Janvier 6, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Les 8,8 millions d’habitants de la République alpine vont donc être dirigés par une alliance inédite entre l’ÖVP, le parti conservateur et Die Grünen, le parti écologiste. Pour en arriver là, Sebastian Kurz, qui venait de travailler 17 mois avec l’extrême droite (FPÖ), a dû exercer ses talents de caméléon. Afin d’obtenir une majorité au Parlement, il n’avait en effet que peu d’options.

Pour rappel : En mai dernier, son ancien partenaire de coalition a dû quitter le gouvernement en catastrophe, après que le chef du FPÖ et vice-chancelier, Heinz-Christian Strache, a été piégé à Ibiza par une caméra cachée en train de négocier des marchés publics avec la fausse nièce d’un oligarque russe. Cette démission a entraîné la destitution de Sebastian Kurz, qui s’est de nouveau présenté comme tête de liste du parti conservateur pour les législatives anticipées.

Le parti conservateur de Sebastian Kurz (ÖVP) et les Verts (Die Grünen) viennent de sceller un accord de coalition pour obtenir une majorité au parlement signant le retour à la chancellerie du jeune dirigeant chrétien-démocrate très proche de ses anciens amis d’extrême droite.

Avec l’alliance entre les conservateurs et les Verts, l’Autriche, pays d’Europe centrale peuplé de 8,9 millions d’habitants, figurera avec la Suède, la Finlande, la Lituanie et le Luxembourg, parmi les États membres de l’UE où des écologistes participent au gouvernement, dans un contexte où selon les dirigeants de ces pays, “Les appels à agir contre le changement climatique se font de plus en plus pressants”.

Si cela ne fonctionne pas trop mal dans certains de ces pays, en revanche en Autriche, le nouveau tandem n’a rien d’évident entre le libéral Sebastian Kurz, partisan d’une ligne dure sur l’immigration, et des Verts politiquement ancrés à gauche, qui ont été parmi les opposants les plus virulents contre Kurz lorsqu’il s’est allié avec l’extrême-droite, en décembre 2017, pour son premier mandat. Avec ou sans l’extrême-droite, Sebastian Kurz a déjà insisté sur sa volonté de « poursuivre les baisses d’impôts » et la « lutte contre l’immigration illégale ». Le détail des compromis trouvés par les deux partis sera connu lors de la présentation de leur programme commun, la semaine prochaine. Mais, quoi qu’il en soit, la droite dominera largement la nouvelle équipe ministérielle au sein de laquelle les Verts devraient décrocher quatre portefeuilles, dont un « super ministère » de l’environnement incluant également transports, énergie et technologie. La députée écologiste Leonore Gewessler, ancienne dirigeante de l’une des principales organisations autrichiennes de défense de l’environnement, a d’ores et déjà été annoncée à ce poste. Le chef de file du parti, Werner Kogler, âgé de 58 ans, sera vice-chancelier. Parmi les autres attributions des Verts devraient figurer la justice, les affaires sociales et la culture, selon la presse. Le parti de Sebastian Kurz gardera donc la main sur les ministères de l’intérieur, des finances et des affaires étrangères. Avec ce “partenariat” plutôt bancal, on est bien barré, surtout si le parti de Kurz a les commandes sur les affaires intérieures et sur les affaires étrangère, c’est à dire toutes les clés pour mener une politique xénophobe et anti-migrants qui n’aura rien pour déplaire aux anciens électeurs extrémistes. Rien de réjouissant donc dans cette alliance. Après avoir goûté du Brun durant 17 mois, Kurz boirait bien à présent un peu de Vert pour changer, d’autant que c’est bientôt le printemps ! A quoi tiennent les choses en politique, sinon aux saisons !

Patrick Schindler, groupe Botul de la FA




Source: Monde-libertaire.fr