Jeudi 9 juin, 23h30, départ en voiture à 4 potes en mission récup au Auchan de Balma Gramont. Objectif : sauter une barrière pour accéder aux poubelles et choper le max de trucs pour cuisiner le lendemain, pour la soirée de solidarité aux inculpées au CSA. Méthodo : se couvrir le visage pour limiter le pouvoir des caméras 360 postées partout, rester discret-e-s car menace présence vigile (fenêtre allumée). Équipements cabas-cagoules et efficacité au top. En 30 minutes et 2 poubelles c’est plié, on a TOUT ce qu’il faut (voir texte ci-dessous), de quoi nourrir du MONDE, au CSA et autour.

Mais au retour vers la “sortie”, on se penche tous les 4 sur une dernière poubelle. J’entends une voiture passer. Quelques secondes après : “GENDARMERIE !” Ils sont à 3 mètres à peine, 2 torches et 1 pistolet braqués sur nous, avec derrière la gueule d’un jeune pas très serein. Une de nous fait une crise de panique en voyant le flingue, halète, son souffle est saccadé, elle se tétanise, son corps est bloqué. Dur de la calmer et de gérer le trauma, bloquées dans un enclos avec 3 gendarmes armés en face de nous – qui ont du mal à se détendre. “Vous êtes obligés de nous agresser avec votre arme ?”, “Vous êtes cagoulés, vous pourriez être armés !”. Ouai gros, braquage de poubelles. Je pense à Timothée Lake tué par la BAC en 2014 pour un braquage de supérette.

Les gendarmes sont rejoints par le vigil et son tee-shirt “où eskon va, keskon fait ?”. Le mec nous dit : “Ya des caméras partout, vous pensez que j’allais pas vous voir ?”. N’empêche qu’on a eu 45 minutes de voie libre. Keskon fait ? “On attend la police pour prendre une décision”.

1h après, c’est la BAC en Ford Mondeo grise qui débarque, jean tee-shirt et gun à la ceinture – pas de brassard. Ils tchek’ le vigil, en fait ils sont potes.

Notre infraction : pénétrer un espace interdit et voler une propriété privée.

“Vous faites quoi là ? Vous savez que ça part au Secours populaire, la bouffe des poubelles ?” En plus du ton culpabilisateur, on a le droit au paternalisme relou “bon, les jeunes, faudrait p’t’être travailler, un jour…” Si tu savais !

Pendant tout ce temps, à grand coup de blagues pourries, ils font semblant de vouloir comprendre nos situations mais se foot bien de nos gueules. Manipulation, pression sans pression. Métier de merde.

“On pourrait vous mettre les menottes et en GAV, mais bon, on est gentils … On va faire juste une main courante. Ce qui veut dire que la prochaine fois que vous vous faites attraper pour un truc semblable, ça va direct devant le juge”.

Messieurs nous raccompagnent gentiment à la voiture sur le parking, prennent nos identifiants (numéro de tél compris !) et se quittent avec des “allez, rendez-vous sur la fan-zone, hein !”, “ouai, on a les nouveaux équipements, là, la classe…”. FOOTAGE DE GUEULE.

Bon une main courante c’est rien, ça part au fond d’un tiroir. Mais

le coup du flingue, la BAC dans le blanc des yeux, et la copine qui reste paniquée jusqu’au retour à la maison… ça freine un peu. Alors, que ça tourne et que d’autres prennent le relais ! La solidarité est notre seule arme, et, comme dans le morceau de Tandem “Si nos jours sont ravagés, sauvageon soit plus agile”…

Avec les pom-potes, on part faire une récup

Et la police ramène sa fraise …

Ils ont dégainé leurs guns contre nos poireaux

Et nous ont pris pour des fromages ;

Eux, ont sûrement des comptes en p’tits suisses

Ils auront toujours le meilleur avocat

Nous, on s’est fait pêch’o

Mais on garde la pêche

Ce plan récup il est râpé

Mais leurs cerveaux c’est des gruyères

Ils auront vite oublié nos tronches de cake

Quand la main courante sera passée de datte.

C’qu’ils savent pas, c’est qu’on est la crème de la crème

Sans vouloir prendre le melon

On sera toujours déter, même s’ils nous pressent le citron

On garde la patate dans toutes les situations

C’est pas un flic pas plus haut qu’trois pommes

Qui nous impressionne

La prochaine fois, on fait sauter le jus !

Lancer d’œufs pourris sur les caméras

Et peaux d’bananes sur le chemin d’la BAC …

Les flics auront d’autres chats à crème fouettée

Et on repartira avec le pactole complet.

Y’en a plein le choux de travailler pour même pas un radis !

Vive la solida-riz-thé, notre auberge elle est trop IN !

De la poudre aux amendes, pour tout faire sauter !




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