Durant la manifestation du samedi 9 avril j’ai été blessé par un tir tendu de grenade lacrymogène à la jambe. Je ne suis ni le premier ni le dernier ni même le plus gravement atteint, je tiens cependant à témoigner sur ce sujet pour aider à prévenir au maximum ce genre d’événements.

J’étais place de la Nation en fin d’après-midi, des camarades masqué.e.s manifestaient de manière plus spectaculaire leur opposition à cette loi et à la police. J’observais, à visage découvert et drapeau noir en main, cette forme de dialogue social avec la police lorsque lors d’une énième salve je reçus une grenade lacrymogène en tir tendu au niveau de la cheville. J’étais pourtant en retrait, à distance des « affrontements » et des camarades cagoulé.e.s, donc un CSI à sciemment fait le choix de viser un manifestant à distance coupable du seul affront de ne pas reculer lors des salves de lacrymo. Pour ceux imaginant mal le choc, imaginez un énorme coup de masse à la cheville bien pire que n’importe quel coup de matraque que j’ai reçu à ce jour. Le coup arriva en même temps qu’une charge, je dus donc partir en courant avec une jambe non fonctionnelle, c’est là que les copains et les copines de l’équipe médicale me récupérèrent en voyant mon incapacité à courir. Étant incapable de marcher iels me portèrent jusqu’à un terre-plein de la place où iels commencèrent à me soigner, à nettoyer la plaie et apposer du froid sur l’impact. Heureusement l’adrénaline me préservait encore de la douleur je dus cependant lutter pour rester conscient.

À ce moment mes camarades décidèrent de m’extraire de la place pour m’amener à un local syndical ami proche et je dois dire qu’être porté sur le dos d’un copain dans le métro, rempli de keufs, alors que la moindre brise de vent sur votre jambe vous emportent dans l’inconscience est une expérience plutôt horrible. Pourtant, arrivés au local, c’est là que le pire commença. L’adrénaline retomba et ma jambe commença à gonfler énormément, je commençai à craindre pour l’état de mes os en dessous, tout ça en plus d’une douleur insoutenable qui me fit perdre connaissance plusieurs fois. Le SAMU ne venant pas, pour une raison X ou Y, je dus subir cette douleur pendant une bonne heure tout en délirant et en passant sporadiquement entre la conscience et l’inconscience. Ce fut déjà une horreur de subir ça dans un local entouré d’ami.e.s je n’imagine pas à quelle point ça aurait était horrible en plein milieu de la place de la Nation sous la pluie, dans un nuage de lacrymo, entre les charges et avec en permanence l’épée de Damoclès de finir récupéré par les keufs pour finir en GAV.

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Finalement le SAMU arriva pour me récupérer. Cette histoire valût presque le coup rien que pour voir leur tête lorsque que l’on leur annonça que j’avais été touché par une grenade. Presque. Je finis donc au urgences de l’hôpital Tenon où je fis diverses radios pour découvrir que j’échappais de peu à la fracture. Ouf. Je ressors donc de cette histoire avec « juste » un gros hématome à la malléole, enfin je marche quand même avec des béquilles.

Cette violence n’est pas gratuite, elle à une volonté politique, la volonté de faire peur et donc de démobiliser, pour que demain les manifestant viennent avec la peur au ventre. Pour moi ça n’a pas marché, là où personnellement j’appréhendais énormément ce genre d’événements je sais aujourd’hui que grâce à la solidarité de mes camarades c’est surmontable. Dès le moment où j’ai été touché jusqu’au moment où je suis rentré chez moi j’ai été accompagné souvent par des personnes que je ne connaissais même pas. En ça, je peux remercier les copains et les copines de l’équipe médicale pour leur vigilance, les camarades du syndicat pour leur aide et mes camarades de m’avoir extrait de la place. Je ne peux malheureusement m’empêcher de penser aux personnes ne possédant pas les mêmes réseaux et subissant pourtant la même violence.

Ceci me permet de conclure en disant que l’on doit renforcer la solidarité entre camarades, que l’on doit soutenir plus les initiatives comme les équipes médicales et les legal team. On ne peut pas juste continuer les actions en laissant les blessés, souvent plus graves que moi, sur les côtés surtout sachant que la police bloque l’arrivée des secours.

La solution pour combattre la répression c’est la solidarité.

C. du groupe Regard noir




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