La violence, toujours la violence. Toujours présente dans la société, augmentée pendant la crise. En effet, la mise en confinement d’une partie de la population mondiale n’a fait qu’accentuer les violences de genre, déjà très présentes dans la société. Près d’une femme sur cinq dans le monde a subi des violences au cours de l’année écoulée. Beaucoup sont maintenant piégées à la maison avec leur agresseur. En 2017, près de trois femmes tuées sur cinq l’ont été des suites de violences infligées par leur conjoint ou un membre de leur famille. Soit un nombre de 50 000 féminicides dans le monde.

Pendant la crise, la part des tâches domestiques assumée par les femmes est restée à 70 %, avec une fourchette allant de 67 % pour les femmes dans un couple travaillant à la maison en télétravail, à 82 % quand il y a présence d’enfant de moins de 12 ans. Ainsi les hommes confinés avec leur partenaire n’ont toujours pas vu que les tâches domestiques ne se faisaient pas toutes seules ! Ou n’ont pas voulu mettre la main à la pâte, maintenant l’assignation de genre. Comme ils n’ont pas remarqué que la charge éducative revenait une fois de plus largement aux femmes pour les enfants privés d’école pendant deux mois en France. Ils affirment assurer 45 % de cette charge alors que les femmes l’estiment quant à elles à 80 % : un petit hiatus encore genré ! Si bien qu’une nouvelle notion s’est renforcée durant la crise : celle de charge émotionnelle, assumée par les femmes, comme responsabilité du bien-être émotionnel de la famille comme des patients. Evidemment ! puisque les filles sont éduquées pour être filles puis femmes bien gentilles. L’on parlait de double journée dans les années 1970, l’on parle de triple journée aujourd’hui : travail pour le patron, travail domestique pour le conjoint et la famille en général, travail d’accompagnement des tâches scolaires pour les enfants, dans une journée qui ne fait que 24 heures.

Habituellement, les femmes victimes de violences arrivent à se ménager des bulles d’air, par exemple en allant chercher les enfants à l’école ou quand le conjoint travaille et qu’il n’est pas au domicile. Durant le confinement ou semi-confinement, ce n’est plus possible. Serions-nous alors étonné·es d’une montée de la violence intrafamiliale ? En réponse, Phumzile Mlambo-Ngcuka, de ONU Femmes précise : « Nous savons également que les niveaux de violence domestique et d’exploitation sexuelle montent en flèche lorsque les ménages sont soumis à des tensions croissantes ». De sa fonction dans cette ONG, elle observe que les signalements de cas de violence domestique ont triplé dans certains pays où sont appliqués les mesures de distance physique entre individus, notamment pour les populations déplacées dans des camps de réfugiés bondés. Mais c’est une réalité dans toutes les régions du monde. Ainsi depuis le début du confinement, en Australie, une enquête sur la sécurité des femmes en Nouvelle-Galles-du-Sud (sud-est de l’Australie) montre que 40 % des travailleurs et travailleuses de première ligne, ont signalé une augmentation des demandes d’aide de la part des victimes. Les appels d’urgence ont augmenté de 25 % en Argentine, de 70 % au Chili, de 30 % à Chypre, de 33 % à Singapour, de 25 % au Royaume-Uni et de 40 % en France. A travers l’Europe, les services d’urgence ont recensé jusqu’à 60 % d’appels en plus de femmes victimes de violences conjugales pendant cette période. « Les signalements sont en hausse dans presque tous les pays », a souligné, jeudi 7 mai, une experte de l’OMS, Isabel Yordi. Avec cette contradiction, les centres d’accueil de victimes de violences ont dû fermer leurs portes à cause du confinement puis se sont ingéniés à trouver des solutions d’hébergement pour les victimes, femmes et enfants. Pour la même période entre 2019 et 2020, sur la plateforme « arretonslesviolences.gouv.fr. », la part du nombre de tchats reçus pour des faits de violences conjugales et intrafamiliales a été multipliée par 4, selon une étude du secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Cela représente une hausse de 157 % entre la première et la quatrième semaine de confinement. Depuis le 17 mars, l’association, France Victimes, a augmenté sa prise en charge des victimes de violences conjugales de 71 %, par rapport à la même période en 2019. Le collectif français, Féminicides par Compagnon ou ex, enregistre 34 féminicides au 24 mai 2020.

D’autres violences de genre s’accentuent en période de crise sanitaire. L’épidémie Ebla donne l’enseignement suivant : s’accroissent le trafic d’êtres humains, les mariages forcés, les exploitations sexuelles. Mais aussi le revenge porn et le cyberharcèlement. Le revenge porn, ou porno-divulgation, se définit comme le partage public en ligne non consenti de contenus sexuellement explicites, dans le but d’en faire une forme de vengeance sur la victime. Parmi les milliers de victimes annuelles du revenge porn, 90 % sont des femmes. Avec la crise sanitaire, cette catégorie de violences de genre s’est davantage accentuée. Cela s’est notamment observé en France, où des cinquantaines de comptes Snapchat et Telegram, baptisés “ficha”, ont été créés dans le but de diffuser des contenus intimes de filles, souvent mineures.

Les manifestations du 8 mars 2020 se sont construites sur un grand mouvement de solidarité, toujours à l’œuvre pendant le confinement avec des formes adaptées à la situation. Avec le déconfinement, d’autres enjeux se dessinent. Comment continuer la charge éducative quand il faut reprendre le travail ? Combien de femmes seront privées de revenus ? Elles qui sont la très grande majorité des femmes de ménage, des aides ménagères, des auxiliaires familiales, mais aussi présentes dans les secteurs lourdement touchés comme le tourisme, l’hôtellerie… répondant nombreuses aux questions suivantes de l’hygiène genrée en temps de Covid-19 : qui nettoie le trône, qui récure les petits coins, qui lave les waters ? Autant de risques de violences à l’encontre des filles et des femmes. Au-delà de la colère qui sourd, la solidarité est politique.

Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard


Article publié le 24 Mai 2020 sur Monde-libertaire.fr