La vague de révolte qui secoue plusieurs pays du monde n’a pas été étouffée par le confinement. Au Liban, le mouvement semble relancé. Dans des pays comme le Chili ou l’Algérie, les braises couvent encore. La moindre étincelle pour déclencher un nouvel embrasement. Surtout, les effets économiques du confinement propagent la contestation dans de nouvelles contrées. Même des régimes autoritaires verrouillés comme la Biélorussie ou l’Iran commencent à vaciller. 

C’est dans ce contexte bouillonnant que la civilisation américaine, poumon et modèle du monde capitaliste, reste traversée par la plus grande révolte depuis les années 1968. Mais, il faut se garder de tout triomphalisme. Il semble au contraire important d’analyser les limites du mouvement en cours pour éviter de sombrer dans l’impasse. La révolte de Minneapolis reste sauvage et spontanée. C’est la mort de George Flyod qui a déclenché des nuits de pillages et d’émeutes. Ce sont surtout des jeunes prolétaires qui se retrouvent dans la rue. Ce ne sont pas les bons élèves de la contestation biberonnés par la gauche du parti démocrate. Pourtant, la révolte prend une tournure citoyenniste. Les pacificateurs et les intersectionnels débarquent pour imposer leur idéologie plutôt que de se fondre dans la dynamique d’un mouvement nouveau.

Les pacificateurs mettent en avant la non-violence comme unique stratégie. Mais ce sont pourtant des émeutes qui ont déclenché le mouvement. Ce ne sont pas des genoux à terre qui ont permis l’irruption du mouvement. Que les pacifistes veulent imposer la génuflexion à tous les corps en dit long sur leur autoritarisme. La disqualification des pillages, réduit à de la délinquance, vise à discréditer l’ensemble de l’insurrection urbaine. Sans pour autant idéaliser toute forme de délinquance, il semble indispensable de rappeler que le vol s’attaque à la propriété et à la marchandise. Le pillage permet aussi une satisfaction des besoins immédiats dans un contexte de chômage et de pauvreté. Les belles âmes bien nourries de la gauche peuvent garder leur morale. Les situationnistes ont bien montré la dimension révolutionnaire des émeutes de Watts en 1965 dans un de leurs textes indémodables.

Ensuite, ce sont les intersectionnels qui débarquent. Ils sont parfois dépassés sur leur gauche par le président Trump lorsqu’il considère que la révolte appartient uniquement aux premiers concernés de peau noire et que les anarchistes blancs n’ont pas à s’y mêler. Ce discours repris par les gauchiste vise à considérer que les violences policières concernent uniquement les afro-américains. Les Blancs bénéficieraient d’un privilège. Pourtant, c’est bien la classe sociale qui reste déterminante pour comprendre les violences d’Etat comme le montre les études sérieuses. En clair, un ouvrier blanc reste plus menacé par la police que le bourgeois noir. C’est cette évidence que veut masquer la petite bourgeoisie noire et ses « allié.e.s » pour se proclamer représentante des ghettos. Et appeler à la pacification avec plus de légitimité. Tout se rejoint.

Comme le souligne un groupe de Gilets jaunes, les violences policières visent avant tout à maintenir l’ordre existant et l’exploitation capitaliste. L’Etat se montre brutal pour éviter les révoltes dans un contexte de montée du chômage et de pauvreté. C’est d’ailleurs cette misère qui explique également l’embrasement de la révolte dans de nombreuses régions. La mort de George Flyod apparaît comme le détonateur d’une explosion globale. Surtout, les causes de cette révolte sont les mêmes partout. Le monde d’après peut être celui des insurrections dans une perspective de rupture avec le capitalisme.

Ce numéro se penche sur le populisme qui fait l’objet de nombreux débats. Il existe une longue tradition historique de ce courant qui permet de dessiner le contour d’un populisme démocratique. Mais cette mouvance se recompose. En Espagne, Podemos est en train de s’effondrer. En revanche, une nouvelle génération d’activistes américains se saisissent du populisme. La gauche tente de plaquer ses vieux modèles idéologiques sur les révoltes sociales. Mais elle a du mal à comprendre les Gilets jaunes. Ce mouvement permet de comprendre la société française et sa composition de classe. Mais il percute la tradition gauchiste des années 1968

Les luttes de quartiers reflètent également l’évolution des conflits de classe en France, comme à Nanterre et aux Mureaux. Ces luttes de quartiers portent également la question des violences policières et de la domination de classe. Elles sont confrontées à la répression de la part des institutions. Mais ces luttes locales doivent aussi déboucher vers des perspectives de transformation socialeLe rap devient la bande son de ces luttes des quartiers et de l’immigration. Le groupe La Rumeur incarne cette parole contestataire. Mais c’est une grande partie de la culture rap qui mêle musique et critique sociale

Sommaire n° 43 :

Populisme de gauche 

Le populisme démocratique

L’effondrement de Podemos

La nouvelle gauche américaine

Gilets jaunes et gauche radicale

Gilets jaunes et classes sociales

La gauche de Mai 68 et les Gilets jaunes

Luttes de quartiers

Luttes de l’immigration à Nanterre

Luttes dans les cités des Mureaux

Luttes de quartiers face à la répression

Luttes de quartiers et transformation sociale

Rap contestataire

Le rap tranchant de La Rumeur

Rap : musique et critique sociale


Article publié le 27 Août 2020 sur Zones-subversives.com