Dans la très chic rue de Montorgueil, la bourgeoisie jette des pots de fleurs sur le cortège de gilets jaunes, BHL soutient la « Marche du siècle » qui sert de prétexte à maudire les autres mobilisations et quand le Fouquet’s brûle, c’est l’abomination. Faut-il plus de preuves que la perception de « la violence » est toujours affaire de politique et que la politique est encore affaire de classes ?

Un lecteur de Grozeille, bien inspiré, nous envoie une analyse pratique de cette question tirée de son récit de la journée du 16 mars 2019 à Paris. Journée essentielle marquée à la fois par l’acte 18 du mouvement des gilets jaunes et par la « Marche du Siècle » organisée pour le climat.

Je tiens à préciser avant toute chose que je n’ai rien contre la Marche du Siècle qui s’est déroulée le 16 mars à Paris : je me suis moi-même considéré pendant des années comme écolo (je vous rassure, on vit très bien avec ensuite) et je suis de tout cœur avec la (re)prise de conscience écologique à laquelle on assiste aujourd’hui (peut-être faudrait-il plutôt parler d’éclairs de lucidité dans une tendance générale à une forme flasque d’amnésie collective ?)

Les considérations subjectives exposées ici doivent avant tout être prises comme des éléments pour penser sociologiquement et spatialement la « violence » (pour employer un mot vague mais suffisamment en vogue de nos jours pour mériter qu’on lui prête attention) qui s’est déployée dans Paris ce 16 mars ; et les réactions pour le moins différentes qu’elle suscite en fonction des lieux et des modes de son déploiement, des spectateurs et protagonistes en présence ainsi que de leurs attributs grossièrement sociologiques (j’ajoute grossièrement parce que l’analyse ferait sans doute criser tout sociologue qui se respecte c’est-à-dire, écrivant depuis le confort d’un bureau bien chauffé du boulevard Raspail sur ce qui se passe à quelques encablures de son écran d’ordinateur.)

Ma journée se découpe en 4 parties :

  • 1) les gilets jaunes à Disneyland : la plus bête avenue du monde rebaptisée « Avenue Gilets Jaunes »
  • 2) égarement dans la Marche du Siècle, ou la bonne conscience des « bobos » attirés par la République comme des mouches vers un caca
  • 3) les gilets jaunes contre la France périphérique de la rue Montorgueil : la bourgeoisie jette des pots de fleurs en terre du 5e étage sur la tête des manifestants
  • 4) carnaval et liesse populaire à Châtelet : théâtre de rue autour d’une voiture de police en feu
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