Vendredi 27 octobre 2017, le bras de fer entre Madrid et Barcelone a encore grimpé dans les tours. Côté monarchie castillane, on annonce une batterie de mesures (destitution du président de la Generalitat, dissolution du parlement catalan, etc.) destinées à doucher les ardeurs sécessionnistes catalanes. Trique en l’air, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, entend « éviter la prise en otage inadmissible d’une majorité des Catalans et le vol d’une partie du territoire au reste des Espagnols ». Côté séditieux, le processus constituant est enclenché après que le parlement catalan a déclaré la Catalogne indépendante « sous forme de République ». Place Sant Jaume à Barcelone, les esteladas, drapeaux indépendantistes, sont de la fête et les clichés de liesse populaire font le tour du monde. Pour la cinquième fois depuis le XVIIe siècle, la Catalogne proclame son indépendance. Rien ne dit que cette fois sera la bonne, tant la situation évoque un gros saut dans le vide et remet à vif les vieilles fractures historiques. Le 9 octobre, Pablo Casado, secrétaire adjoint du Parti Populaire (droite), mettait en garde Puigdemont : « Espérons que rien ne sera déclaré demain, parce que celui qui déclare l’indépendance finira comme celui qui l’a déclaré il y a 83 ans. » Référence à Lluís Companys, ancien président de la Generalitat réfugié en France en 1939 et livré à l’Espagne par l’occupant nazi. Il sera torturé et fusillé par le régime franquiste en octobre 1940.

Nourrie depuis plus d’un siècle d’un ferment libertaire, la Barcelone contestataire se déchire sur l’autel de l’élan nationaliste. « Nous sommes indépendantistes sans frontière », déclare Anna Gabriel, membre du parti anticapitaliste CUP. Si la question de l’autodétermination mérite d’être posée, le modus operandi des partis à la manœuvre interroge. Très critiques, des anarchistes barcelonais écrivaient à propos de la grève générale du 3 octobre « convenue, contrôlée et orchestrée par les institutions et les organisations patronales » : « On a donc vu les bons citoyens brailler ‘‘ Som gent de pau ” [nous sommes des gens de paix] et acclamer la police catalane, comme de gentils moutons, tout en insultant, expulsant voire agressant ceux qui n’appliquaient pas le dogme du bon manifestant. »

Source: http://cqfd-journal.org/Une-Republique-catalane-aux -