Juillet 11, 2021
Par ACTA
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Depuis le 21 juin dernier, cinq personnes étaient jugées au tribunal de Pontoise dans le cadre du procès des révoltes de Beaumont-sur-Oise ayant éclaté en réaction à la mort d’Adama Traoré, en juillet 2016, et au cours desquelles des coups de feu ont été tirés en direction des forces de l’ordre.

Parmi ces cinq prévenus figurait Bagui Traoré, frère d’Adama Traoré, unique témoin de la mort de son frère, accusé sans preuves d’avoir été un des meneurs de ces révoltes et incarcéré depuis près de cinq ans. Cinq ans de procédure judicaire, cinq ans de vengeance d’État au cours desquels Bagui, sa famille, ses proches et de nombreux militants contre le racisme et les violences policières n’ont eu de cesse de réclamer sa libération.

Ce vendredi, la cour d’assise du Val d’Oise a finalement acquitté Bagui Traoré. L’avocat de la défense a ainsi constaté le « naufrage » de l’institution judiciaire dans ce procès qui est apparu pour ce qu’il était, un montage policier visant à criminaliser le combat pour la vérité et la justice entrepris par les proches et la famille d’Adama Traoré depuis le jour de sa mort, à détourner l’attention de la responsabilité évidente des forces de l’ordre et à réprimer les formes d’auto-défense populaire qui se sont cristallisées à Beaumont à la fin du mois de juillet 2016. 

Car ne nous y trompons pas : l’acquittement de Bagui ne résulte pas de la clémence de l’institution judiciaire, mais bien d’une combinaison entre des éléments objectifs, notamment une absence criante de preuve allant à son encontre, et le rapport de force imposé par la lutte pour la vérité et la justice pour Adama, depuis ces révoltes dans les quartiers de Persan-Beaumont qui ont lancé la mobilisation en juillet 2016 jusqu’au point d’orgue des rassemblements massifs à Paris en juin 2020, en écho aux mobilisations pour George Floyd aux USA. 

Une fois de plus, ce procès met donc en lumière les rapports organiques qu’entretiennent la justice française et l’institution policière, qui fonctionnent de connivence lorsqu’il s’agit de couvrir les violences d’État et d’écraser toute résistance se dressant à leur encontre. En effet, si Bagui et deux autres prévenus ont été acquittés, deux personnes ont été condamnées vendredi à des lourdes peines de 12 ans de réclusion criminelle et de 8 années de prison dont une avec sursis.

Dans l’État français, on connait bien ces formes de vengeance policière, judiciaire et carcérale contre les révoltes et les diverses formes d’autodéfense qui s’organisent sur le territoire pour faire face à l’écrasement sécuritaire et raciste des quartiers populaires. On peut notamment penser à la répression des révoltes armées de Villiers-le-Bel de 2007 qui ont suivi la mort de Mouhsin Sehhouli et Lakhamy Samoura, percutés par une voiture de police alors qu’ils étaient à moto. Lors du procès en appel d’octobre 2011, Mara Kanté avait été acquitté de ses chefs d’accusation après avoir passé 29 mois en détention « provisoire », dont 11 à l’isolement. 

De leur côté, Abou et Adama Kamara, incarcérés depuis février 2008, ont été respectivement condamnés à 15 et 12 ans de prison tandis que leur co-prévenu, Ibrahima Sow, a été condamné à une peine de 9 ans de réclusion criminelle. Tous ayant été jugés en l’absence de la moindre preuve, sur la base de témoignages anonymes rémunérés, avec la complicité de l’appareil politico-médiatique. À l’inverse, le policier responsable de la mort de Mohsin et Lakamy a seulement écopé de 6 mois de prison avec sursis en 2013, tandis que les gendarmes ayant tué Adama n’ont toujours pas été entendus par la justice. 

Face au racisme d’État et aux violences policières, face à cette justice de classe et de race, seule la lutte paie!

#PasDeJusticePasDePaix #AutodefensePopulaire




Source: Acta.zone