En plein cœur de la crise sanitaire, et avec la dégradation des conditions météorologiques, la préfecture s’est livrée cette semaine à une série d’expulsions sordides, avec visiblement aucune réflexion de fond sur le contexte et les situations de précarité des personnes.

Mercredi, c’est le campement de Saint-BarthĂ©lĂ©my qui s’est vu obligĂ© de se dĂ©placer. Une expulsion aux allures de coup de « comm’ Â», puisque les occupant-e-s du terrain, sans rĂ©elle solution proposĂ©e, n’ont eu d’autres choix que de s’installer Ă  quelques centaines de mètres de l’endroit oĂą les personnes ont Ă©tĂ© dĂ©logĂ©-e-s. Pure opĂ©ration de comm’ sĂ©curitaire, donc, oĂą l’on n’hĂ©site pas Ă  traiter les personnes comme des meubles, pour les dĂ©placer plutĂ´t que d’organiser une rĂ©ponse sociale construite et Ă  la hauteur de la situation. Pour rappel, cela fait des annĂ©es que les camps expulsĂ©s se reconstituent au fil des dĂ©placements violents de population orchestrĂ©s par les prĂ©fectures successives – les personnes ne cherchant simplement qu’à exister quelque part.

Aujourd’hui, Ă  partir de 6h du matin, une sĂ©rie d’expulsions a eu lieu. C’est d’abord une petite dizaine d’hommes qui ont Ă©tĂ© sortis d’un bâtiment appartenant Ă  la mairie d’Angers du quartier de la place Ney. Vide depuis une dizaine d’annĂ©es, appartenant Ă  la mairie sur une zone qu’elle prĂ©empte depuis un certain temps, aucune mĂ©diation n’a Ă©tĂ© entamĂ©e par la municipalitĂ©, laquelle connaĂ®t plus que bien la situation de crise de l’accès au logement. Non-contente de travailler Ă  des solutions positives pour prendre Ă  bras le corps cette question du logement de plus en plus significative sur Angers, elle se permet, en rĂ©clamant cette expulsion, de grossir le contingent des personnes privĂ©es de logement. Pire, aucune urgence n’a pu ĂŞtre soulevĂ© par la municipalitĂ© : la zone, certes l’objet d’un projet, ne connaĂ®tra pas de travaux dans l’immĂ©diat, puisqu’aucun permis de construire ou dĂ©molir n’ont pour le moment Ă©tĂ© affichĂ© sur les bâtiments…

L’opération de police s’est ensuite poursuivie dans le quartier de la Madeleine. Là-bas, c’est une dizaine de femmes et d’enfants qui ont été mis dehors. L’immeuble appartient à un bailleur social – Soclova – lequel ne propose pas de relogement aux personnes sur leur parc social. Les enfants, pour la majorité scolarisés, se retrouvent encore dans une situation d’hyper-précarité…

Le climat sur Angers est aujourd’hui dĂ©lĂ©tère. Cette sĂ©rie d’expulsions a lieu, nous le rappelons, alors que les indicateurs de la COVID-19 dans le Maine-et-Loire sont, comme partout en France, en train de passer au rouge ; elle a lieu alors que les intempĂ©ries augmentent, et que le froid arrive. Avec une mairie au discours sĂ©curitaire, poursuivant Ă  ignorer soigneusement la situation de l’accès au logement catastrophique sur l’agglomĂ©ration – et on ne parle mĂŞme pas dans ce communiquĂ© de la question du logement Ă©tudiant, avec un directeur de l’UA qui tire Ă  son tour le signal d’alarme –, malgrĂ© une opposition qui commence Ă  entamer un certain rapport de force ; avec la nomination d’un nouveau prĂ©fet qui, comme ses actes l’attestent, a dĂ©cidĂ© de mener une vĂ©ritable guerre contre les prĂ©caires dans un contexte sanitaire et mĂ©tĂ©orologique tendu ; avec des identitaires qui ne rĂŞvent que de faire rĂ©gner un climat digne des annĂ©es 30 dans notre ville : l’ambiance a de quoi inquiĂ©ter.

Et pourtant, au-delĂ  des prĂ©supposĂ©s xĂ©nophobes et parfois diffamatoires des autoritĂ©s qui emboĂ®tent le pas des identitaires nausĂ©abonds, toutes les personnes qui ont Ă©tĂ© expulsĂ©es aujourd’hui et jusqu’à maintenant – d’autres expulsions seraient en cours Ă  l’heure ou nous Ă©crivons ces lignes –, toutes les personnes, aux aveux de la police elle-mĂŞme, Ă©taient en situation rĂ©gulière, et avec un droit au logement ouvert. Quelques demandeur-euse-s d’asile privĂ©-e-s de place en CADA, des français-e-s Ă©cartĂ© des logements sociaux depuis trop longtemps, et mĂŞme, un certain nombre de rĂ©fugiĂ©s qui, après avoir vĂ©cu l’instabilitĂ© politique et l’hyper-violence dans leur pays d’origine, après avoir affrontĂ© les passeurs et la MĂ©diterrannĂ©e, après s’être battu pour leurs papiers, le plus souvent en vivant Ă  la rue, se voit maintenant expulsĂ©s, avec leurs droitss bafouĂ©, et re-confrontĂ©s Ă  une nouvelle bataille : celle de pouvoir, un jour, disposer d’un logement dĂ©cent…


Article publié le 11 Oct 2020 sur Basse-chaine.info