Juillet 7, 2022
Par Le Numéro Zéro
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La Loire est dans le viseur du capitalisme vert : pas moins de 65 Ă©oliennes industrielles devraient ĂȘtre implantĂ©es ces prochaines annĂ©es, 18 pour le seul territoire de Loire Forez. Aucun massif ligĂ©rien de moyenne montagne n’est Ă©pargnĂ© : du Pilat au Forez, en passant par les monts du Bourbonnais et du Lyonnais. Une enquĂȘte publiĂ©e dans le Couac n°13.

Dans les bureaux de la RĂ©gion Auvergne RhĂŽne-Alpes, depuis leurs petits Ă©crans d’ordinateurs, des ingĂ©nieurs Ă©laborent des outils pour accompagner les promoteurs Ă©oliens Ă  la rĂ©ussite de projets d’investissement et ce, au dĂ©triment de villages entiers [1]. Ils arbitrent la faune, ils jaugent la flore : la prĂ©sence du milan royal = impact Ă©cologique fort ; la prĂ©sence d’une tourbiĂšre = impact Ă©cologique moyen.

Localement, les Ă©lus municipaux et intercommunaux ouvrent la porte aux multinationales des Ă©nergies. Parfois, ils pensent qu’ils ne font pas le poids pour la leur fermer comme Ă  Saint-Christo-en-Jarez [2]. Loire Forez AgglomĂ©ration organisait une journĂ©e d’information, petits fours et bons vins, Ă  destination de ses Ă©lus sur l’éolien [3]. C’est dans ces lieux que, pour faire accepter la pensĂ©e Ă©olienne, on parle d’« acceptabilitĂ© renforcĂ©e Â», de « participatif et actionnariat citoyen Â», de « kits pĂ©dagogiques Â», etc. Les projets Ă©oliens ne se pensent plus comme il y a 10 ans : du participatif ou rien. Faut que la pilule, elle passe. Roanne agglo veut le succĂšs et vante la mĂ©thodologie vertueuse de ses « parties prenantes Â» grĂące Ă  un combo d’investisseurs publics (la ville de Grenoble d’Eric Piolle en est, ouais, ouais), et privĂ©s oĂč l’on retrouve les groupes bancaires nationaux, les banques Ă©thiques, Schneider Ă©lectricitĂ©, etc.

La face cachĂ©e des Ă©nergies renouvelables est moche [4] et l’éolien industriel n’a jamais Ă©tĂ© et ne sera jamais une Ă©nergie durable : Ă©mission de gaz gĂ©nĂ©rĂ©s Ă  la fabrication et au transport, dĂ©forestation, pollution lumineuse nocturne, impact sur les paysages, impact sur l’eau, assĂšchement des vĂ©gĂ©taux et des arbres, effet vortex en cas de feux de forĂȘts [5], nuisances stroboscopiques, dĂ©litement du lien social, etc., etc., etc. Les habitants des villages de La Prugne, Saint-ClĂ©ment et FerriĂšre-sur-Sichon, dans l’Allier tout proche, font le rĂ©cit de leur vie quotidienne Ă  cĂŽtĂ© d’éoliennes dans HĂ©lices au Pays des merveilles [6].

On assiste Ă  la mise au pas des territoires ruraux Ă  la production Ă©nergĂ©tique nationale et internationale. L’énergie produite ne sert pas localement. Les combats menĂ©s ici et lĂ  par les collectifs et les habitants des villages concernĂ©s sont nombreux. La justice et ses tribunaux donnent raison, le plus souvent, aux promoteurs. Une premiĂšre en France, Total, qui se trouve derriĂšre le projet de parc Ă©olien Ă  Burdignes et Saint-Sauveur-en-Rue, a assignĂ© devant le tribunal de Saint-Étienne en 2020, trois associations et 29 particuliers requĂ©rants, pour leur rĂ©clamer 893 000€ de dĂ©dommagement [7]. Ça se bat du cĂŽtĂ© aussi de Saint-Bonnet-des-Quarts prĂšs de Roanne contre l’escroquerie Ă©olienne participative et concertĂ©e, oĂč deux enquĂȘtrices de la sociĂ©tĂ© Courant porteur, mandatĂ©e par la multinationale promotrice BayWa R.E, ont vu leur vĂ©hicule dĂ©gradĂ©, en sus des menaces relevĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux.

Parce que dans cette colonisation des espaces qui n’aura lieu ni devant les fenĂȘtres de Brigitte Macron au Touquet, ni dans le Perche colonisĂ© par les riches Parisiens, les campagnes vont devoir produire de l’énergie pour le monde 2.0, la 5G, la smart city, la technopolis, et demain les voitures Ă©lectriques…

L’éolien n’est en rien une alternative au nuclĂ©aire mais une strate supplĂ©mentaire dans ce grand marchĂ© de l’électricitĂ© mondiale ; il ne fera pas fermer les centrales nuclĂ©aires, bien au contraire. Les rĂ©centes dĂ©clarations de Macron en tĂ©moignent : volontĂ© de construire des mini-centrales et non-volontĂ© de fermer les anciennes [8].

Ainsi, le combat menĂ© contre les Ă©oliennes est le mĂȘme que celui menĂ© contre les centrales nuclĂ©aires qui ne date pas d’aujourd’hui. Les femmes qui ont luttĂ© contre le projet de centrale Ă  Plogloff disaient alors [9] :

On ne veut pas de cette centrale, [
] On n’a pas besoin de piscine ici, la Baie des TrĂ©passĂ©s nous suffit ! Ni de tellement d’électricitĂ© !

- L’électricitĂ©, je n’en ai pas besoin, ce n’est pas la tĂ©lĂ© que je regarde, mon plaisir c’est d’ĂȘtre tous les soirs dans mon jardin. Et le chauffage pour moi, merci ! Je n’en ai pas besoin. MĂȘme la cuisine on peut la faire au feu de bois, elle n’en est que meilleure.

- Ă‡a c’est ton choix mais on peut trĂšs bien garder tout le confort sans avoir recours au nuclĂ©aire. Pour l’an 2000 il paraĂźt qu’il faut encore beaucoup plus ? Parce que nous consommons beaucoup plus, en quoi ?

Je crois plutĂŽt qu’il y a un autre mode de vie Ă  avoir, avec moins de gaspillage, plus de rĂ©cupĂ©ration.

- Moi je suis contre les gadgets. Il y a des cuisines oĂč ça ne marche qu’avec des gadgets ; tout est Ă©lectrique. On ne sait plus rien manƓuvrer Ă  la main. Il vaut mieux lutter contre le gaspillage.

[3Rencontre qui a eu lieu le samedi 13 novembre 2021.

[4La face cachée des énergies vertes, Jean-Louis Perez, Guillaume Pitron, Arte, 2020.

[6Hélices au Pays des Merveilles, André Nuel, 2016. Disponible sur youtube.

[8Comme pour les prisons, les nouvelles ne ferment pas les précédentes. Résultat, la population carcérale ne cesse de croßtre.

[9Femmes de Plogoff, RenĂ©e Conan et Annie Laurent, Éditions La Digitale, 2021 [rĂ©Ă©dition].




Source: Lenumerozero.info