Le mercredi 10 octobre à 8 heures la police italienne a expulsé le refuge autogéré “Chez Jésus”. Ce squat dans la paroissiale de l’église locale (d’où le nom humoristique “chez Jésus”) avait ouvert le 22 mars 2018 à Clavière (dernier village italien avant la frontière). Il a permis aux luttes française et italienne à la frontière des Hautes-Alpes de se rassembler grâce à l’occupation d’un lieu commun.

Cette occupation a permis de mettre en place un lieu de refuge pour les personnes exilées qui passent la frontière, avant qu’elles tentent la dangereuse traversée à pied de la montagne, ou si elles ont été arrêtées en montagne par la police aux frontières et refoulées côté italien. Le lieu permit d’organiser une opposition au dispositif de frontière qui trient les personnes sur la base de leur nationalité et de leurs papiers, en étant une base stable de solidarité et en atténuant la violence du dispositif policier, par le soin, le soutien aux personnes migrantes, l’entraide. Il permet aussi d’être une base d’observation et de témoignage contre les violences policières quotidiennes qui ont lieu dans l’invisibilité de la montagne. Ce Refuge, entièrement autogéré, s’inscrit en opposition à la tendance gestionnaire et humanitaire de nombreuses associations solidaires avec les personnes exilées.

L’expulsion du refuge “Chez Jésus” n’a rien d’étonnant, elle a été annoncée par les nombreuses pressions policières et judiciaires que subissait ce lieu depuis le début. La destruction du lieu ne doit pas signifier la fin de la lutte aux frontières : au contraire, elle appelle encore plus qu’avant la nécessité de s’organiser pour mettre en place des réseaux de soutien, à travers tout le territoire transfrontalier, de Briançon jusqu’à Turin, Grenoble, Marseille, Lyon…

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Ouvert cet hiver, alors que des exilé·e·s ont perdu la vie dans la montagne, il permettait de trouver un lieu avant de passer le long chemin de la frontière où l’on pouvait manger, se reposer, se soigner, s’habiller pour la route mais aussi danser, chanter, crier, discuter, jouer et au coin du feux refaire un monde sans frontiere.

Contrairement aux touristes blanche·s et bourgeois·es qui se promènent sur les lignes de frontières sans être inquiété·es, les personnes racisées étaient traquées sans relâche et systématiquement arrêtées et renvoyées en Italie. Le dispositif de contrôle y est énorme : patrouilles de gendarmes mobiles, chasseurs alpins, CRS et police aux frontière, sans compter les milices fascistes et habitants collabos qui travaillent main dans la main avec la police.

Le parcours dure 4 heures pour des blanche·s, mais les exilées doivent marcher jusqu’à plusieurs jours en se cachant la nuit, sur des sentiers escarpés, avec le risque d’être expulsé·e·s une fois arrivé·e·s dans une ville française. Cette ligne excluait et sélectionnait les humain·e·s selon leurs capacités physiques : les femmes enceintes, les enfants et les personnes en situation de handicap arrivaient rarement à la franchir.

Ce lieu défendait un passage gratuit contre la mafia, les passeurs, et les policiers racketteurs qui prospèrent sur le dos des politiques racistes.

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Ce lieu ouvrait une brèche dans la frontière, quasi infranchissable à cause de la militarisation raciste de nos montagnes.

Nombreuses·x témoignaient des violences policières quotidiennes : passages à tabac, vols, insultes, et surtout, refus systématique de passage au mépris des droits européens.

Les militante·s du lieu faisaient l’objet d’un fichage et d’une surveillance policière constante qui donne lieu à une répression arbitraire et fasciste. Il est encore question du délit de solidarité, qui n’a pas été aboli : jeudi 8 novembre 2018 aura lieu à Gap le procès de 7 militant.e.s dont 4 français.e.s, 2 suisses et une italienne.

Celleux-ci risquent 10 ans de prison et 750.000 euros d’amende. Il leur est reproché « l’aide à l’entrée sur le territoire français d’étrangers en situation irrégulière, le tout en bande organisée » à l’occasion de la marche de solidarité du 22 avril dernier.

Cette manifestation au caractère spontané était une réaction aux provocations racistes et dangereuses du groupuscule Génération Identitaire qui depuis la veille bloquait en toute impunité le col de l’Echelle.

Les marchandises et l’argent traversent les frontières, et au même moment les hommes et les femmes à cause de leurs origines, sont interdits de passage.

La lutte contre les frontières continuera sans relâche. La répression violente et injuste ne fera qu’augmenter nos forces pour renverser ce système, Jésus est mort, vive l’anarchie !!!!!

Des ami.e.s lyonnais.es de Jésus qui comptent bien s’organiser activement.

Pour plus d’infos :

Voir la page Facebook : “Chez Jesus – Rifugio Autogestito”
https://valleesenlutte.noblogs.org/

Par Rebellyon,

Source: http://rebellyon.info/Violente-expulsion-de-chez-jesus-19639