« Vive la France et les pommes de terre frites ! »

Décédé le 18 juillet 1959 à Paris à l’âge de 60 ans, le poète surréaliste Benjamin Péret est enterré quelques jours plus tard au cimetière des Batignolles. Sur sa tombe, une plaque proclame : « Je ne mange pas de ce pain-là » – titre de l’un de ses recueils de poèmes paru en 1936, invectivant bourgeois, militaires et prêtres, et maxime résumant le mieux la vie de ce révolté permanent.

Né à Rezé (Loire-Atlantique) dans une famille modeste, dadaïste criant « Vive la France et les pommes de terre frites ! » pour fustiger le chauvinisme à l’issue de la grande boucherie de 1914-1918, poète surréaliste adepte des « sommeils » et de l’écriture automatique, combattant avec les anarchistes en Espagne et exilé au Mexique de 1942 à 1948, Benjamin Péret (1899-1959) est le seul que Breton n’a jamais osé critiquer. Il est aussi le premier à adhérer au Parti communiste, le premier aussi à en sortir pour rejoindre l’Opposition trotskiste avant d’évoluer vers l’ultragauche qui refusait, comme Natalia Sedova, la veuve de Trotski, de voir dans l’URSS un socialisme trahi, mais avec plus de clairvoyance, un capitalisme d’État stalinien.

Grâce à une large documentation et à une utilisation judicieuse des écrits de Péret lui-même – dont un florilège est reproduit en annexe –, cette biographie intellectuelle et poétique de l’auteur du Passager du transatlantique et du Déshonneur des poètes lui rend sa place, de premier plan, dans l’histoire des avant-gardes littéraires et politiques du XXe siècle. Cela compensera un peu l’oubli où l’ont tenu la plupart des historiens du surréalisme alors même que Breton lui-même définissait celui-ci comme « la beauté de Benjamin Péret écoutant prononcer les mots de famille, de religion et de patrie ».

Si Péret, malgré sa fibre libertaire, ne rompit pas avec le léninisme, la raison s’en trouve sans doute dans le distinguo qu’il établit entre ses activités poétiques et politiques. Il appartiendra aux situationnistes de dépasser ce clivage dans une démarche unitaire tout en rendant hommage à celui qui avait été, parmi les surréalistes, « le seul à s’engager dans la révolution espagnole, le seul à être resté un anticlérical farouche » (R. Vaneigem).

Henri Blanc

Barthélemy Schwartz, Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme, Libertalia, 2016.


Article publié le 14 Juil 2019 sur Cqfd-journal.org