Septembre 27, 2021
Par Le Numéro Zéro
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Ces derniers mois, plusieurs récits ou rapports officiels parlent de violences exercées par des surveillants ou de pratiques systématiquement violentes à la maison d’arrêt de la Talaudière. Et récemment un surveillant est passé en procès à Saint-Étienne.

En avril, une femme avait parlé des violences subies par son conjoint. Alors qu’elle se rend au parloir, les surveillants la laissent attendre sans explication avant de lui dire que son parloir n’aura pas lieu, car son proche est isolé en raison du covid. Alors que son codétenu a été testé positivement, l’administration le laisse 24 heures avec lui, puis lui dit qu’il doit être isolé. Inquiète, sa compagne reste sans nouvelles, avant d’apprendre ce qui s’est passé :

Mardi en fin d’après midi, des surveillants sont venus le chercher pour l’emmener en isolement. Alors qu’il étaient dans sa cellule, l’un d’eux, Karim, s’est moqué de lui, l’a provoqué et insulté. Devant cette attitude, et vu ce qui s’était passé le jour d’avant, mon proche a refusé de sortir de la cellule. Les surveillants ont alors appelé les ERIS. Ceux ci sont intervenus à plusieurs dans la cellule, ils l’ont plaqué au sol en lui tordant le bras, alors que mon proche a des douleurs chroniques à l’épaule depuis le début de son incarcération.

Il a ensuite été jeté au mitard mercredi matin.

Là, ils l’ont laissé, en sous-vêtements et avec seulement un peignoir. Ils ne lui ont pas donné ses cigarettes. Il est resté dans cet état pendant 2 jours, demandant à voir une infirmière ou un médecin, car il souffrait suite à l’intervention des ERIS et du fait de ses problèmes à l’épaule, mais en vain. Les surveillants lui ont juste dit « démerde toi avec ça » en lui jetant un doliprane à travers la cellule.

Alors qu’il était absolument désespéré, mon proche s’est auto mutilé, se faisant de grosses entailles sur tout le corps, et même sur le cou. Il a fini par tenter de mettre le feu à la cellule du mitard, déclenchant l’alarme, et l’intervention des surveillants.

Il s’est brûlé lui-même au poignet. Un surveillant lui a alors vidé la bonbonne d’extincteur en pleine tête.

C’est après cela que j’ai vu mon proche au parloir. Une surveillante m’a dit qu’ils l’ont laissé accéder au parloir car il était trop mal psychologiquement. C’est seulement 30 minutes avant mon arrivée que des surveillants lui ont amené ses vêtements. Dans le box du parloir, il était tellement blessé qu’il a laissé des traces de sang. J’ai su qu’il allait passer au prétoire prochainement, pour son refus d’aller en isolement.

- Son récit complet ici.

Un rapport émis par le contrôleur général des lieux de privation de liberté suite à sa visite à la Talaudière en 2019 mentionne également des violences de la part de certains surveillants, des fouilles à nu systématiques et humiliantes, et des extractions médicales qui sont faites dans des conditions humiliantes, ce qui peut amener à un refus de soins.

- Un extrait du rapport ici.

Un article récent émanant de l’OIP relate également deux situations où lors de fouilles à nu, en février et en mai, des détenus ont été agressés et violentés par des surveillants.

- À lire ici.

Lundi 20 septembre, un surveillant de la Talaudière est passé en procès pour des violences exercées sur un détenu. Voici ce que ce dernier a décrit :

Quand on arrive, on se retrouve en confinement dans le quartier des arrivants. Pendant une semaine, ce surveillant nous a insultés de tous les noms, moi même et d’autres détenus, et il était connu pour faire ce genre de choses.

Ce jour là, vers midi, comme il fait du rugby, je lui ai dit que son équipe de rugby est la 5e roue du carrosse, mais je ne l’ai ni menacé, ni insulté.

Puis vers 14h les surveillants viennent pour ouvrir les cellules pour nous emmener en promenade. Et normalement on part tous en même temps. Mais là, sans attendre les autres, il m’a ouvert puis m’a dit d’aller tout seul dans le sas qui est avant la promenade, et là m’a annoncé qu’il allait me fouiller. Habituellement les fouilles ne se font pas là, mais dans les douches. Ce sas est en endroit où il n’y a pas de caméra. Quand il m’a dit « fouille, » j’ai tout de suite compris que c’était par rapport à ce que je lui avais dit le midi.

Il m’a palpé, puis m’a fait une clé autour du cou, m’a mis par terre, et m’a roué de coups. Il m’a dit « moi je fais pas de rugby, je fais de la boxe et je suis de Bellevue, tu vas voir ».

Ma tête était au sol et j’essayais de me protéger pendant qu’il me frappait. Je ne m’attendais pas à ça, pas à me faire frapper par un surveillant. J’ai appelé au secours les autres surveillants.

Je saignais du nez, je sentais mon cœur qui battait très fort ; pendant plus d’une semaine ensuite je n’ai pas pu manger normalement.

Quand les autres surveillants sont arrivés, ils m’ont attrapé et m’ont maintenu la tête en bas vers le sol pour m’amener au mitard. [pour que le visage ne soit pas visible sur les caméras].

J’ai été emmené au mitard sans avoir vu de responsable, soit disant « préventivement », et pour rien, seulement pour les mots que j’avais dits le midi. Je suis arrivé là-bas, je ne pouvais plus ouvrir l’œil.

Au mitard, j’ai dû attendre 24 heures avec mes blessures avant de voir un médecin, et il m’a prescrit 45 jours d’ITT. J’ai eu de nombreux hématomes, hémorragies, le larynx et le nez fracturé, des blessures graves…

Et ensuite j’ai été conduit à l’hôpital où j’ai vu un autre médecin, mais à ce moment mon hématome avait réduit. C’est ensuite mon avocate qui m’a fait sortir du QD et qui s’est inquiétée de mon état.

J’ai signalé les faits, mais vous ne connaissez pas le fonctionnement de la MA la Talaudière…

Quand je suis sorti du mitard, j’ai appris qu’il y a au moins 8 autres détenus qui ont été maltraités par ce surveillant, mais qui n’ont pas porté plainte.

Après j’ai changé de quartier donc je n’ai pas revu ce surveillant. Mais quand ça s’est su que j’avais porté plainte, j’ai eu les surveillants sur moi. J’avais des fouilles pour rien, on me coupait l’électricité à 21h, etc.

- Le récit complet du procès ici. Le rendu est prévu le 1er octobre.




Source: Lenumerozero.info