Octobre 23, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Déféré devant le tribunal correctionnel pour insubordination
Le juge m’a enjoint de décliner mon identité, nom et prénom.
Avec mille politesses, je lui ai retourné toutes ses questions
Avec pour conséquence un aller simple pour la case prison.

« A l’état-civil, figure la mention de mon patronyme
Mais que fait l’État contre les patrons anonymes ?
De l’attribution d’un nom de famille je suis victime
Et je ne l’énonce pas simplement pour la rime.

Les formulaires administratifs m’assignent un nom d’usage
Et les autorités s’emploient à en faire mésusage.
Dûment recensé, fiché et enregistré je me retrouve otage
De Pouvoirs qui attendent alors que je me tienne sage.

Parfois on s’enquiert aussi de mon nom propre
Que serait donc un nom impropre ?
La prophylaxie sociale considère-t-elle comme malpropre
De rejeter en bloc les rengorgements d’amour-propre ?

Et que dire du fameux prénom dont le préfixe
Préétablit une place attribuée, intangible et fixe
Dans une lignée rarement ciselée à l’instar de l’onyx
Mais plus souvent héritée comme un gnon après une rixe.

Quant au surnom qui apparaît fréquemment plus fidèle
Les registres le dégomment comme un vulgaire rebelle.
‘Point de place pour les sobriquets dans le panel’
Me crie votre huissier poussiéreux de sa voix de crécelle.

Ma généalogie doit-elle être également scrutée
Un père putatif, une mère putassière ou un frère puiné ?
Laissons-là la parentèle de grenouilles de bénitier
Ainsi que l’armée de mes cousins dits croisés.

Et même si je visite fréquemment des régions outre-Rhin
– Moins pour la gastronomie que pour le bon vin –
Pourquoi associez-vous une palanquée de cousins germains
A un homme originaire d’un département ultra-marin ?

Vous me rappelez que je suis ‘défavorablement connu’
Que je possède un certain renom au-delà de ma rue.
Est-ce parce que j’exhibe des dessins de Cabu
Tire la langue aux gendarmes et leur montre mon cul ?

Las, si vous tenez coûte que coûte à savoir qui je suis
Et à juridiquement mener votre procédure à tout prix
Mon fessier tatoué, Monsieur le juge, vous sera un précieux appui
Lisez vous-même : ‘Crénom de nom ! Vive l’anarchie !’ »

Céd.




Source: Monde-libertaire.fr