Avril 2, 2021
Par La Rotative (Tours)
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Ma position dans ce texte est celle d’une visiteuse d’un jour (sans doute un premier avant d’autres) , familière d’autres luttes et d’autres occupations ailleurs et en d’autres moments. Je n’ai pas de légitimité à représenter tout ce qui peut se dire, se passer, s’échanger dans cette occupation du Grand Théâtre.

Le Grand Théâtre m’a été conté

Il était une fois un lieu imposant, dans lequel on entre par une grille suivie d’une double porte. On y est tout de suite accueillie, dans une atmosphère un peu feutrée et dans le velours rouge des sièges de théâtre.

Nous visitons, nous gravissons des escaliers de marbre, nous parcourons un couloir couvert de moquette dont un des murs supporte de hauts panneaux en carton. Ils font office de hérauts manuscrits et informent des différents groupes de travail.

La salle de réunion est vaste et l’acoustique y est agréable. J’y apprends l’histoire des théâtres à l’italienne : théâtres qui ne sont pas tant aménagés pour y voir un spectacle que pour être vu par d’autres et se donner en spectacle.

Les chambres des occupant·es se situent aux étages : on récupère sa clé (imaginaire) et on choisit plutôt la vue sur la rue via des fenêtres rondes, plutôt la vue sur les loges et leurs portes en bois ou plutôt la vue sur l’escalier qui structure la hauteur du théâtre. La vue sur la cathédrale n’est réservée qu’à certains moments particuliers.

Nous sommes toustes des occupant·es

Le lieu n’est pas seulement l’antre d’intermittent·es du spectacle. D’autres précaires sont présent·es : contractuel·les de l’éducation nationale, étudiant·es, intermittent·es de l’emploi… Les soutiens affluent depuis des lieux de la culture (le petit Faucheux offre des repas ce soir-là) mais aussi depuis d’autres horizons : la Confédération Paysanne par exemple, qui anime un atelier cet après-midi.

Ces croisements sont à l’image d’une occupation et de revendications qui souhaitent dépasser l’étiquette gouvernementale des « non-essentiels ». Les intermittents de l’emploi (hôtellerie, restauration, guides, professions du tourisme …) n’ont pas eu droit à l’année blanche. Les contractuel·les de l’éducation nationale bouchent les trous et sont payés au lance-pierre. Les étudiant·es sont tenu·es éloigné·es des lieux d’étude et des activités qui leur fournissent des ressources.

Au Grand Théâtre, je comprends que les occupantes et les occupants ne veulent plus rester dans la seule défense de leur droits. Ielles veulent proposer d’autres façons de faire, d’autres façon de vivre ; ielles veulent les mettre en œuvre et plus seulement tenter de défendre le peu que le gouvernement nous octroie encore.

Les idées qu’on pose, les idées qu’on emporte

On nous propose qu’un groupe vienne jouer du pagode (musique brésilienne) lors de la prise de parole de lundi (c’est férié !).

On s’exclame qu’on pourrait exposer des photos de Tours privées de leurs bâtiments culturels : « bientôt, ici, rien » (ou un parking, me glisse-t-on).

On s’entraîne pour les prises de parole publiques de 14h et dans les manifestations.

On se dit qu’on est communiste, on se redemande ce que ça signifie aujourd’hui.

On pense à faire faire de la méditation et de la relaxation aux CM1 et aux CP.

On prévoit que les attentats artistiques de la Place Plum’ pourront être exposés…

On imagine la sécurité sociale de l’alimentation à l’image des débuts de la Sécurité Sociale.

On créé des fiches pour expliquer les revendications pour nos vies.

On fait un conte de l’occupation, on fait un conte des revendications.

On parle, on chante, on écrit, on se dispute un peu, on se demande comment faire encore mieux.

On dépose certaines de nos idées et on en emporte d’autres pour soi.

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Source: Larotative.info