Décembre 31, 2020
Par Crame Ton CRA (Lyon)
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Moi je suis très mal. Je m’appelle Amarildo. Ici c’est de la merde. ici c’est une grosse merde. c’est pas possible de rester là.

– ça fait combien de temps que tu es ici ?
Je suis ici depuis un mois. Trente et un jours. J’ai fait beaucoup de prison et je suis ici (*). Je veux sortir. Je suis libérable, on me garde ici, ça sert à rien. Je comprends pas pourquoi.

– tu es allé au tribunal ?
Au tribunal madame a dit « bonjour, 28 jours », et basta. Elle te laisse pas parler. Elle te dit « ça va, bonjour », y’a rien. t’as compris ? elle te dit « bonjour, 28 jours ». y’a pas d’avion. si y’a un avion, tu vas dégager.

– t’as pas eu d’avion ?
non. ça fait un mois que j’attends.

– comment ça se passe dans le centre de rétention ?
le centre de rétention… comment ça se passe? ça se passe très mal ici. La police nous tape. elle est violente. Elle est violente.

– pourquoi elle vous tape?
parce que toi tu demandes « donne moi le briquet », lui il sort, il te dit… comment on dit ? [quelqu’un derrière : « il a étranglé quelqu’un. il a l’a étranglé. »] Je te jure c’est comme ça.

– Il a étranglé quelqu’un ?
oui. [Quelqu’un derrière : « quelqu’un a demandé un briquet et le policier l’a étranglé. il l’a étranglé. il l’a amené au mitard ! »].

– il est allé au mitard après ?
Oui, isolement. nous on dort ici comme des chiens. nous on mange ici comme des chiens. [quelqu’un derrière : « Les chiens mangent mieux que nous »]. Les chiens mangent mieux que nous. La vie de ma mère. C’est ça la situation.

[Il passe le téléphone.]

Ouais bonjour. y’a quelqu’un il a demandé un briquet au policier, les policiers de la nuit, c’est des racistes. il est sorti, il l’a étranglé. Il l’a étranglé et il l’a amené au mitard. on a peur, des fois même pour demander un briquet pour allumer une cigarette, on a peur de demander un briquet. [une voix derrière : « on a peur, c’est vrai ! »].

– y’a personne qui vous aide dans le CRA ? Les gens de Forum, l’infirmerie… ils vous aident pas ?
Non, ils peuvent rien faire. eux ils s’occupent de leur boulot.

– est-ce que vous avez envie qu’on publie aussi ce que vous venez de raconter ?
oui, y’a pas de souci, ouais ouais. merci.

18/12/20

(*) C’est le principe de la double peine : à l’issue d’une peine de prison, les personnes sans-papiers peuvent être emmenées directement de la maison d’arrêt au centre de rétention.




Source: Crametoncralyon.noblogs.org