La persévérance des urgentistes en lutte est inédite : la révolte n’a pas fléchi depuis mai et s’est au contraire élargie pendant l’été. Il faut dire que l’on se bat dos au mur : les urgences sont au point de rupture, dans un système hospitalier asphyxié par des années de coupes budgétaires.

Depuis six mois, le mouvement de grève dans les services d’urgences marque les esprits par sa durée et sa force. À la sortie de l’été, le mouvement n’a jamais été aussi massif avec 240 services d’accueil et de traitement des urgences (SAU) qui sont en grève, soit la moitié des services !

Campé sur sa position, le gouvernement a multiplié les annonces pour faire évoluer l’organisation des urgences, notamment par la délégation d’un certain nombre d’actes médicaux aux infirmières et infirmiers, la création de structures intermédiaires entre la ville et l’hôpital, ou encore une meilleure orientation des patientes et patients en amont.

De leur côté, les professionnel·les qui vivent au quotidien les dysfonctionnements de l’hôpital public ont plein d’idées pour changer les façons de travailler. Mais leur analyse de la situation est bien différente de celle de la ministre : la crise des urgences n’est qu’un aspect de la crise générale du système hospitalier. Si les urgences sont en lutte aujourd’hui, c’est parce qu’elles sont la porte d’entrée d’un système de soin asphyxié par des années de coupes budgétaires. Si l’annonce de 750 millions d’euros supplémentaires répartis sur les trois années à venir ne satisfait aucun des acteurs et actrices de ces services… c’est notamment parce que cette somme sera prélevée sur le budget des autres services hospitaliers. Donc retour à la case départ.

Le mouvement, lancé par le Collectif inter-urgences et soutenu initialement par SUD, la CGT et FO  [1], a multiplié les actions cet été pour maintenir une pression médiatique sur le gouvernement alors que les assignations et les vacances scolaires pouvaient faire craindre un essoufflement.

Les fédérations de la santé CGT et FO (à l’exception des médecins FO) se sont progressivement désengagées du Collectif inter-urgences, non sans créer des débats en leur sein. Les volontés d’auto-organisation et certaines actions coup de poing ont semble-t-il bousculé un certain train-train syndical qui pourtant rencontre de moins en moins d’échos dans les services.

Élargir à l’ensemble du monde hospitalier

Si, localement, certains médecins chefs de service ont tenté de stopper la grève après avoir remporté le bras de fer avec l’Agence régionale de santé (ARS) sur des revendications matérielles, le mouvement prend désormais un tournant vers l’ensemble du monde hospitalier.

Une assemblée générale nationale s’est réunie le 10 septembre à l’appel, pour la première fois, du Collectif inter-urgences, de la fédération SUD-Santé-sociaux, mais aussi des associations et syndicats de médecins, ainsi que du collectif Printemps de la psychiatrie, issu des grèves de 2018.

À l’issue de cette journée, un appel a été lancé à élargir la mobilisation à l’ensemble du monde hospitalier. Trois revendications sont posées comme non négociables : l’augmentation de salaire de 300 euros, l’ouverture de lits et la hausse des effectifs.

Ainsi ce mouvement parti directement des services a su éviter le piège du corporatisme et dépasser les seules revendications professionnelles. Dans un secteur où la souffrance au travail et la précarité usent les meilleures volontés, cet appel peut être entendu !

Solow (UCL Paris nord-est)


Article publié le 13 Oct 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org