Novembre 22, 2021
Par Anarkismo
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category france / belgique / luxembourg |
mouvement anarchiste |
déclaration de principes
author Tuesday November 23, 2021 00:09author by Union Communiste Libertaire – UCL

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Aujourd’hui, mĂȘme trĂšs affaibili, le syndicalisme reste un ­contre-pouvoir essentiel face Ă  l’arbitraire patronal et aux visĂ©es capitalistes. Et potentiellement, demain, un acteur indispensable de la socialisation des moyens de production, nĂ©cessaire pour basculer dans une autre sociĂ©tĂ©, communiste et auto­gestionnaire. Comment le rĂ©armer, l’étendre, lui faire embrasser le prolĂ©tariat dans toute sa diversitĂ© ? Ces questions sont ­revenues plusieurs fois dans les dĂ©bats du Ier congrĂšs de l’UCL. Ci-dessous, deux extraits des orientations adoptĂ©es.

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L’outil syndical est le mode d’organisation privilĂ©giĂ© des travailleuses et travailleurs, y compris privé·es d’emplois, prĂ©caires et Ă©tu­diant·es, et notre outil de classe pour amĂ©liorer nos conditions de vie. Dans une perspective rĂ©volutionnaire anti-autoritaire, s’organiser pour pouvoir ­faire repartir la production (en Ă©nergie par exemple), les transports, les services (etc.) est indispensable pour le mouvement ouvrier au sens large.

Contre nous, nous avons la rĂ©pression patronale et Ă©tatique de plus en plus fĂ©roce, mais aussi la rĂ©signation du plus grand nombre. Au sein des structures, les fonctionnements verticaux, autoritaires et bureaucratiques, les piĂšges de l’intĂ©gration et de la cogestion et ceux qui veulent faire du syndicat la courroie de transmission de leurs partis sont aussi une rĂ©alitĂ© et sont responsables historiquement de la division syndicale.

Il est nĂ©cessaire pour notre courant de travailler au dĂ©veloppement syndical et de valoriser, au sein des structures syndicales : leur caractĂšre de classe, l’ouverture et la solidaritĂ© avec les formes de lutte auto-organisĂ©es que se donnent les exploité·es, la dĂ©fiance envers les institutions et un rapport de force assumĂ© contre celles-ci, l’importance des solidaritĂ©s interprofessionnelles, du confĂ©dĂ©ralisme, la structuration adaptĂ©e aux nouvelles formes de l’organisation du travail, la prise en charge de tous les ­rapports d’oppression Ă  l’Ɠuvre dans les collectifs de travail.

Dans une perspective anticapitaliste et autogestionnaire, nous devons travailler Ă  ce que les syndicats s’emparent des questions de sociĂ©tĂ© au-delĂ  du seul champ du travail pour favoriser la rupture avec la rĂ©partition « au syndicat les revendications immĂ©diates, aux partis le projet de sociĂ©tĂ© ». [
]

Le syndicat doit ĂȘtre structurellement en capacitĂ© de syndiquer les prĂ©caires comme les travailleurs et travailleuses indĂ©pendant·es victimes de l’exploitation. Faire reculer la prĂ©caritĂ©, c’est affaiblir le pouvoir patronal. ­Cette prĂ©occupation centrale est favorisĂ©e quand les prĂ©caires ­sortent de l’isolement, se syndiquent et militent, incarnant ainsi concrĂštement leur statut au sein des syndicats. […] Beaucoup d’activitĂ©s sous-rĂ©munĂ©rĂ©es et souvent prĂ©caires, sont effectuĂ©es par les personnes racisĂ©es, en particulier des femmes non blanches et/ou migrantes.

Les syndicalistes doivent ­lutter contre la division raciste et sexiste du travail et soutenir les outils qui permettront aux ­femmes et aux minoritĂ©s de se ­dĂ©fendre et de construire leurs revendications. La construction d’espaces non mixtes comme espaces d’expression, de partage et d’élaboration en fait partie. Seule la crĂ©ation de rapports de force spĂ©cifiques permettant la prise en compte effective des revendications Ă©laborĂ©es dans ces espaces pourra nous con­duire Ă  une amĂ©lioration de nos conditions de vie ici et maintenant.


Extrait de la motion « L’intervention des communistes libertaires dans le mouvement social : une vision globale pour une stratĂ©gie globale »

Ces deux derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© marquĂ©es, en plus de luttes sectorielles, pendant quelques mois par la grĂšve contre la rĂ©forme des retraites, intense moment de luttes de classes. La grĂšve historique de 2019-2020 a permis de rĂ©affirmer l’actualitĂ© de la grĂšve de masse comme mode d’action central des travailleurs et des travailleuses de certains secteurs. Elle s’ajoute Ă  des Ă©pisodes contestataires marquĂ©s par un recours privilĂ©giĂ© aux manifestations et occupations de rue (« Nuit debout », « gilets jaunes » ) qui se sont largement dĂ©ployĂ©es en dehors des lieux de travail, Ă  partir d’autres fractions de la classe du travail. Les limites Ă©prouvĂ©es dans la gĂ©nĂ©ralisation et la reconduction de cette grĂšve, notamment dans le privĂ©, renvoient aux difficultĂ©s structurelles rencontrĂ©es par le syndicalisme aujourd’hui : des Ă©quipes syndicales moins nombreuses et moins formĂ©es, qui peinent Ă  exister en dehors des « bastions » syndicaux de la fonction publique et des grandes entreprises, des outils interprofessionnels sous-investis, un syndicalisme de branche (adaptĂ© Ă  l’éclatement et Ă  la prĂ©carisation du salariat) Ă  reconstruire, un rĂ©pertoire d’actions peu diversifiĂ©, un syndicalisme d’accompagnement voire cogestionnaire qui se renforce


Ce n’est donc pas, une nouvelle fois, l’absence d’un « appel Ă  la grĂšve gĂ©nĂ©rale » venu d’en haut qui serait responsable de l’apathie d’un trop grand nombre de travailleurs et de travailleuses, mais bien notre incapacitĂ© Ă  les convaincre sur le terrain de se joindre Ă  l’action et de participer Ă  son auto-organisation. Ce rappel n’exonĂšre pas de rĂ©flĂ©chir et de critiquer les pratiques et les stratĂ©gies des directions ou des exĂ©cutifs syndicaux lorsqu’elles encouragent la bureaucratie, le corporatisme et le compromis social. Le renforcement du pĂŽle syndical de collaboration de classe, incorrectement qualifiĂ© de «  rĂ©formiste  », est Ă©galement une donnĂ©e Ă  prendre en considĂ©ration.

Pour toutes ces raisons, un sursaut du monde du travail n’a pas encore eu lieu face Ă  l’État et au patronat qui veulent lui faire payer la crise Ă©conomique nĂ©e du Covid-19. Des luttes syndicales, partielles et sectorielles, ont malgrĂ© tout permis d’obtenir de meilleures garanties de protection sanitaire au travail, une meilleure prise en charge du chĂŽmage partiel ou encore d’obtenir des indemnitĂ©s plus Ă©levĂ©es lors des plans de licenciements. Mais la coordination des luttes, dans le cadre de journĂ©es de grĂšve interprofessionnelle ou d’actions unitaires contre les licenciements, n’a pas eu les effets escomptĂ©s.

MalgrĂ© ses insuffisances, l’outil syndical reste l’arme privilĂ©giĂ©e par les travailleurs et les travailleuses pour dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts. La tĂąche premiĂšre des communistes libertaires est donc de reconstruire des outils syndicaux dĂ©mocratiques, combatifs et ouverts Ă  l’ensemble des questions Ă©cologiques, sociales (logement, transport, culture, Ă©nergie, alimentation
) et aux combats contre les discriminations (sexisme, racisme, LGBTI­phobie, etc.) Ă  tous niveaux des organisations syndicales (section syndicale, syndicat, union locale, union dĂ©partementale, fĂ©dĂ©ration, confĂ©dĂ©ration/union syndicale).

Il s’agit d’organiser les travailleuses et travailleurs quel que soit leur statut  : salarié·es stables, prĂ©caires, au chĂŽmage, en formation, Ă  la retraite, «  faux indĂ©pendants  » et autres «  ubĂ©risé·es  »… Ce sont des conditions indispensables Ă  un syndicalisme de terrain et Ă  des victoires sociales, petites et grandes.

À terme, les communistes libertaires entendent Ɠuvrer, dans le respect de la dĂ©mocratie syndicale et Ă  leur Ă©chelle, Ă  la rĂ©unification du mouvement syndical de classe et de lutte.

L’UCL continuera Ă  valoriser les luttes syndicales et Ă  favoriser l’engagement syndical de ses membres, dans le respect de la dĂ©mocratie syndicale et pour y lutter contre une logique de fraction, afin de renforcer l’organisation collective des exploité·es, condition de luttes offensives.


Extrait de la motion d’orientation gĂ©nĂ©rale de l’UCL




Source: Anarkismo.net