Nous abordons un cycle d’articles sur les « villes du futur » : au cœur de celles-ci, l’utilisation de données numériques, mais aussi une réorganisation permanente de l’espace urbain.

Les villes traditionnelles, avec un centre-ville occupant une place prépondérante, sont révolues depuis l’ère de la mobilité. Les villes se sont énormément étalées et les espaces se sont considérablement différenciés. Ce sont les villes dans lesquelles nous vivons aujourd’hui, avec leurs zones commerciales, leurs quartiers dortoirs… Il n’y a pas d’organisation d’un espace cohérent, nous circulons pour aller d’un endroit à un autre. Cette ville faite de bric et de broc n’a pas été construite par ses habitant⋅es mais par des urbanistes ; les espaces ont été imaginés en amont et non pas développés collectivement par les usagers.
Une telle cité est tentaculaire et concentre beaucoup de monde sur un petit espace, une anti-thèse des principes élémentaires de l’écologie.

Construire des villes-mondes

Un des nouveaux aspects que la modernité vient apporter à la ville est le développement de l’espace numérique. De plus en plus d’objets connectés envahissent notre espace intime de manière permanente1, mais ce sont aussi les bâtiments, les véhicules ou différents mobiliers urbains qui se connectent entre eux. En tête de gondole des objets de connexion du « bâtiment intelligent » se trouve le compteur Linky qui centralise les données électriques du bâtiment, mais aussi des objets de chaque logement. Des tests sont faits en France sur des quartiers connectés  : des flux de données permanents calculent les consommations, optimisent la distribution énergétique et « accroissent la performance » des villes (et diminuent les pertes d’EDF, par exemple). Un autre grand aspect de la modernité est la « cité modulaire »  : les architectes qui construisaient des bâtiments ayant une fonction vont de plus en plus être amenés à faire des bâtiments vides de sens et modulables. On voit déjà fleurir ces zones qui poussent comme des champignons et aussi moches que dépersonnalisée. L’urbanisme est ici toujours détenu par les élites, les villes et les grosses entreprises, et l’habitat très pauvre en diversité est appelé à devenir creux et déplaçable, ou modifiable.

On pourrait croire que des quartiers économes en énergies, avec des fonctions modulables, permettant de transformer les habitats plutôt que de les détruire, pourrait rendre l’espace urbain plus respectueux de l’environnement, plus écologique. C’est du moins ce que prétendent leurs promoteurs, dans une logique capitaliste. Mais ces évolutions ne changent pas la logique de croissance. Les villes s’agrandissent toujours, et nous venons de passer une nouvelle vitesse dans la destruction des terres agricoles : la surface d’un département disparaît désormais tous les cinq ans sous le béton. L’espace uniforme nous individualise et nous divise toujours plus. Avec la « ville intelligente », nous n’habiterons plus vraiment la ville, nos données seront sa matière première et c’est elle qui calculera notre manière d’habiter.

Reinette Noyée (UCL Aveyron)


Article publié le 28 Jan 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org