Vendredi dernier, aux alentours de 20h, la police (BAC Nord) tire sur Mehdi, 18 ans, et le tue.

Nos pensées vont à sa famille et aux proches endeuillés, mais aussi aux habitants et habitantes de la Cité Maison Blanche, dans le 14eme arrondissement, où il vivait.

Nous partageons leur colère et leur exigence de vérité. Comme à chaque fois qu’un habitant d’un quartier populaire tombe sous les balles de la police, c’est le même scénario d’enterrement policier et médiatique qui se reproduit.

La presse locale ouvre le bal par des titres racoleurs, relayant la seule version policière et s’ abstenant de toute objectivité journalistique. Pour elle, comme pour les racistes qui stigmatisent les habitant.es des quartiers Nord, Mehdi est condamné d’avance puisqu’il aurait participé au braquage d’un magasin Lidl.

Aucun élément factuel n’existe à ce jour permettant de confirmer le scénario de la soit disant mise en joue de la police avec une arme et donc la thèse de la légitime défense du tireur. Au contraire, les témoignages sur place relatent que les occupants de la voiture avaient déjà pris la fuite et que Mehdi, ne visait personne quand il a essuyé un tir sans sommation, en sortant du véhicule. Pire, qu’il a été roué de coups et menotté alors qu’il s’éteignait. Que les pompiers ont été appelés par les témoins eux-mêmes avant que la police ne les gaze.

Encore une fois, la criminalisation d’office de la victime et la « légitime défense » du tireur en uniforme servent le processus de disculpation par avance de la police.

Or, l’homicide de Mehdi vient grossir la liste composée entre autres de ceux de Zyed Benna, Bouna Traore, Adama Traore, Zineb Redouane. Il ne s’agit pas d’actes isolés, mais qui participent au système de gestion policière de nos vies et nos quartiers. Celui qui donne à la police la certitude de l’impunité dès lors qu’elle agit dans la zone grise, où le lieu, l’horaire ou la personnalité de la victime ne lui seront pas pris pour argent comptant. Celui qui lui permet des descentes policières dans des cités comme Maison Blanche en septembre dernier, en arborant les insignes du BOPE, les escadrons de la mort brésiliens.

L’IGPN a été saisie de l’enquête pour se prononcer sur la légitimité du tir dit « de défense ». Autant nous ne croyons pas à l’objectivité policière ou médiatique, autant nous n’attendons rien non plus de l’IGPN, qui a enterré tant d’enquêtes sur les violences policières ces dernières années. Nous n’attendons rien non plus de la justice qui a montré qu’elle protégeait l’État et les puissants : nous nous souvenons du rôle du procureur de la République Xavier Tarabeux dans le processus d’enterrement de l’enquête sur l’homicide de Zineb par la police, il y a un an à Marseille.

Aujourd’hui, un proche de Mehdi, témoin de l’homicide, est toujours en garde à vue, prolongée d’une durée exceptionnellement longue, témoignant de la pression qu’exercent les représentants de l’État sur l’enquête.



Nous savons que la vérité, il faudra se battre pour l’exiger.

Dans un contexte sécuritaire, répressif, corrompu, nous nous affirmons inconditionnellement du côté de celles et ceux qui souffrent de la disparition injuste de Mehdi. Nous appelons à soutenir leur combat pour la vérité et la lutte contre toutes les formes de violences policières et le « permis de tuer ».


Article publié le 21 Fév 2020 sur Mars-infos.org