Juin 12, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Tel Lord Byron qui donna sa vie pour l’indĂ©pendance de la GrĂšce, Marc est tombĂ© sur cette terre qu’il aimait et qu’il s’était choisie.
En le perdant, nous perdons un compagnon d’envergure contemporaine, crĂ©ateur d’une incessante rĂ©activation de l’anarchisme. Il participe de ces figures actuelles de l’anarchisme. Inutile de refaire ici sa biographie trĂšs bien documentĂ©e dans le Maitron de longue date.
On peut lire ici ou lĂ  quelques interviews qu’il a donnĂ©es retraçant son parcours, un parcours typique de la modernitĂ© de l’anarchisme.
LycĂ©en en mai 68, et actif au CAL, il partageait ainsi avec moi et quelques autres, cette entrĂ©e en matiĂšre dans la vie politique qui serait la nĂŽtre, Ă  nous les petits de 68. Il n’a jamais rĂ©pudiĂ© son attachement aux auteurs situationnistes qu’il lut mĂȘme avant mai, et est devenu un ami proche de Raoul Vaneigem qui reprĂ©sentait pour Marc une source d’inspiration majeure.
Militant trĂšs averti, il ne se laissait jamais leurrer par des intrigues ou tentatives autoritaires, aussi critiques fussent-elles. Il avait un sens aigu des subversions productives et ne s’est jamais rĂ©fugiĂ© dans le spectacle, les complaisances ou les superficialitĂ©s mondaines.

Certes il Ă©tait gentil avec tout le monde, souriant, ouvert, sociable. Sans illusion.

Vagabond des Ă©toiles comme Panait Istrati, il s’est attachĂ© Ă  l’Espagne post-franquiste, puis au Chiapas et enfin Ă  la GrĂšce. Quand un mouvement arrivait Ă  bout de souffle, Marc reprenait sa route vers d’autres cieux plus tumultueux. Il s’est fracassĂ© Ă  Xania, au squatt de Rosa Nera, oĂč il nous avait conduits au terme d’un heureux pĂ©riple qu’il confectionnait pour ceux qu’il choyait, lors des cinquante ans de Mai 68. Avec Jean-Pierre Duteuil et Tomas Ibanez, en compagnie de ses deux intimes Lucile et Babis, nous avons sillonnĂ© de squat en squat, des espaces grecs autogĂ©rĂ©s oĂč nos dĂ©bats s’étendaient Ă  perte de nuit, tant nos compagnons grecs Ă©taient friands de discussion.
Rosa Nera est l’écrin idĂ©al pour la mĂ©moire de Marc, c’est un lieu somptueux, avec des compagnons anarchistes ardemment soucieux de leur autonomie, cette autonomie que Marc dĂ©fendait.
Comme il a aussi croisĂ© le mouvement surrĂ©aliste, oĂč je l’ai retrouvĂ© parfois aux cĂŽtĂ©s d’Oscar Borrillo et de Guy Flandre, j’ai choisi un poĂšme de Joyce Mansour, surrĂ©aliste Ă©gyptienne, pour lui rendre un dernier hommage, “Bleu comme le dĂ©sert” :

“Heureux les solitaires
Ceux qui sĂšment le ciel dans le sable avide
Ceux qui cherchent le vivant sous les jupes du vent
Ceux qui courent haletants aprĂšs un rĂȘve Ă©vaporĂ©
Car ils sont le sel de la terre.
Heureuses les vigies sur l’ocĂ©an du dĂ©sert
Celles qui poursuivent le fennec au-delĂ  du mirage.
Le soleil ailĂ© perd ses plumes Ă  l’horizon
L’éternel Ă©tĂ© rit de la tombe humide
Et si un grand cri résonne dans les rocs alités
Personne ne l’entend, personne.
Le désert hurle toujours sous un ciel impavide
L’oeil fixe plane seul
Comme l’aigle au point du jour
La mort avale la rosée
Le serpent Ă©touffe le rat
Le nomade sous sa tente Ă©coute crisser le temps
sur le gravier de l’insomnie
Tout est lĂ  en attente d’un mot dĂ©jĂ  Ă©noncĂ©
Ailleurs”.

Claire Auzias, pour le Monde Libertaire, 10 juin 2021.




Source: Monde-libertaire.fr