Deux artistes de la formation musicale Grup Yorum [1], Helin Bölek et Ibrahim Gökçek, étaient en grève de la faim [2] depuis près de neuf mois pour protester contre le harcèlement judiciaire que leur fait subir le régime d’Erdogan.

Le 3 avril, nous avons perdu une des grévistes, Helin Bölek [3]. Une musicienne engagée dans le groupe depuis des années malgré la répression de l’État fasciste. Sa mère qui la soutenait dans sa lutte avait déclaré qu’il fallait agir vite quoiqu’il arrive et que sa fille était en train de fondre devant ses yeux.

Malgré tous ses avertissements, le gouvernement turc avait d’abord expulsé les grévistes de la maison de résistance où ils se trouvaient puis les avaient transférés dans un hôpital en essayant d’appliquer une alimentation forcée à Ibrahim et à Helin. Les résistants ayant refusé cette application, le ministre de l’intérieur a demandé il y a quelques jours une négociation affirmant qu’il ne prendrait en compte les revendications des grévistes que sous la condition qu’ils arrêtent leur grève de la faim. Les résistants ont refusé cette demande parce que leurs revendications ne constituent pas un sujet de négociation. Face à cette détermination des résistants, aujourd’hui (le 4 avril), l’État turc a attaqué même aux obsèques de Helin, essayé de l’enlever et l’enterrer sans personne, gazé tout le cimetière pour bloquer ceux qui venaient dire adieu à Helin, et arrété plusieurs personnes parmi eux. Ils ont attaqué à l’enterrement parce qu’ils ont peur même de nos morts.

Les revendications des grèvistes étaient les suivantes :

1. L’arrêt des descentes policières dans le centre culturel d’Idil, dans le quartier d’Okmeydanı, à Istanbul, perquisitionné plus de 10 fois au cours de ces deux dernières années.

2. L’arrêt des interdictions de concerts en cours depuis près de trois ans.

3. L’abandon total des poursuites intentées contre les membres de Grup Yorum.

4. La libération des membres encore incarcérés.

5. Le retrait des noms des membres de Grup Yorum des listes terroristes.

Aujourd’hui, Ibrahim Gökçek continue sa grève de la faim au 292e jour en affirmant « Aujourd’hui c’est mon tour de mourir » à côté du cercueil de sa camarade Helin Bölek. Malgré le coronavirus, Ibrahim Gökçek, les militants et les révolutionnaires luttent contre la politique fasciste d’État qui a peur même de la musique révolutionnaire de Grup Yorum.

La formation musicale révolutionnaire, engagé depuis 35 ans dans la lutte pour le socialisme, est menacée par le gouvernement de l’AKP. Tous ses concerts sont interdits, tous les mois le centre culturel dans lequel les musiciennes et musiciens poursuivent leurs activités est attaqué par la police et leurs instruments sont cassés. Les membres sont emprisonnés, torturés, exilés et sont tou.te.s recherchés par la police.

Leurs revendications sont évidentes et simples à accepter : faire des concerts et pouvoir continuer de créer leurs œuvres musicales en toute liberté.

Il est évident que la Turquie n’est pas privée du danger de propagation du Covid-19 et que la situation s’aggrave tous les jours. Les révolutionnaires ont malgré tout pris la décision de continuer à lutter malgré ces circonstances exceptionnelles parce que la répression continue et elle n’a pas cessé de croître malgré la pandémie.

« On ne veut pas mourir, on veut faire des concerts » disaient Ibrahim et Helin. Aujourd’hui, nous avons perdu Helin. Nous invitons nos camarades et la communauté internationale à agir et à soutenir Grup Yorum dans sa lutte pour sauver Ibrahim et reprendre son droit de créer librement pour le peuple !


Article publié le 06 Avr 2020 sur Paris-luttes.info