« Première mondiale dans notre ville, la reconnaissance faciale à l’aéroport St Exupery » titre les journaux. Derrière l’affichage de gain de rapidité et de sécurité, il s’agit bien de traquer encore plus tout le monde quel qu’en soit le prix. Protection individuelle, pollution, sexisme, collaboration avec des régimes autoritaires, rien de cela n’est abordé, car rien n’arrêtera la marche du progrès semble vouloir nous dire Vinci.

« Première mondiale dans notre ville, la reconnaissance faciale à l’aéroport St Exupery »

Le communiqué de presse de Vinci a été repris par toutes les rédactions comme une belle nouvelle.

Pour ce lancement – sous la forme d’une expérimentation d’un an – les compagnies Transavia (filiale du groupe Air France-KLM) et TAP Air Portugal sont partenaires, pour les vols depuis l’aéroport de Lyon-Saint Exupéry vers Porto et Lisbonne respectivement.

« Grâce à la reconnaissance faciale et à un parcours dédié au sein de l’aéroport, l’abonné Mona franchit sans contact physique et sur simple présentation de son visage les différents points de contrôle aéroportuaire (hors contrôle aux frontières), depuis le dépôt des bagages jusqu’à l’embarquement ».

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Vinci affirme que son service a été « soumis à l’examen de la CNIL » et qu’il « a bénéficié des dernières recommandations formulées par l’autorité à ce jour, destinées à garantir aux passagers la protection de leurs données et de leurs droit ».[sic] Le projet a été soumis à la Direction générale de l’aviation civile dans le cadre du programme d’innovation « Vision Sûreté 2 » sans plus de clarté sur les données enregistrées et dans quelle mesure elles pourraient être réutilisées ou pas…

Vinci, se réinventer pour faire plus de marge

Nicolas Notebaert, directeur général de Vinci Concessions est fier que ce nouveau dispositif voit enfin le jour. C’est un travail de longue haleine qui « prouve à nouveau la capacité de Vinci Airports à se réinventer en permanence ».

Et en effet, on sait se réinventer chez Vinci. Ainsi, dans la vidéo de présentation, au lieu de prendre le Tram RhôneExpress qui n’appartient maintenant plus à Vinci [1], la personne à l’écran prend… sa voiture et active carrément son GPS au cas où suivre 3 panneaux sur le périph’ serait trop complexe. L’idée étant bien entendu durant tout ce spot de faire comprendre combien vivre sans un smartphone plus de 15mn serait inimaginable…

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Covid oblige, la question du port du masque est intégrée dans la vidéo. Cependant, si actuellement il faut simplement l’enlever devant le poste de douane, la personne l’enlève cette fois pas moins de 4 fois dans l’aéroport et notamment au milieu de pleins d’autres passagers… mais bon comme l’a redit Trump, il ne s’agit que d’une petite grippe.

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A terme, ce système, en plus de rapporter gros aux vendeurs, permettra bien sur de nouvelles suppressions de postes et donc d’augmenter encore sa marge bénéficiaire.

Vous reprendrez bien une dose de sexisme

Comme les assistants vocaux Alexa, Siri ou autre, Vinci a décidé d’appeler son système du nom d’une femme et de mettre en scène dans son spot publicitaire là encore une femme.

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Un rapport de l’ONU [2]] intitulé “I’d blush if I could” (“Je rougirais si je le pouvais”, qui était une réponse que donnait l’assistant vocal d’Apple, Siri, quand on lui demandait “Est-ce que tu es une salope ?”) estime pourtant que le fait de voir un assistant avoir un nom féminin et répondre systématiquement avec une voix féminine renforce les clichés sexistes comme quoi les femmes doivent répondre aux ordres et exécuter sans broncher ce qu’on leur dit de faire.

On retrouve la même chose ici avec Mona qui invite tout à chacun à se soumettre avec le sourire au fichage généralisé.

Idemia, une entreprise qui vous veut du bien

En plus de cela, et ce que le communiqué ne dit pas, c’est que l’entreprise qui se trouve derrière cette technologie s’appelle Idemia. Cette entreprise faisait récemment les gros titres car elle est accusée par Amnesty International [3] d’exporter ses technologies de reconnaissance faciale vers Pékin, ce qui permettrait au gouvernement chinois d’alimenter son système de surveillance de masse.

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Selon l’entreprise, son service de reconnaissance faciale en Chine permet simplement aux policiers d’identifier des méchants criminels… pour autant, comme le pointe Amnesty, rien dans le contrat n’empêche le gouvernement chinois d’utiliser cette technologie pour ceux qu’il considère comme criminels comme les Ouïgours par exemple.

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Un premier test vers une généralisation ?

Rien ne semble pour l’instant le laisser penser officiellement. Pourtant, quand une entreprise qui s’appelle Vinci appelle son nouveau produit Mona, il s’agit bien de rappeler la parenté avec Leonard de Vinci et Mona Lisa qui est son oeuvre la plus connue. Ainsi utiliser pour ainsi dire le nom le plus « Bankable » possible pour l’entreprise n’est pas du tout rassurant.

Il est en effet fort à penser que ce système ne sera pas un simple test mais devienne à terme la pierre angulaire de tout le système Vinci. On imagine sans peine que ce système pourra voir le jour dans très peu de temps sur ses autoroutes, parkings et autres immeubles de bureaux…


Article publié le 11 Oct 2020 sur Rebellyon.info