Novembre 26, 2020
Par Le Poing
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François Villette, réputé homme de droite, a été choisi par le maire PS de Montpellier pour sa poigne en matière de sécurité. Il bondit sur l’action contestable d’un seul groupe de manifestants, pour semer le doute contre tous les opposants aux projets de Darmanin.

« Non à l’israélisation de la France » : tel était le texte d’une pancarte – parmi des centaines d’autres – visible dans la formidable manifestation du samedi 21 novembre à Montpellier, s’opposant à la Loi de Sécurité globale. Cette formulation n’a pas manqué d’être discutée, contestée, légitimement, sur les réseaux sociaux. Cette formulation découle d’une campagne lancée par le comité BDS de Montpellier, dont le groupe militant arborait ladite pancarte.

BDS signifie « Boycott, désinvestissements, sanctions », prônés, sur le plan international, comme un moyen d’action non-violente en soutien au peuple palestinien victime de la colonisation systématique, brutale et illégale, conduite par les autorités israéliennes dans les territoires occupés. S’inspirant du boycott qui visait le régime d’apartheid en Afrique du Sud, cette action a été lancée par cent-soixante-dix organisations de la société civile palestinienne, et relayée un peu partout dans le monde. Le Poing a fait maintes écho, favorable, à cette campagne.

Au regard de tout cela, la formule « Non à l’israélisation de la France » fait question, quand elle est assénée sans plus d’explications. Puis, explications ou pas, elle continue de faire problème, déjà sur la façon dont elle peut être reçue. Le comité BDS de Montpellier s’appuie particulièrement sur un article récemment paru dans le Figaro, où plusieurs leaders de la droite française vantent l’efficacité des méthodes israéliennes face au terrorisme, et souhaitent que la France s’en inspire.

Par exemple, Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France, tient ces propos : « Israël a développé, grâce à l’Intelligence artificielle, des logiciels de repérage des comportements suspects. Ils sont très en avance. On peut apprendre d’Israël sur ces technologies ». Eric Ciotti, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, ont fait des déclarations analogues. Et l’article du quotidien de droite se termine en relevant que « en 2016, Hervé Morin appelait déjà à “israéliser” notre sécurité ».

Tout cet article, qui fonde le raisonnement de BDS, a pour objet la question proprement du terrorisme. Certes le gouvernement vend sa loi de Sécurité au nom de l’anti-terrorisme. Mais ses articles les plus décriés ont pour premier objectif la répression des mouvements populaires qui s’expriment dans la rue. Alors BDS rebondit, en expliquant qu’en Israël, en toute logique colonialiste, c’est bien la population palestinienne dans son ensemble qui est traitée, et opprimée, en position d’ennemie. En France pareillement, l’hystérisation autour d’un supposé « séparatisme » démarre « en désignant une partie de la population comme l’ennemi intérieur ».

L’argumentation n’est pas aberrante. La discussion est permise. À ceci près, qu’en matière de méthodes répressives et de guerre menées par des gouvernements contre leurs peuples, le pouvoir israélien se connaît une foule de challengers, de Chine et Hong-Kong en Russie, de Biélorussie en Algérie, auxquels le pouvoir macroniste emboîte le pas.

Et le bât blesse s’il s’agit de considérer que l’incroyable durcissement répressif du pouvoir macronien relèverait, plutôt que d’un projet politique endogène, d’une importation depuis l’étranger – depuis Israël particulièrement. Notons, du reste, que « les méthodes françaises de maintien de l’ordre » sont un vecteur courant de l’exportation de l’influence française à l’étranger, avec formations, techniques, et bien sûrs armements correspondants, à la clé. Parle-t-on, à ce seul titre, de « francisation » des nombreux pays qui y ont recours dans le monde ?

L’expression est dangereuse, qui parle d’une « israélisation de la France », quand, inévitablement, toute une partie de l’opinion, en pleine dérive sur les réseaux sociaux, orchestrée par des Soral, Dieudonné, tant d’autres, entend aussitôt « judéïsation », et pourquoi pas « enjuivement », pour sauter à pieds joints dans l’antisémitisme. Il est alors trop tard pour arbitrer savamment entre les notions d’État, de gouvernement, de peuple, d’ethnie, de religion, qui ne sont en rien synonyme.

BDS explique : « L’isréalisation c’est l’importation en France, par les pouvoirs successifs, du modèle sécuritaire israélien basé sur les technologies numériques ». Non, cela s’appelle en effet « l’importation du modèle sécuritaire israélien basé sur les technologies numériques » comme d’autres importent « le modèle français des méthodes de maintien de l’ordre ». Cela ne s’appelle pas « israélisation » ou « francisation » d’une société, comme gagnée par un virus. Cela parle du marché sinistre des armements et des savoirs entre classes dominantes de tous les pays, alliées pour écraser la résistance de leurs populations.

Or voici que sur les réseaux sociaux, c’est la manifestation elle-même contre la Loi Sécurité, ses organisateurs, voire les simples manifestants, qui se retrouvent accusés. Le site Lignes de crêtes a vu une « pancarte géante » (vu sur photos : à peu près un mètre cinquante de long, soixante centimètres de haut, on n’est pas dans la banderole qui se capte à cent mètres !). Mais on croit comprendre que tout manifestant est doué d’une capacité de téléportation en tout lieu sur toute la longueur d’un cortège de plus de deux mille personnes, l’amenant à tout voir, en assimilant en instantané tous les messages, leurs implicites, leurs références, qui y pullulent.

Photo de Samuel Clauzier de la manifestation du 21 novembre à Montpellier contre la loi Sécurité

De même, on invente « une place prépondérante lors des prises de paroles » qui aurait été accordée à BDS. Son orateur s’est exprimé en quinzième position parmi un total de dix-sept interventions. Cela sur une durée de deux minutes, c’est-à-dire pile la moyenne de ces brèves déclarations, oscillant entre quarante-cinq secondes et trois minutes trente. Aucune contradiction ne se serait manifestée, alors qu’on entend si nettement des protestations que l’orateur pris à partie en vient à y opposer ses propres interjections. C’est la seule intervention où cela se produise. Tous ces éléments sont strictement vérifiables sur les enregistrements tous mis en ligne sur le site La Mule du Pape.

Enfin, la foule coupable y serait allé de ses acclamations à tout rompre, à l’écoute « d’un discours violemment antisémite », là où il y a un discours discutable – on vient de l’exposer – de la part d’un groupe par ailleurs constamment harcelé par la répression, pour son appel au boycott contre la colonisation, lequel est, pour le moins, aussi entendable que celui qui visait naguère l’apartheid. La foule a-t-elle « applaudi l’antisémitisme décomplexé » ? Rien n’était audible à plus de vingt mètres de la malheureuse sono utilisée, de sorte que l’immense majorité de la foule, bruyante et si joyeuse d’oser affronter Darmanin, applaudissait sans guère savoir quoi exactement, comme une ponctuation allant sans dire, entre gens solidaires.

Pris dans tout ce mouvement, il fut jusqu’au journaliste du Poing pour ne pas suivre précisément cette intervention, comme d’autres d’ailleurs, l’événement étant global, partout ailleurs, sans se rabattre sur la seule autorité oratoire. On tenait donc cette histoire comme finalement très périphérique dans une magnifique mobilisation pour les libertés. Mais ce mercredi matin, un nouvel assaut, cette fois délirant, ne peut qu’être mentionné. Un nouveau post sur réseaux sociaux estime qu’ « on a eu droit à tout dans ce cortège, de la haine du juif “classique” au complotisme le plus assumé du monde ». Et de s’en prendre à ces « militants de l’indignation soigneusement sélective », puisqu’il aurait fallu en venir au sort des « Ouighours, des civils syriens, des Yéménites ». Tout cela pour regretter que personne n’ait été « empêché ou appréhendé ».

Voici longtemps qu’on a appris à expédier à la corbeille des flots entiers d’éructations en roue libre sur les réseaux. Sauf. Sauf lorsque ce dernier est signé de François Villette, embauché par le maire PS, Michaël Delafosse comme conseiller pour la sécurité. François Villette est homme de droite, il a laissé tous les souvenirs correspondants comme étudiant de la fac de droit et vice-président de sa corpo. Plus récemment comme collaborateur du politicien de droite qui a évincé la municipalité communiste de Saint-Ouen en banlieue parisienne, en jouant de toute la démagogie sécuritaire pour porter la gentrification et la spéculation immobilière contre les quartiers populaires.

C’est de cela que Michaël Delafosse avait besoin, comme d’une verve si particulière sur les réseaux sociaux, qu’il laisse à ce collaborateur tout loisir de s’exprimer directement en ligne, hors les canaux soigneusement verrouillés en temps normaux, de la communication politique et institutionnelle. Au maire socialiste de Montpellier, qui sait ce qu’il fait, qui ne peut plaider l’inadvertance, d’expliquer à présent en quoi nos impôts doivent servir à payer un militant de la droite sécuritaire, spontanément enclin à afficher son mépris pour les citoyens en résistance contre la nouvelle loi liberticide, dite de sécurité globale, laquelle, va-t-il sans dire, ne l’inquiète en rien.




Source: Lepoing.net