contraire, elles permettent de « sauver  » une économie pathogène, voire de relancer l’appareil productif et d’ouvrir de nouveaux marchés ! Nous l’avons vu déjà durant les confinements : les cargos ont continué de circuler, les rues fantômatiques se sont peuplées de coursiers à vélo, les ouvriers du BTP on été priés de couler encore des dalles pendant que les informaticiens assuraient l’essor de la consommation en ligne. Nous sommes embarqué-es dans une accélération sans fin vers une société de plus en plus technifiée, fliquante et flippée. La Chine en est un modèle, et certains de nos élu-e-s semblent s’intéresser de près à ses innovations en la matière.

Le silence des pantoufles

Des masques portés dehors, dans des rues désertes ; des drones traquant les badauds dans les rues au slogan « restez chez vous !  » ; des lieux de convivialité où l’on se dit bonjour en se flashant… Comment avons-nous pu nous laisser imposer des mesures policières/sanitaires qui parfois confinent à l’absurde ? Quel mode de vie sommes-nous prêt-es à supporter pour« sauver la vie  » ? Bienvenue dans le monde « sans contact » où, tels des cartes bleues, nous avons de moins en moins de contact les un-es avec les autres et de plus en plus de contact avec des machines (écrans, formulaires numériques, caisses automatiques, bornes de retrait, machines à monnaie dans les boulangeries, sas de sécurité, GPS…). La technologie nous tient plus que nous ne la maîtrisons. Et pendant ce temps-là, les intérêts des plus riches continuent de primer sur le bien commun, la planète s’épuise, les famines continuent à tuer quotidiennement. Avons-nous vraiment choisi ce monde-là ? Voulons-nous vraiment l’accepter comme une fatalité ?

Ces questions de fond nous semblent absolument brûlantes dans cette crise planétaire. Si nous ne les affrontons pas, une autre calamité viendra nous les poser à nouveau dans quelques années. On n’arrête pas une fuite d’eau en passant la serpillière, il faut couper l’eau et réparer la fuite… sinon on continue à patauger.

Mais ce débat est-il vivant quelque part ? L’intégralité des médias, à part un titre ou deux, fait oeuvre de propagande permanente, dépolitisant sans fin cette épidémie et les mesures prises pour la juguler. Le discours médiatique nous installe dans un présent perpétuel vidé de son sens et rythmé par les chiffres. Taux d’incidence, nombre de morts, pourcentage de vacciné-es « première dose »… La vie même n’est plus désignée que par des statistiques, qui ne disent rien de sa qualité et de son sens. Les quelques individus qui ne seraient pas « solidaires », « responsables », en un mot « citoyens », sont cloués au pilori. Ce ne sont pourtant pas les non-vacciné-es qui ont mené des recherches hasardeuses dans les laboratoires P4 ou P3, qui ont empoché des milliards d’euros de bénéfices sur les vaccins, qui ont supprimé 100 000 lits d’hôpital en vingt ans, dont 5700 en 2020 ! (chiffres provenant respectivement de l’Association des médecins urgentistes, 24/04/2019, et du Ministère de la santé, 29/09/21)

Et maintenant ?

Les organisations de gauche se cantonnent aujourd’hui à réclamer « plus de moyens » ou « des moyens pour tou-te-s » sans remettre en cause un modèle de développement mortifère. Est-ce parce qu’elles croient dans le mythe du progrès technique « neutre  » ? Est-ce parce qu’elles ont peu l’habitude de questionner le sens de la production ? Et pourquoi classent-elles si vite dans le « complotisme » ou « l’extrême-droite  » toutes les personnes peut-être peu politisées, mais enragées par la situation, et critiques des vaccins, du pass et des gouvernants ?

Retrouvons-nous à 3, 4 ou 100, pour comprendre ce qui nous arrive, nous entraider, et construire ensemble un projet de société. Faisons ouvertement la grève du pass. Soutenons les grévistes des bibliothèques, les bars mobilisés et les soignant-es suspendu-es. Chérissons les dissidences, petites et grandes, individuelles et collectives, qui permettent de ne pas tomber dans la résignation et de continuer à se sentir vivant-es avec nos congénères.

Grenoble, le 1er novembre 2021

Version revue et corrigée

Collectif Ruptures

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Source: Cric-grenoble.info