Janvier 24, 2021
Par La Mouette Enragée
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La revue anarchiste anglaise The Commoner a rĂ©alisĂ© une interview du groupe londonien Angry Workers of the world. Nous proposons une traduction de cette discussion qui traite pour une large part de la pratique de l’enquĂȘte ouvriĂšre. 

– Ce mois-ci, nous avons eu le plaisir de parler Ă  AngryWorkers, dont les propos ci-dessous rĂ©sument parfaitement leur conception unique de la pratique politique. Ils sont un espace d’enquĂȘte, et non de construction de syndicats ; ils crĂ©ent des rĂ©seaux de soutien et de rĂ©sistance, et ne distribuent pas de drapeaux et de badges. Dans cet entretien, vous apprendrez Ă  mieux les connaĂźtre et Ă  connaĂźtre leur travail, et vous serez confrontĂ©s Ă  une approche de l’organisation qui dĂ©fie les syndicats des deux catĂ©gories de bureaucrates et d’anarcho-syndicalistes. Vous pouvez les trouver en ligne et sur Twitter, et acheter leur livre, Class Power on Zero Hours, chez PM Press.

Comment est né AngryWorkers ?

Il y a diffĂ©rentes influences qui nous ont formĂ©s. Avant AngryWorkers, nous Ă©tions impliquĂ©s dans un groupe communiste libertaire (La Commune) et un collectif fĂ©ministe (Feminist Fightback). Nous avons vu les limites de la politique traditionnelle de gauche, qui est principalement basĂ©e sur la production pamphlĂ©taire et les campagnes. Nous voulions recentrer la politique communiste et internationaliste sur une partie stratĂ©gique de la classe ouvriĂšre locale. C’est pourquoi nous nous sommes dĂ©placĂ©s vers l’ouest, dans la zone de logistique et de transformation alimentaire de Londres. Ce mouvement a Ă©tĂ© influencĂ© par nos expĂ©riences au sein du collectif « ouvrier Â» allemand Wildcat, qui a encouragĂ© les enquĂȘtes des travailleurs depuis les annĂ©es 1970. Les enquĂȘtes ouvriĂšres sont une analyse militante du processus de production par les travailleurs et pour le pouvoir des travailleurs. L’idĂ©e principale est que si notre travail quotidien dĂ©pend du travail de milliers d’autres travailleurs ici et Ă  l’étranger, par l’intermĂ©diaire de la direction de l’entreprise et du marchĂ©, alors nous pouvons transformer cette coopĂ©ration en une arme, en une coordination internationale de la lutte. Une autre influence est le travail de « Kamunist Kranti Â» / Faridabad Majdoor Samachar, des camarades en Inde, qui font circuler un journal ouvrier avec des histoires d’actions de travailleurs informels et des « idĂ©es communistes Â» plus larges parmi des milliers de travailleurs industriels depuis les annĂ©es 1980. Nous avons ensuite Ă©tĂ© rejoints par des camarades de Pologne, qui avaient des expĂ©riences variĂ©es en matiĂšre d’organisation, tant dans l’organisation syndicale « Workers Initiative Â» que dans la FĂ©dĂ©ration anarchiste.

Quel rÎle espérez-vous jouer dans le mouvement révolutionnaire ?

Nous pensons que la classe ouvriĂšre – dans sa globalitĂ© et son histoire – possĂšde les connaissances et les ressources pour s’émanciper. Le problĂšme est que la classe ouvriĂšre existe au sein d’un processus de production sociale divisĂ© et hiĂ©rarchisĂ©, qui est traversĂ© par des frontiĂšres nationales, segmentĂ© en bureaux de recherche et dĂ©veloppement et en usines d’assemblage, sĂ©parĂ© en lieux de travail collectifs et en mĂ©nages individuels. Une partie de la classe ouvriĂšre est surchargĂ©e de travail et vit le capitalisme comme une productivitĂ© toujours croissante qui nous aspire et nous laisse relativement plus pauvres que la gĂ©nĂ©ration de nos parents. Une partie de la classe ouvriĂšre est au chĂŽmage et vit le capitalisme comme une ceinture de rouille, dĂ©sertĂ©e par la recherche d’une main-d’Ɠuvre moins chĂšre et de profits plus Ă©levĂ©s. Tout cela est en mouvement, il n’y a pas de surpopulation permanente ni de classe ouvriĂšre industrielle permanente. Les travailleurs migrent et le capital se dĂ©place. Ce qu’il y a, ce sont des concentrations mobiles de travailleurs dont le pouvoir collectif connaĂźt les hauts et les bas du boom rĂ©gional et de la crise. Cela signifie que la lutte de la classe ouvriĂšre se dĂ©roule dans le cadre de confinements matĂ©riels et de cycles rĂ©gionaux. Les luttes dans une rĂ©gion de mines de platine en plein essor en Afrique du Sud dĂ©veloppent un pouvoir et une dynamique diffĂ©rents de ceux d’une lutte dans une maison de soins dans le Yorkshire. Une organisation rĂ©volutionnaire doit se connecter aux luttes les plus avancĂ©es et les encourager Ă  combler le fossĂ© avec le reste de la classe. Afin de prendre le contrĂŽle des moyens de production, divers segments centraux de la classe doivent se rĂ©unir Ă  un niveau international. Les travailleurs intellectuels et technologiques, les travailleurs industriels et agricoles essentiels et la masse plus large des pauvres en colĂšre, marginalisĂ©s et insurgĂ©s. Nous voulons aider les luttes avancĂ©es au sein de ces segments Ă  briser les barriĂšres. Pour cela, il faut ĂȘtre organisĂ© aussi bien parmi les travailleurs du pĂ©trole en grĂšve que parmi les jeunes chĂŽmeurs qui bloquent la raffinerie. Nous pensons que les travailleurs qui sont dĂ©sireux d’apprendre de leur histoire de classe et qui veulent aider activement les luttes Ă  communiquer ont un rĂŽle Ă  jouer et nous voulons nous organiser avec eux.

En quoi votre travail diffĂšre-t-il de celui du mouvement syndical typique ou de groupes syndicalistes comme IWW ou SolFed ?

Nous ne nous considĂ©rons pas comme un syndicat, mais comme un groupe politique de travailleurs. Nous pensons que la premiĂšre Ă©tape pour les travailleurs est d’analyser leur situation, puis de choisir leurs armes avec sagesse. Cela inclut l’analyse du rapport de force avec l’entreprise, la situation juridique, la hiĂ©rarchie au sein du syndicat. Dans 80 % des cas, il est prĂ©fĂ©rable pour les travailleurs de trouver des moyens de lutte directs mais informels ; dans certains cas, il est prĂ©fĂ©rable de s’engager dans un conflit formel, et donc lĂ©gal. Dans ces cas, vous voulez un vĂ©hicule juridique qui soit entre vos mains et non entre les mains d’un appareil syndical retirĂ©. En fonction de votre force, vous pourrez peut-ĂȘtre arracher quelques concessions aux syndicats officiels et rĂ©ussir Ă  contrĂŽler votre propre lutte dans les limites de la loi – qui est un cadre trĂšs restrictif. Si ce n’est pas le cas, les travailleurs peuvent utiliser un vĂ©hicule syndical qui dispose peut-ĂȘtre de moins de ressources, mais aussi d’une hiĂ©rarchie moins contrĂŽlante.

Nous voyons l’IWW en ces termes pragmatiques : un vĂ©hicule limitĂ© permettant aux travailleurs de mener leur lutte dans des circonstances spĂ©cifiques. Cela nous distingue de l’opinion commune au sein de l’IWW, selon laquelle l’IWW est la principale organisation permettant aux travailleurs de mener leur lutte. Cela peut Ă©galement constituer une diffĂ©rence pour la plupart des camarades anarcho-syndicalistes. Ils pensent que les travailleurs devraient se joindre Ă  l’organisation et lutter par son intermĂ©diaire, alors que nous pensons que nous, en tant qu’organisation politique, devrions nous organiser dans le cadre du point avancĂ© de la lutte. Les syndicalistes risquent d’encourager le « fĂ©tichisme de l’organisation Â» parmi les travailleurs – oĂč elle devient l’organisation, reprĂ©sentĂ©e par des symboles, des drapeaux et des insignes, qui a le pouvoir, et non les travailleurs et leurs actions collectives. Nous savons qu’à court terme, et en particulier lorsque les luttes sont peu nombreuses, les travailleurs veulent « rejoindre une organisation Â» pour se sentir plus forts. Le problĂšme ici est que pour faire adhĂ©rer les gens, l’organisation devra se prĂ©senter comme victorieuse Ă  tout prix, en Ă©vitant les reflets critiques des dĂ©faites. Et soyons honnĂȘtes, la plupart des luttes se terminent par des dĂ©faites partielles. Se prĂ©senter comme victorieux Ă  une Ă©poque oĂč les victoires sont difficiles Ă  obtenir se traduit souvent par des demi-dĂ©faites avec les patrons, qui peuvent encore ĂȘtre prĂ©sentĂ©es comme des gains pour les membres travailleurs.

Il y a une limite au pouvoir des syndicats. Au Royaume-Uni, dans les annĂ©es 1970, le pouvoir syndical Ă©tait extrĂȘmement dĂ©veloppĂ©. Dans de nombreuses usines, les syndicats dĂ©cidaient qui Ă©tait embauchĂ© et fixaient le rythme de travail. La question se pose ici : qui dĂ©tient le pouvoir gĂ©nĂ©ral ? Acceptons-nous toujours la rĂšgle de l’État, du marchĂ© ? Le pouvoir syndical s’est ancrĂ© et a Ă©tĂ© battu politiquement au milieu des annĂ©es 1980. À cet Ă©gard, nous partageons beaucoup avec nos camarades anarcho-syndicalistes – la haine de l’État et de l’autoritĂ©, la nĂ©cessitĂ© d’une action directe et de la solidaritĂ©. Mais nous ne pensons pas que l’anarchisme Â» en tant qu’utopie ou idĂ©ologie soit utile pour comprendre rĂ©ellement le potentiel de rĂ©volution. Ici, nous sommes plus marxistes et nous examinons les contradictions rĂ©elles du capitalisme et le potentiel des luttes ouvriĂšres Ă©tant donnĂ© que le processus de production a aujourd’hui une nature sociale et mondiale.

Dans vos publications, vous mentionnez souvent les « rĂ©seaux de solidaritĂ© Â», comment fonctionnent-ils et comment sont-ils organisĂ©s ?

Le rĂ©seau de solidaritĂ© est liĂ© au fait que de nombreux travailleurs sont marginalisĂ©s et ont des problĂšmes non seulement au travail, mais aussi avec les propriĂ©taires, l’agence pour l’emploi, les autoritĂ©s de migration. Nous offrons un soutien direct aux travailleurs individuels par le biais d’actions collectives. En soi, cela ne crĂ©era guĂšre une dynamique collective plus importante. En gĂ©nĂ©ral, vous ĂȘtes condamnĂ©s Ă  vous battre au cas par cas, aprĂšs quoi les gens retournent Ă  leurs prĂ©occupations quotidiennes. Nous insistons donc sur le fait que les travailleurs devraient penser Ă  s’organiser dans leur emploi actuel et ne pas se contenter de rĂ©clamer de l’argent Ă  leur ancien patron. Nous espĂ©rons Ă©galement que le rĂ©seau de solidaritĂ© pourra se dĂ©velopper jusqu’à un certain point oĂč il pourra soutenir activement les actions collectives des minoritĂ©s sur un lieu de travail. C’est ce qui s’est passĂ© dans le secteur de la logistique en Italie, oĂč les grĂšves ont souvent dĂ» ĂȘtre renforcĂ©es au dĂ©part par des supporters bloquant les entrepĂŽts. Cela peut ne pas ĂȘtre nĂ©cessaire dans des secteurs structurellement plus forts, comme l’industrie manufacturiĂšre, mais dans le cas des entrepĂŽts ou de l’agriculture, un tel soutien externe est souvent crucial.

Le rĂ©seau de solidaritĂ© est Ă©galement important pour creuser un fossĂ© entre les sections les plus marginalisĂ©es de la classe ouvriĂšre et la classe moyenne dont elles dĂ©pendent. Les migrants rĂ©cents dĂ©pendent des membres de la classe moyenne de leur « communautĂ© Â» pour trouver un emploi ou un appartement. Les chĂŽmeurs dĂ©pendent de l’église, de la mosquĂ©e ou du temple pour survivre. C’est la base de toutes les tendances rĂ©actionnaires, car la classe moyenne tend Ă  utiliser les Ă©lĂ©ments marginalisĂ©s pour attaquer les sections organisĂ©es de la classe ouvriĂšre. C’est le fascisme. C’est les FrĂšres musulmans. C’est la mafia. ConcrĂštement, nous avons organisĂ© trois permanences hebdomadaires diffĂ©rentes, annoncĂ©es par des affiches collĂ©es dans le quartier. Le rĂ©seau de solidaritĂ© peut vous aider Ă  comprendre la classe ouvriĂšre locale et Ă  crĂ©er des contacts. En aidant les chauffeurs de camions pendjabis d’une petite entreprise de transport, nous avons fait connaissance avec les chauffeurs de la multinationale de restauration aĂ©rienne Alpha LSG.

Comment interagissez-vous avec votre/vos communauté(s), et quels problÚmes spécifiques rencontrent-ils ?

Pour les raisons que nous avons mentionnĂ©es plus haut, nous n’avons pas tendance Ă  parler de « communautĂ©s Â» en tant que telles. La « communautĂ© indienne Â» de notre rĂ©gion est caractĂ©risĂ©e par des lignes de classe trĂšs nettes et trĂšs exploitantes. De nombreux petits patrons locaux, des cadres moyens, des politiciens, des propriĂ©taires et des chefs religieux sont « indiens Â» et exploitent et manipulent les travailleurs rĂ©cemment arrivĂ©s d’Inde. Il en va de mĂȘme pour la « communautĂ© noire Â» ou la « communautĂ© musulmane Â». Nous entrons en relation avec d’autres membres de la classe ouvriĂšre – d’oĂč qu’ils viennent – par le biais de contacts au travail. Nous obtenons des emplois dans les grands Ă©tablissements locaux et c’est lĂ  que nous rencontrons des gens. Compte tenu de la forte rotation des travailleurs, cela signifie Ă©galement qu’aprĂšs un an dans un lieu de travail de 1 000 personnes, vous aurez des contacts dans certains des nouveaux lieux de travail oĂč vos anciens collĂšgues se dĂ©placent. Travailler dans un centre de distribution Tesco m’a permis d’établir des contacts avec des chauffeurs de camion Ă  Heathrow.

Nous distribuons Ă©galement notre journal, qui peut aussi vous faire parler. Les principaux problĂšmes sont assez bien connus. Contrats de travail Ă  durĂ©e indĂ©terminĂ©e, travail en Ă©quipe et longues heures de travail, salaire minimum. Les trucs habituels. Le rĂ©gime politique gĂ©nĂ©ral oblige les travailleurs Ă  se soumettre Ă  leurs dirigeants. De nombreux travailleurs migrants non europĂ©ens doivent gagner un certain montant pour pouvoir faire venir leur famille. Cela signifie qu’ils doivent faire des heures supplĂ©mentaires. Cela signifie qu’ils doivent faire de la lĂšche aux cadres intermĂ©diaires afin d’obtenir ces heures supplĂ©mentaires. Ensuite, il y a les problĂšmes habituels d’organisation de la garde des enfants si les deux parents travaillent en Ă©quipe. Ils s’en remettent souvent Ă  la famille et aux amis. Nous pourrions pleurer sur tout cela, mais nous ne le faisons pas. La gauche pleure sur les logements surpeuplĂ©s. Nous disons « super, transformez-les en arrangements plus collectifs du travail domestique Â». La gauche pleure sur le travail intĂ©rimaire. Nous disons « super, nous n’avons mĂȘme pas de nom d’entreprise auquel ĂȘtre attachĂ© et loyal Â». La gauche se plaint du manque de densitĂ© syndicale. Nous disons « hourra, au moins ils n’étoufferont pas les actions des travailleurs lorsqu’elles Ă©mergeront Â». C’est un peu la ligne de l’ultra-gauche, mais nous sommes ennuyĂ©s par le bruit de fond pleurnichard des classes moyennes favorables aux travailleurs.

Quels sont les plus grands problĂšmes auxquels vous avez Ă©tĂ© confrontĂ©s en tant que groupe, et qu’avez-vous fait/fait pour les dĂ©passer ?

Le plus grand problĂšme dans le groupe d’usines de transformation alimentaire oĂč travaillaient les camarades Ă©tait que les travailleurs ne venaient pas aux rĂ©unions indĂ©pendantes aprĂšs le travail. Nous parlons ici de quatre usines, situĂ©es Ă  proximitĂ© les unes des autres, avec 4 000 travailleurs. Au travail mĂȘme, il est Ă©galement difficile de parler et vous ne pouvez pas passer d’un service Ă  l’autre. Nous avons lancĂ© un bulletin d’information sur les usines, mais cela n’a crĂ©Ă© qu’un petit nombre de contacts supplĂ©mentaires. L’un d’entre nous a dĂ©cidĂ© de devenir dĂ©lĂ©guĂ© syndical, malgrĂ© le fait que la direction et les reprĂ©sentants syndicaux travaillaient en Ă©troite collaboration. Les travailleuses travaillent sur les chaĂźnes de montage depuis deux dĂ©cennies et paient leurs cotisations syndicales, mais elles sont encore payĂ©es quelques pence de plus que le salaire minimum. Nous avons poussĂ© une ligne indĂ©pendante, en dĂ©nonçant tout d’abord les Ă©lections truquĂ©es des reprĂ©sentants syndicaux. Nous avons eu tous les reprĂ©sentants contre nous. Nous avons ensuite promu une augmentation de 1 ÂŁ pour toute revendication salariale. Les travailleurs l’ont acceptĂ©. Jusqu’à prĂ©sent, la direction avait pu payer diffĂ©rentes augmentations pour diffĂ©rents niveaux de compĂ©tences, mais nous avons dit que tout le monde avait besoin d’une augmentation d’une livre. Les reprĂ©sentants syndicaux ont essayĂ© de dĂ©courager les travailleurs de voter pour la demande, mais les travailleurs ont votĂ© trois fois pour. Nous avons organisĂ© des rĂ©unions pour les travailleuses, des nettoyeurs, des matchs de cricket, des rĂ©unions dans les parcs familiaux et des assemblĂ©es aux portes dans le cadre du conflit salarial, mais la combinaison du manque de confiance des travailleurs et des reprĂ©sentants syndicaux qui ont sabotĂ© la campagne officielle de rĂ©munĂ©ration du syndicat a fait que le bulletin de grĂšve s’est bloquĂ©. Nous avons continuĂ© Ă  distribuer notre bulletin indĂ©pendant, proposant la ligne suivante : « Camarades travailleurs, poussez le syndicat Ă  convoquer des assemblĂ©es et dites-lui ce que vous voulez. Si le syndicat ne fait pas ce que vous voulez, faites-le vous-mĂȘme Â». Mais malgrĂ© tous les efforts, il a Ă©tĂ© difficile de convaincre 4 000 travailleurs, qui avaient Ă©tĂ© divisĂ©s, dont l’anglais Ă©tait merdique, qui Ă©taient constamment malmenĂ©s, que les travailleurs unis ne seront jamais vaincus. L’autre grand problĂšme est donc de garder le moral. Cela peut devenir frustrant. Nous nous amusons avec nos camarades internationaux en France et en Espagne, nous leur rendons visite pour bavarder, manger des tapas et boire du vin, ou nous traĂźnons dans les bars de Berlin avec nos amis polonais qui travaillent sur Amazon. Nous lisons sur l’histoire de la classe ouvriĂšre, les luttes internationales actuelles et les cycles longs du capitalisme, afin de voir au-delĂ  des dĂ©faites quotidiennes. En gĂ©nĂ©ral, c’est une bonne vie.

Quelle a Ă©tĂ©, selon vous, votre plus grande victoire rĂ©cente en tant qu’organisation ?

Nous n’obtenons pas de victoires ! (Je plaisante !) Il serait ennuyeux d’énumĂ©rer les diverses victoires monĂ©taires Ă  quatre chiffres du rĂ©seau de solidaritĂ© ou les petits gains obtenus grĂące aux actions informelles pour l’emploi. Notre plus grande victoire est que nous sommes entrĂ©s dans cette rĂ©gion en tant que deux communistes isolĂ©s et qu’aprĂšs quelques annĂ©es, nous avions des contacts dans trois douzaines de lieux de travail locaux plus importants, un cercle d’amitiĂ© de 30 Ă  40 personnes de la classe ouvriĂšre autour du rĂ©seau de solidaritĂ© et 2 000 travailleurs sur nos lieux de travail qui nous connaissaient en tant que militants ouvriers qui pouvaient dire des choses amusantes sur la rĂ©volution, mais qui Ă©taient honnĂȘtes et n’avaient pas peur du patron. Nous avons Ă©galement Ă©tabli des dizaines de contacts internationaux avec des camarades de la classe ouvriĂšre Ă  l’étranger. Les luttes quotidiennes sont importantes, et nous en avons eu quelques-unes, mais il est tout aussi important de se prĂ©parer. Les luttes ne se dĂ©veloppent pas progressivement, elles Ă©mergent par bonds, souvent sans ĂȘtre le rĂ©sultat d’ Â»efforts d’organisation Â». Nous voulons ĂȘtre un exemple pour d’autres rĂ©volutionnaires qui veulent s’enraciner dans la classe ouvriĂšre locale, tout en dĂ©veloppant un horizon communiste internationaliste plus large. Nous pensons avoir rĂ©ussi Ă  encourager quelques autres Ă  le faire.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent créer une organisation comme la vÎtre ?

Lisez Marx ou d’autres choses pour comprendre comment fonctionne le systĂšme dans son ensemble. Faites-le ensemble. Soutenez-vous les uns les autres dans votre vie quotidienne. Choisissez un domaine qui vous semble intĂ©ressant d’un point de vue politique, peut-ĂȘtre parce qu’il y a des lieux de travail plus importants ou de nouveaux travailleurs ou parce qu’il y a dĂ©jĂ  eu des luttes. Vous pouvez facilement mettre en place un rĂ©seau de solidaritĂ© et voir ce qui en ressort. Il est cependant plus intĂ©ressant et plus fructueux de trouver soi-mĂȘme un emploi dans un grand Ă©tablissement. Il existe de nombreux ouvrages sur le sujet, au cas oĂč vous seriez novice dans ce type d’environnement. Les camarades ont fait ce pas avant vous. Plus important que Marx : apprenez des autres travailleurs autour de vous. MĂȘme si vous avez lu quatre livres, soyez humble. Lancez une publication locale pour les travailleurs, avec des rapports sur les conditions et les luttes au travail, sur ce que font les autres travailleurs ailleurs dans le monde, sur la façon dont notre lutte quotidienne est liĂ©e Ă  notre espoir d’une sociĂ©tĂ© meilleure. Ne vous embourbez pas dans votre localitĂ©. Allez vers d’autres camarades, rĂ©flĂ©chissez Ă  ce que vous faites dans le grand miroir de l’espace et du temps.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose que nous n’avons pas encore abordĂ© ?

Il y a beaucoup d’autres choses, mais vous pouvez les lire dans notre livre « Class Power on Zero-Hours Â». HonnĂȘtement, si vous pensez dans le mĂȘme sens, n’hĂ©sitez pas Ă  nous contacter. Nous avons des rĂ©unions rĂ©guliĂšres avec des camarades dans diffĂ©rentes villes et nous pouvons vous aider Ă  mettre en place un groupe local en partageant nos expĂ©riences.

Le texte original : https://angryworkersworld.wordpress.com/2021/01/09/born-in-the-wild-west-of-west-london-an-interview-with-angryworkers/

Boulogne-sur-mer, le 21/01/2021



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Source: Lamouetteenragee.noblogs.org