Lundi 16 mars, Emmanuel Macron a dans son « adresse aux Français » annoncé des décisions radicales pour lutter contre la propagation du virus sur le territoire national : interdiction des regroupements extérieurs, des réunions familiales et amicales et interdiction de se déplacer à moins d’aller faire ses courses, travailler ou faire de l’exercice physique. Le président a aussi fait appel durant tout son discours à « l’union nationale » supposée aider à combattre le virus en évoquant une « guerre sanitaire » dans laquelle la France était engagée.

Ce dernier aspect est capital pour comprendre la raison de la fermeté de Macron face à l’épidémie qu’il évoque. De son aveu même, « l’abnégation patriotique » est censée venir en aide aux personnes potentiellement malades ! Il explique pour cela avoir mobilisé les armées dans le but de « déplacer les malades des régions les plus affectées et ainsi réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires ». Ce genre d’annonce ne doit en aucun cas nous laisser de marbre. Aussi légitimes que peuvent être des mesures de sécurité sanitaire, elles ne peuvent évidemment pas servir de faire-valoir aux hussards en treillis de la République française. Le général Macron va-t-il nous remettre en selle les soldats qui prétendument soignaient, enseignaient et bâtissaient des routes en Algérie dans les années 50 ? Va-t-il nous rebattre les oreilles une fois de plus avec des méthodes héritées de celles des « Sections Administratives Spécialisées (SAS) » et un siècle avant des fameux « bureaux arabes » créés par le maréchal Bugeaud ?

Une situation comme celle que nous connaissons aujourd’hui est le terreau idéal pour une action psychologique intense. Les SAS dont nous parlons ici ont été mises en place sous l’impulsion du colonel Charles Lacheroy afin de remporter la « guerre révolutionnaire » contre « l’ennemi subversif ». Ce point de vue part du principe que tout individu est potentiellement un adversaire du gouvernement et que celui-ci doit être, par tous les moyens, anéanti. Il est simple de comprendre qu’une telle idéologie est extrêmement dangereuse car elle peut viser n’importe qui qui ne ferait pas assez montre de fidélité nationaliste (pour en savoir plus sur les SAS, consulter ce fascicule rédigé en 2005 par le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces de l’Armée de Terre).

Le chef de l’État a justement la solution pour débusquer celles et ceux qui ne seraient pas suffisamment loyaux envers les institutions : la « mobilisation générale ». Ce vocabulaire martial qui donne le sentiment de revivre la première ou la seconde guerre mondiale tape dans le mille pour éveiller la conscience nationale des personnes qui ne voient aucun intérêt à la militarisation de la santé. Comment dans une situation d’épidémie de virus cet homme peut-il nous vanter les bienfaits de l’action armée alors que la seule solution réside dans celle des médecins, des soignantes et des soignants ?

Nous ne devons pas nous laisser abuser par la pénétration d’idées qui pourraient causer notre perte au même titre que n’importe quelle maladie un minimum dangereuse. Pas question de se laisser enrôler dans les régiments sous quelque prétexte que ce soit. Pas question de se laisser abuser par des déclarations fracassantes de la part d’un pouvoir qui se caractérise par sa volonté de détruire jour après jour le système sanitaire au nom de la rentabilité. Pas question enfin de respecter aveuglément des dispositions sous la menace d’être conduit directement derrière les barreaux pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Les structures que nous combattons pour leur part continuent de fonctionner à plein régime. La police nationale sillonne en ce moment-même les rues à la recherche des personnes qui n’auraient pas une « raison valable » de se déplacer. Couvre-feu, confinement, placardisation et arrestation ne sont pas des méthodes sérieuses pour venir à bout de n’importe quel virus. Il n’y a que la recherche et les soins qui puissent nous aider à garantir la santé de toutes et tous, ce que Macron d’une manière absolument certaine ne cherche pas à assurer.


Article publié le 31 Mar 2020 sur Paris-luttes.info