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Ce collectif (1) dénonce “l’ultraréglementation qui s’appuie sur des normes sanitaires et environnementales dont le nombre a explosé depuis vingt ans et qui prétendent répondre aux problèmes actuels que sont la santé publique et la protection de l’environnement ; ceci alors que la gestion par les normes ne sert qu’à écrémer la population agricole pour concentrer la production et les profits.

La dégradation de notre environnement et de notre santé est incontestable, mais les normes n’ont démontré ni leur nécessité, ni leur efficacité : aucune étude ne démontre le risque supposé des pratiques paysannes. Bien au contraire, l’industrialisation de l’agriculture s’est accompagnée de l’usage massif de produits toxiques pour la nature en général et pour les humains en particulier. La dégradation de nos conditions de vie est intimement liée au développement du modèle productiviste.”

Si nous sommes réservés quant à certains passages du texte * (signé par “Quelques personnes parmi celles qui organisent les rencontres du Collectif”, rencontres qui étaient prévues les 7 et et 8 novembre et qui ont été annulées pour cause de mesures “sanitaires”), nous en publions ici de larges extraits . En effet, nous le jugeons intéressant pour réfléchir sur les gestions sanitaires étatiques et leurs conséquences en cette période de pandémie d’un virus qui touche les humains … et de retour de la grippe aviaire avec son cortège de normes et réglementations.

* Nous ne pensons pas que c’est la situation actuelle de la pandémie qui est responsable du délitement social, de l’industrialisation de l’agriculture etc.. Les luttes ont échoué sur ces terrains bien avant cette crise sanitaire. Par ailleurs, il n’y a pas que des attitudes négatives (qui ne sont pas nouvelles et révèlent ce qui pré-existait) au cours des confinements : des solidarités, des échanges, des rassemblements et des manifestations ont lieu malgré tout.

(…) Nous constatons depuis quelques mois que la gestion sanitaire étatique appliquée aux humains, pour la “santé” de masse, entre autre pendant la pandémie de coronavirus actuelle, est en train de conduire aux mêmes effets que celle imposée aux fermes, aux élevages et cultures, pour l’alimentation de masse. Il s’agit de la même idéologie et des mêmes outils de modelage des activités et des cerveaux qui fabriquent la réalité de demain en faisant croire qu’ils répondent à une nécessité d’aujourd’hui.

Le choix, scientiste, modélisateur, issu des techniques de l’industrie, celui des consignes, des normes, des protocoles et traçabilités sanitaires pour “se protéger et bien sûr POUR PROTÉGER LES AUTRES” (les fameux autres à qui on n’a rien demandé) conduit à détruire dans les activités humaines et dans les modes de vie les possibilités de diversité des réponses, d’expérimentation, de libre arbitre, condamne les formes d’autonomies et de libertés et dissout les communautés humaines locales sans jamais résoudre les questions de santé, qu’elle soit animale ou humaine. Cette gestion sanitaire étatique permet,au bout du compte de légitimer la puissance industrielle agroalimentaire ou médicale et engendre, de par sa méthode hygiéniste et pharmaceutique,la survenue de la prochaine crise.

Alors que l’on voit depuis des décennies, dans ou autour de nos élevages, s’enchaîner les pandémies animales et les mêmes consignes et réglementations sanitaires coercitives et dévastatrices qui s’en

suivent, désormais on commence à voir s’enchaîner les pandémies humaines, avec la même accélération au fur et à mesure de l’industrialisation de l’ensemble des aspect de la vie.

Ayant observé et subi, dans nos vies agricoles, les effets et transformations qu’ont opérés ces crises sur la vie paysanne et aujourd’hui sur l’agriculture,on ne peut que constater qu’elles sont un

moteur, une méthode de mutation industrielle accélérée des vies et activités humaines et d’élimination des moins intégrées au” PROGRÈS économique et social” en marche.

Cette fuite en avant coercitive nous dépossède à chaque fois un peu plus de savoirs empiriques, de liens et de compréhensions communautaires et géographiques et fabrique dans les têtes, outre la peur et l’hygiénisme, la perte d’autonomie et la nécessité de la tutelle de l’Etat et de l’industrie pour survivre, la boucle est bouclée. C’est la technique du pompier pyromane.

Le mirage des aides financières pour “soutenir les victimes” permettant à l’Etat de se placer en sauveur tout en lui donnant la possibilité de planifier le tri, par le choix de répartition et des montants attribués, entre les activités qui seront maintenues tout en étant modelées parce qu’elles sont stratégiques, rentables et celles qui seront éliminées.

Les États et les industriels ne peuvent être tenus pour seuls acteurs de ce basculement actuel de nos vies ou de la fin de nos illusions tant on a vu d’autres autour de nous, passée la stupeur du début du confinement, des inconnus ou des amis se mettre à nourrir la peur, se replier sur la famille, le travail et l’aménagement intérieur, réclamer l’application des protocoles contre toute logique, efficacité et observation de la réalité locale, mettre en avant leur priorité individuelle ou familiale au mépris de la vie sociale voire de leurs amis, isoler les réfractaires, refuser d’observer au dehors par eux-mêmes, de discuter, d’aller voir pour comprendre ce qui se passait réellement là où ils vivaient plutôt que de s’abreuver de la médiatisation chiffrée de la peur et adopter des attitudes moutonnières face au grand danger annoncé, puis tomber dans la soumission et la cogestion de la politique sanitaire étatique, organiser avec fierté la surenchère protocolaire masquée et hydroalcolisée, créer

la culpabilité chez les récalcitrants, voire imaginer des propositions répressives ou s’adonner à l’application numérique voire à la délation.

L’expérience du confiné social, celle de l’immense dépossession de beaucoup d’aspects de nos vies face à l’Etat et à l’industrie, ressentie largement, a créé POUR L’INSTANT beaucoup plus de soumission que de révoltes, signe de communautés humaines, particulièrement celles

urbanisées mais pas que, déjà bien détruites.

Et puis il y a l’effet majeur d’accélération de la numérisation de toute relation et activité, mutation qui est le plus grand facteur d’industrialisation et de contrôle de l’époque. En parlant de numérisation et d’industrialisation, que dire des agris se nommant “paysans” et “anti agriculture industrielle” qui se sont engouffrés dans l’élaboration de “drive paysan”, “click and collect” et

autres technologies numériques “sans contact” et qui en vantent les mérites de gain de temps et d’efficacité, annonçant vouloir les maintenir au delà des crises sanitaires !

De nos expériences d’éleveur-euses, nous voyons s’appliquer actuellement aux humains les mêmes gestions, protocoles que ceux imposés depuis longtemps aux animaux et cultures avec les mêmes techniques pour décrire une réalité faussée, les mêmes mots et outils pour les diffuser, réprimer les hésitants ou récalcitrants, ceux qui savent ce qu’ils vivent et comprennent ce qu’ils vont perdre. Ces méthodes de gestion sanitaire répandent la peur, organisent l’acceptation et le conditionnement, trient, contrôlent, modèlent le monde de demain et nous savons que cela a organisé la destruction des communautés et savoirs paysans, fait disparaître les formes d’autonomie patiemment élaborées

que portait la vie agricole et engendré une agriculture et alimentation industrielles, jusque dans la bio devenue le nouveau souffle et l’avenir de l’agroalimentaire.

On dirait malheureusement que les petites prises de conscience et combats contre l’élevage industriel et ses conséquences, en fait largement détournées et rackettées par l’idéologie animaliste, ne sont pas encore abouties au point qu’elles permettent de partager largement le constat que les mêmes mécanismes sont actuellement mis en œuvre pour la gestion des pandémies humaines avec les mêmes effets sur la vie sociale générale que ceux déjà bien visibles sur la vie agricole (…)

(…) La gestion sanitaire actuelle veut et va, comme à chaque crise, réprimer et supprimer des modes de vies plus autonomes et aussi les plus petites activités, les moins modernes ou moins normés ou les plus indépendants tout en faisant croire que, après la crise, le “paradigme économique” va changer alors qu’il ne fait que trouver des solutions, s’adapter pour seperpétuer ou fabriquer ses outils de demain (…)

(1) Contact : hors.norme chez riseup.net




Source: Oclibertaire.lautre.net