Juillet 1, 2022
Par CQFD
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« Alors avis Ă  vous, politiques de toutes obĂ©diences, qui vous arrogez le droit de dĂ©terminer Ă  notre place l’usage de nos ovaires : changez rien, les gars. Continuez comme ça. On vous retrouvera pendus au bout d’une corde qu’on aura tressĂ©e avec nos trompes ligaturĂ©es. Â»

Il n’y a pas d’acquis, que des conquis. Et ce qui se conquiert se perd aussi. Aujourd’hui, les femmes Ă©tatsuniennes en font la douloureuse expĂ©rience : vendredi 24 juin, la Cour suprĂȘme des États-Unis a rĂ©voquĂ© l’arrĂȘt Roe v. Wade, qui garantissait depuis 1973 le droit d’avorter aux quatre coins de l’Union. DĂ©sormais, chaque État est libre d’interdire l’IVG. À l’heure oĂč ces lignes sont Ă©crites, une dizaine d’entre eux ont dĂ©jĂ  sautĂ© sur l’occasion.

À l’origine de cette catastrophe, le dĂ©sĂ©quilibre idĂ©ologique de la Cour suprĂȘme, devenue, selon les justes termes de l’actrice Jane Fonda, « un cloaque d’extrĂȘme droite Â» (Le Monde, 26/06), aprĂšs la nomination par Donald Trump de l’ultra-rĂ©actionnaire Brett Kavanaugh et surtout de la pro-life Amy Coney Barrett en remplacement de « l’icĂŽne Â» progressiste Ruth Bader Ginsburg. La libertĂ© des femmes Ă  avorter n’est pas la seule dans le viseur : l’institution pourrait maintenant s’en prendre Ă  la contraception et au mariage homosexuel, voire Ă  la lĂ©galitĂ© des relations sexuelles entre personnes de mĂȘme sexe1

L’onde de choc de la dĂ©cision du 24 juin a rapidement traversĂ© l’Atlantique. En France, elle a pour l’instant plutĂŽt dĂ©clenchĂ© une course Ă  l’échalote du politique le plus pro-fĂ©ministe. Exemple avec La RĂ©publique en marche, qui avait rejetĂ© en 2018 un amendement de LFI proposant d’inscrire le droit Ă  l’avortement dans la Constitution française, et qui vire aujourd’hui sa cuti. La nouvelle est allĂ©e jusqu’à radicaliser Emmanuel Macron, qui ne s’est pas toujours montrĂ© aussi dĂ©terminĂ© sur le sujet. Dans un tweet il dĂ©clarait le 24 juin dernier : « L’avortement est un droit fondamental pour toutes les femmes. Il faut le protĂ©ger. Â» On l’attendait au tournant, le prĂ©sident de la rance Ă©tant, comme on sait, adepte du « oui, mais Â» et du « en mĂȘme temps Â». Par le passĂ©, Macron n’a en effet pas craint de dire de l’avortement, pĂ©tri de paternalisme, qu’il Ă©tait « toujours un drame pour une femme Â», et qu’il « mesur[ait] le traumatisme que c’est d’avorter Â». Culpabilisation, j’écris ton nom… Sans oublier que Macron, c’est aussi le gadjo qui se dresse contre la suppression de la clause permettant aux mĂ©decins de ne pas pratiquer d’IVG si leur « conscience Â» le leur interdit, ou qui s’est opposĂ© Ă  l’allongement de douze Ă  quatorze semaines de grossesse du dĂ©lai lĂ©gal de recours Ă  l’IVG, arrachĂ© de haute lutte en fĂ©vrier dernier. Et ce, alors mĂȘme que chaque annĂ©e, entre 3 000 et 5 000 femmes vivant en France sont contraintes d’avorter Ă  l’étranger – si tant est qu’elles en aient les moyens. Pour le « droit fondamental Â», on repassera.

Tandis que la classe politique sort dĂ©sormais les violons en faveur de l’inscription du droit Ă  l’IVG dans la Constitution, le Haut-commissaire au plan et catho pratiquant François Bayrou fait bande Ă  part et se demande si « c’est utile pour le pays en ce moment Â» au prĂ©texte fumeux qu’ Â» aucun courant politique ne remet en cause la loi Veil Â». Aucun, vraiment ? Certains dĂ©putĂ©s RN fraĂźchement Ă©lus en tiennent pourtant une couche. Ainsi de la catholique intĂ©griste Caroline Parmentier (Pas-de-Calais) qui en 2016 saluait Marine Le Pen comme Â» la seule candidate qui ait jamais parlĂ© de dĂ©rembourser l’avortement Â». Ou du dĂ©putĂ© du Vaucluse HervĂ© de LĂ©pinau qui, pour les quarante ans de la loi Veil, avait tenu Ă  rendre « hommage aux millions de victimes de l’avortement Â». Une derniĂšre pour la route : Laure Lavalette (Var) qui, en 2011, qualifiait l’IVG de « gĂ©nocide de masse Â». Donc, comment te dire, François : si, le pĂ©ril est bien lĂ . Alors avis Ă  vous, politiques de toutes obĂ©diences, qui vous arrogez le droit de dĂ©terminer Ă  notre place l’usage de nos ovaires : changez rien, les gars. Continuez comme ça. On vous retrouvera pendus au bout d’une corde qu’on aura tressĂ©e avec nos trompes ligaturĂ©es.

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Illustration de Juliette Iturralde




Source: Cqfd-journal.org