Ce 8 juillet, la Cour de cassation publie un arrêt déclarant que : « Tous les détenus peuvent demander leur remise en liberté s’ils jugent leurs conditions de détention indignes. » Seul Roland diffuse l’information auprès des détenus – grâce aux courriers que nous lui envoyons, mais aussi au journal Le Monde, qu’il reçoit (et qui publie le 9 juillet un article à ce sujet).

Les prévenus s’emparent de la nouvelle et la font circuler. Roland fait des modèles de lettre, voire les rédige, pour ceux en difficulté d’écriture. Des dizaines de lettres sortent de la prison – cachetées et confidentielles, puis qu’adressées au juge.

L’administration pénitentiaire qui n’avait donné aucune information à ce sujet aux prisonniers panique. Reflet de la crispation de l’institution vis-à-vis de ce qui lui échappe.

Dès lors, Roland subit des fouilles au corps. Sa cellule aussi est fouillée de fond en comble. Que comptent-ils trouver à part des livres et des journaux ? Ce sont clairement des mesures d’intimidation.

Encore raté : il en faudra plus pour décourager Roland.

Les prisonniers de la maison d’arrêt de Nîmes prennent donc conscience de leurs conditions d’incarcération indignes (voir le témoignage de Roland du 14 juillet sur le site rolandmanifeste.fr). La tension monte entre les détenus et le personnel.

Vendredi 17 juillet, les prévenus descendus à la promenade refusent de regagner leurs cellules insalubres, sous l’œil des surveillants en grève depuis le matin – conscients de la situation explosive.

Roland est immédiatement mis au Mitard pour :

  • Incitation et participation à la rébellion
  • et pour son témoignage sur les conditions dincarcération à la maison d’arrêt de Nîmes paru dans la presse régionale (témoignage sur rolandmanifeste.fr).

Ce grief est une grave atteinte à la liberté d’expression.

Conclusion : Roland est depuis le 17 juillet au quartier disciplinaire (au mitard) dans une cellule crasseuse, délabrée, et nauséabonde. Où la construction en béton rend la chaleur insupportable. Il ne peut plus voir les autres détenus. Il ne voit le jour qu’une heure par jour. Il n’a plus le droit de téléphoner à l’extérieur.

L’application du règlement intérieur devient aléatoire, à l’appréciation des gardien-ne-s.

Vendredi, ils ont même refusé de laisser rentrer au parloir 3 journaux alors que le règlement l’autorise.

La commission de discipline se réunissait hier mardi 28 juillet pour statuer sur le cas de Roland. Nous sommes (très) inquiets puisque cette commission est composée de 3 personnes :

  • la directrice de la Maison d’arrêt
  • un surveillant de l’établissement choisi par celle-ci
  • et une personne de l’extérieur.

Les deux derniers n’ayant qu’un rôle consultatif.

En effet, par un décret de février 2019, M. Macron a donné pleins pouvoirs aux directeurs des prisons pour rendre la justice dans leurs murs. Cette mesure rend un procès équitable impossible : le chef d’établissement concentre tous les pouvoirs (poursuite, enquête, sanction, levée de la sanction). Les sanctions deviennent disproportionnées par rapport aux faits.

Quelle que soit la nature de la faute commise, isoler quelqu’un dans une cellule privée de tout équipement – si ce n’est des w.c. non cloisonnés à proximité d’une tablette pour les repas et d’un lit bétonné -, avec pour seule activité une heure de promenade dans une cour grillagée (ceci pouvant aller jusqu’à 30 jours) est inacceptable.

Pour information : l’OIP (Observatoire International des Prisons) n’a plus accès à la Maison d’arrêt de Nîmes. La direction refusant tout dialogue. L’OIP réclame les rapports annuels de la prison de Nîmes depuis 2018. Sans réponse.


Article publié le 09 Août 2020 sur Lepressoir-info.org