Cet article et ceux qui ont précédés viennent d’ateliers sur les violences sexistes, d’un atelier d’une thérapeute féministe en psychotraumatologie, de mon expérience personnelle et mes recherches et de celles qu’on se raconte entre copines.

Dernier volet de la saga, les pistes pour guérir… Comme la personne qui a animé cet atelier est psychothérapeute, et bien les pistes tournent pas mal autour de la psychothérapie.

Le problème de cette approche, c’est que déjà c’est excluant des pauvres. Le deuxième problème c’est que ça met une barrière de passer la porte d’un.e professionnel.le, ça mobilise tout un imaginaire autour de la folie, largement injustifié. Enfin le dernier problème c’est qu’il faut de la chance ou de bons conseils pour tomber sur un.e « bon.ne » psy. Moi la première fois que je suis allée chez une pro dans l’idée que « ce qu’il m’arrive est grave » j’ai eu le droit à un premier discours sur les concessions dans le couple (le gars me tape dessus mais peut être je devrai apprendre à faire des concessions oui -sic). Là, c’est souvent pire, il m’a fallu 3 ans pour oser retourner voir qqun.e.

Mais en vrai, il y a plein de choses qui sont possibles sans passer par la psychothérapie. Voire, s’auto-former sur des techniques pratiquées en psycho pour s’inspirer et faire à son rythme, à sa sauce, par essai-erreur.

3. Outils de thérapies suite à des violences

Les objectifs d’une thérapie :
- conscientiser d’être un.e survivant.e

- devenir une personnalité « libre » (libre de la vision de l’agresseur & libre des stress post-traumatique)

La fin d’une thérapie peut se matérialiser lorsque la personne cible arrive à se calmer par elle même et arrive à se dire « c’était terrible mais c’est terminé, ça fait partie de mon histoire ». Certain.es thérapeutes parlent de « croissance post-traumatique » : une créativité exacerbée pour dépasser le passé.

Les pré-requis nécessaires :
- une bonne relation entre le/la thérapeute et la personne (une relation repère)

- un respect mutuel et de la clarté /transparence sur ce qui est dit/fait

- une relation empathique mais non complice des comportements néfastes (notamment lorsque la personne cible continue à relationner avec son agresseur).
- une réelle solidarité et ne pas banaliser les situations

- une formation en psychotraumatologie car possibilité de faire des dégâts sur la construction psychique de la personne

* c’est ce que disait la personne qui animait cet atelier. ça me parait discutable. Beaucoup de notions de psychotraumatologie sont également appropriées dans le milieu féministe radical et cela peut suffire. Et je crois aussi à l’auto-formation et aux partage de savoirs. (d’où ces articles d’ailleurs hé)

Les articles précédents sont nécessaires à la compréhension, notamment des fonctionnements de la mémoire autobiographique et de la mémoire traumatique.

La « guérison » psychique passe par 4 phases :
- La sécurisation

- La stabilisation

- La confrontation

- L’intégration

3.1 La sécurisation

Le pré-requis à la guérison est le rétablissement de la sécurité : en effet, les phénomènes de dissociation continuant, le cerveau ne sera pas en mesure de contextualiser la situation. En vrai cette partie peut être très longue à cause de l’emprise exercée par l’agresseur.
- éloignement (physique, géographique)

- rétablissement de la santé physique

- rétablissement de la sécurité financière et de l’indépendance

- soin des enfants quand des enfants ont été victimes

Comment casser l’emprise ??

Franchement, c’est difficile donc voici seulement quelques « astuces » :

- que la personne cible liste ses limites (par écrit) : « jusqu’où j’accepte la violence » / « quel est l’élément limite à partir duquel je stoppe cette relation ».
- sur cette base, créer un « contrat » avec les personnes ressources, même s’il est primordial de ne pas abandonner la cible dans aucune circonstance.

- définir et identifier la stratégie agresseur (cf article 1/3) – analyser le quotidien à travers cette grille de lecture pour comprendre ce qu’il se passe (comprendre c’est le pouvoir)

- dépasser l’isolement crée par l’agresseur par un réseau, des lieux etc.
- mettre en place un réseau de soutien et définir les personnes ressources (institutions ou ami.es, proches)

- en cas de risque de suicide, mettre en place une liste de numéro de téléphone d’urgence.

3.2 La stabilisation

L’objectif de cette phase est la psycho-éducation : comprendre ce qu’il se passe et apprendre à se calmer.

La psycho-éducation : c’est tout ce que vous avez lu jusqu’ici… c’est comprendre les mécanismes de dissociation, le fonctionnement de la mémoire traumatique, les stratégies de survie mentale, bref, tout ce que j’ai écrit avant. Donc voilà, c’est fait 🙂 (une mini vidéo (TW viol) https://www.youtube.com/watch?v=MbKXuX32EH4 ici et une longue série de vidéos ici : https://www.youtube.com/watch?v=Ob6TtZMVSps)

Rétablir le libre arbitre :
- (ré)apprendre à prendre soin de soi

- rétablir la qualité du sommeil (par des rituels et des horaires réguliers, essayez les vidéos d’auto-hypnose sur YT)

- en cas de cauchemar : exercices de retranscription

écrire le cauchemar en changeant la fin (à faire de façon répétitive, à chaque cauchemar)

- avant de dormir, mémoriser 5 choses agréables

- structurer le rapport au temps
- intégrer des choses plaisantes dans les journées

- se (re)connecter au corps à travers par exemple l’auto-massage, coiffeur.euse, sport…

- travail sur les émotions : les reconnaître, les accepter (toutes les émotions, même celles qui sont considérées comme négatives sont utiles, malgré ce que le monde capitaliste veut nous faire croire, elles nous informent sur notre état, il est plus simple de les accepter que de les cacher)

http://toulouse-psycho.fr/utilite-emotions-negatives/

- maîtriser les déclencheurs : reconnaître ce qui fait paniquer/vriller, les écrire et les mémoriser

- identifier les images traumatiques

Parmi les tas d’autres trucs qui peuvent aider : la méditation de pleine conscience, relaxation/yoga, le sport, l’hypnose…

Petits exercices pour se calmer :
- le coffret 1er secours : il peut contenir des odeurs (huiles essentielles, parfum), des idées positives (sur un bout de papier, une photo), un doudou, grigri ou autre, un numéro de téléphone, un film…

- voir 5 choses, entendre 5 chose, toucher 5 choses, puis à nouveau : voir 4 choses, etc (contre les crises de panique par exemple)

- technique de respiration (à travailler en amont)

- suggestion hypnotique : à partir d’une image traumatique (photo, dessin etc), canaliser la souffrance puis enterrer/brûler l’image

- exercice de « l’aspirateur » : imaginer une situation conflictuelle, noter sur une échelle le degré de déstabilisation ressenti, décrire les ressources nécessaires à la gestion de cette situation, raconter un (des) moments de sa vie où on a pu utiliser ces ressources dans d’autres situations, ré-évaluer le ressenti de déstabilisation

- raconter sa propre histoire, imaginer qu’elle sort de la bouche de sa/son meilleur.e ami.e, s’imaginer conseiller ou réconforter sa/son meilleur.e ami.e

3.3 La confrontation

J’ai moins de matière sur ces dernières phases (l’atelier était trop court !!).

La confrontation a pour objectif de revivre le(s) traumatismes, elle ne doit se faire que lorsque la stabilisation est terminée.

La confrontation peut passer par ces exercices :
- l’EMDR en hypnose (voir ceci : http://www.emdr-france.org/web/quest-therapie-emdr/)

- les exercices de retranscription – répétition

(y a un mécanisme qui explique pourquoi ça marche, mais je n’ai pas réussi à retrouver la vidéo courte qui l’explique) : l’idée est simple, lorsque l’on se remémore un souvenir, il y a une faille qui permet de modifier le souvenir, en le remémorant de façon répétitive et éventuellement en le modifiant de façon consciente (un peu), le souvenir va être peu à peu intégré à la mémoire autobiographique, de façon stable. (Je n’ai pas tout regardé, mais y a cette conférence sur le sujet https://youtu.be/NMXtH22tB50, avec des tests à propos d’un médoc aussi, je ne cautionne pas forcément l’approche, mais y a des clés pour comprendre).
- La retranscription peut prendre d’autres formes, écrire une lettre, un texte sur un blog (le succès de polyvalence mon pote s’explique peut-être ainsi), les groupes de paroles, à chacun.e de trouver sa voie.

3.4 L’intégration

C’est le processus final, lorsque la mémoire traumatique disparaît. Lorsque la personne a accès à la sensation de « grandir » d’un traumatisme, d’acquérir une force, à la possibilité de s’auto-déterminer en dehors de la vision agresseur, et est libérée du stress post-traumatique.

Parce qu’on le mérite

Voilà ! C’est fini !

J’espère que cette série sera utile, prenez soin de vous, vive les neurosciences, et à bas le patriarcat

tchuss !

Par Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (IAATA),

Source: http://iaata.info/Une-analyse-pour-une-autodefense-contre-les-violences-sexistes-3-3-2963.html