Cet article et ceux qui suivront viennent d’ateliers sur les violences sexistes, d’un atelier d’une thérapeute féministe en psychotraumatologie, de mon expérience personnelle et de celles qu’on se raconte entre copines. (TW)

Trigger warning : la lecture de cet article peut faire remonter des angoisses dues à des violences

Préambule

Cet article et ceux qui suivront viennent d’ateliers sur les violences sexistes, d’un atelier d’une thérapeute féministe en psychotraumatologie, de mon expérience personnelle et de celles qu’on se raconte entre copines.

Je suis pas une professionnelle, ni en écriture d’article, ni en psycho, ni en féminisme. J’ai envie de faire partager ces connaissances car elles m’ont aidées et ça peut servir. C’est écrit comme je parle. Pour la grammaire, je décris le phénomène dans le sens une cible VS un agresseur. C’est un parti pris discutable, mais c’est la réalité que je connais donc ça sera comme ça, (ce qui veut pas dire que c’est toujours comme ça pour tout le monde).

Le premier article ci dessous décrit synthétiquement ce qui s’appelle la stratégie agresseur.

Le second article parlera du fonctionnement de la mémoire traumatique.

Le dernier article décrira des pistes de thérapies pour « intégrer » les traumatismes.

Petite précision obvious mais il n’y a pas UNE vérité. Cet article peut être salvateur pour les un.es et un tas de conneries pour d’autre. A vous de voir ce qui vous parle ou pas. Ensuite, ça me demande vachement d’énergie d’écrire tout ça, vu que c’est une partie de mon existence. Donc je vous remercie d’éviter le trashage par commentaires pour pas me renvoyer dans les limbes.

Enfin si ça vous intéresse, j’ai rien inventé, y a beaucoup de choses sur ce site : https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/introduction.html

qui concordent avec l’atelier auquel j’avais assisté. (J’ai pas tout lu et je vous laisse le soin de vous faire votre propre opinion sur les contenus et leur caractère inclusif ou pas).

1. LA STRATÉGIE AGRESSEUR

Lorsqu’une personne toxique s’installe dans ta vie, les mécanismes se ressemblent beaucoup. Y a souvent un schéma qui se reproduit. Je les ai vu chez tout un tas de mec cis hetero. Le schéma s’installe et hop ni vu ni connu tu es sous l’emprise d’un type manipulateur. C’est souvent fin et subtil, indétectable. Les soignantes qui ont fait ces ateliers sont assez d’accord sur ce schéma (CFCV) et moi aussi j’ai pu l’appliquer à plusieurs cas perso. C’est pas exhaustif, c’est souvent des ET/OU, ça peut être autre chose dans le même but.

Étape 1 : Attacher

La personne toxique entre dans la vie de Cible. L’emprise est lancée grâce à un secret, une complicité, une action commune, un intérêt supérieur (mariage, enfant…), le « destin » etc.

C’est souvent rapide, il s’installe, devient très présent, dans une relation très vite forte et puissante.

Étape 2 : Isoler

L’isolement est progressif. Il peut être géographique, social, affectif, etc. La personne toxique critique l’entourage de Cible, sa famille, ses ami.es. Il peut aussi monopoliser son temps, en fonction du planning qu’il décide (ses priorités à lui). Souvent à cette étape, Cible est mise sur un pied d’estale, il la valorise en dénigrant les autres.

Étape 3 : Instaurer son système de valeur

Très finement, la personne toxique va nommer et définir le bien et le mal, définir ce qu’est la violence, créer des injonctions paradoxales, contrôler Cible par des comportements jaloux, saper son estime de soi. Cela passe par le dénigrement, l’humiliation, le mépris, les insultes. Cible se définit inconsciemment à travers les yeux de son agresseur à ce moment là de la relation.

Étape 4 : Instaurer un climat d’insécurité

Cette phase permet à la personne toxique d’entretenir la confusion en alternant les périodes de calme /séduction avec des périodes de conflits/distances, parfois avec un système punition/récompense complètement incompréhensible ce qui déstabilise Cible. Parfois, il décrédibilise la parole de Cible, en faisant passer ses propos pour de la folie ou de la colère. Les colères peuvent être fortes et moment de violences physiques/verbales.

Étape 5 : Inverser la culpabilité

La personne toxique transfère la responsabilité de la violence (émotionnelle et/ou physique) sur la cible, il nie ou minimise sa propre responsabilité, il prétend la confusion et se victimise (souvent en faisant appel à son passé ou sa situation). La culpabilité est un sentiment puissant et dévastateur qui contraint à ne pas agir.

Étape 6 : Assurer son impunité

La personne toxique recrute des allié.es, organise des « représailles » contre les soutiens potentiels (ça peut être seulement des ragots ! ou des prises à partie, ou interdire à Cible de voir certaines personnes), il peut impliquer Cible dans le déroulement des faits (lui faire faire un truc dont elle est pas fière par exemple), lui offrir quelque chose (du soutien, des trucs matériels), lui demander ou lui fournir de l’aide, et enfin verrouiller le secret. Il peut être très bien entouré, par des personnes que Cible respecte (collègues, amis) ou par des personnes qui ont du pouvoir ou de l’influence.

The end

Quand les 6 étapes sont passées, Cible est chosifiée – sous emprise – ce genre de relation peut durer vraiment longtemps sans que personne ne puisse intervenir. C’est l’ambiance idéale pour les violences conjugales (mais c’est pas le seul cas). C’est difficile de s’en sortir mais possible !

Cible est dévouée (et/ou) au confort personnel, professionnel, psychique, physique, sexuel de la personne toxique et développera probablement des stratégies pour ne pas le contrarier ni l’énerver. La cible sert de « drogue dissociante » (je développerai dans l’article 2). Les violences et la terreur qu’il produit permet au type violent de se dissocier (disjonction du circuit émotionnel) et de s’anesthésier émotionnellement. Comme avec les drogues, de la dépendance va s’installer qui va entraîner une augmentation continue des violences. ça s’arrête rarement tout seul.

On voit beaucoup le mot « pervers narcissique » pour parler des personnes qui mettent ce genre de stratégie en place. Je vais pas raconter les heures et les heures de débats entre copines (ou juste avec moi-même) pour savoir si ce terme est pourri ou pas. Et toutes les questions que ça soulève !! pfiou, y a de quoi écrire un bouquin ! Moi je dis, si ce mot aide une personne cible à prendre conscience de sa situation et à se l’expliquer alors qu’elle l’utilise. Si la même personne est nerveuse avec ce concept alors à la poubelle.

Se reconnaître cible de violence (ou victime ou whatever) c’est hyper difficile. « Nous c’est pas pareil, y a les « vraies femmes battues » et là c’est pas si grave, ce coup-ci j’étais allée trop loin, puis vraiment au fond c’est un type chouette, il a souffert, je suis féministe donc je maîtrise, ça peut pas m’arriver… » bref, trop vu, trop entendu, trop vécu.

Alors si on commence à être critiqué.e en fonction des mots qu’on veut bien s’accorder, c’est un frein de plus à la sortie de la situation et je crois que vu l’urgence, on n’a vraiment pas besoin de ça.

Définir et identifier la stratégie agresseur, c’est un outils pour comprendre comment on en est arrivé là. Comprendre pour s’en défaire. La relation est décortiquée, ce qui permet à la personne cible de reprendre une part de pouvoir et de contrôle sur sa vie. Parce qu’on le vaut bien

Encore une fois, j’enfonce des portes ouvertes – tout ce que je dis est écrit mieux ailleurs.

Tu te reconnais là dedans ? et là ça remue des trucs pas cool ? Y a toujours le Planning Familial pour aller en parler et l’APIAF aussi. Y a des gen.tes sympa et ça ne veut pas dire que tu devras porter plainte ou entamer une procédure en y allant.