Le peuple français, le peuple, allemand, le peuple palestinien, le peuple corse, le peuple européen, le peuple protestant, le peuple juif, le peuple noir … très souvent le terme de peuple est utilisé, mais sans que l’on sache réellement ce qu’il recouvre.
Comment définit-on un peuple ? Où cette notion s’arrête, où commence-t-elle ? Le terme même de peuple peut-il être utilisé de manière sérieuse, rationnelle pour ne pas dire scientifique ? Depuis des années, je me trouve à moi-même des contre-arguments.

Je propose une série des raisonnements par l’absurde qui devraient permettre de nous éclairer pour définir ce qu’est ou ce que n’est pas un peuple.

Sécable ou insécable ?
Premièrement un peuple est-il divisible en plusieurs peuples, ou est ce une entité insécable ?
S’il y a un peuple corse pourquoi ne serait-il pas divisible ? Peut-il y avoir un peuple corse du Sud, et un peuple corse du Nord ? Qui décide ? Le peuple corse du Sud et le peuple corse du Nord décident librement de s’associer pour se définir comme peuple corse, ou au contraire le peuple corse accorde ou pas la possibilité de se découper en deux peuples ? Un des deux peuples ne veut pas être confondu avec l’autre ? Pourquoi pas également définir un peuple du littoral et un peuple de la montagne corse?

Si le concept « peuple » est insécable, qui décide de sa taille et de ses limites ? Sachant que si nous appliquons la variable la plus grande : le peuple humain, il est difficile de fixer ensuite une variable inférieure.
Si le peuple est sécable, cela signifie qu’il l’est sans limites, à l’infini, et donc se pose la question de la légitimité d’un niveau parmi tous les autres.
S’il est sécable à l’infini, quel est le nombre d’individus minimum pour déterminer un peuple ? Ainsi si l’on prend le peuple européen, on peut y trouver à l’intérieur le peuple français, puis le peuple picto-charentais, puis le peuple deux sévrien, puis le peuple niortais, puis le peuple du Clou-Bouchet [note] , enfin le peuple de la famille Martin qui comme tout le monde le sait habite ici depuis très très très longtemps.
La taille ne semble donc pas un critère, par exemple, tout groupe humain entre 2 et 10 000 000 se reconnaissant en commun un certain nombre de critères ne peut pas définir un peuple…Entre les chinois et les luxembourgeois…
De surcroît avec cette notion de peuple sécable, mais à double entrée, soit emboîté, il pourrait apparaître qu’on puisse être dans deux peuples simultanément, avec un plus fort…mais lequel ? L’européen ou le picto-charentais ?
Exit, la notion de taille, et donc par conséquent la notion de frontière légale. Car si nous (la communauté internationale) reconnaissons facilement qu’il pourrait y avoir un peuple belge compris dans les frontières de la Belgique. Comment fait-on pour les peuples, kurde, basque, catalan que certains proclament ?

Le territoire ?

Mais encore on pourrait concéder que les frontières ne sont pas à la bonne place et que le peuple basque est envahi par les nations française et espagnole. Par contre ce critère de frontières, même non légales, ne fonctionne plus si l’on prend des notions comme le peuple allemand (il y a des allemands en Allemagne, Autriche, Tchéquie, Pologne et… au Kazakhstan, beaucoup au Kazakhstan !), ou encore avec des notions comme le peuple rom, le peuple juif.
Mais si l’on va au delà, l’idée même de territoire est-elle pertinente ? Peut-il y avoir un peuple sur des territoires discontinus ? Peut-il y a avoir des peuples itinérants ? Peut-il y avoir un peuple sans territoire ou un territoire sans peuple ? Si un peuple est forcément lié à un territoire, nous voyons qu’un peuple sédentaire sans territoire précis, avec un peuple non sédentaire et un peuple sédentaire sur un territoire précis, peuvent tous les trois à un moment de l’histoire être sur un même territoire et que ceci va générer plusieurs problèmes. Entre autre que le territoire est source de conflit…
Nous mettons donc en question la notion de territoire comme fondement du fait de peuple. De deux manières, premièrement cela exclurait les identités collectives itinérantes, discontinues, et deuxièmement, on peut toujours trouver une identité collective plus petite, dans un territoire étant une partie d’un plus grand.

La, les langues comme fondement du fait peuple ?
Continuons notre raisonnement sur ce qui pourrait défendre le « fait de peuple ».
D’aucun évoquerait la langue. Il serait alors possible dans ce cas de parler de peuple français (encore), de peuple allemand, mais il n’est plus possible alors de parler de peuple espagnol, belge, suisse, ottoman, californien, austro-hongrois, congolais…où sur le même territoire officiel, pays ou région, se côtoient, s’entremêlent plusieurs langues officielles ou tout du moins usuelles et usitées. A l’inverse, il y a t-il un peuple britannique qui aurait en commun l’anglais lorsqu’on connaît les fortes identités écossaises et galloises et qui comprend Gibraltar en pleine Andalousie ? Il y a-t-il un peuple francophone qui va du Sénégal au Québec en passant par une partie de la Suisse, de la Belgique et bien sûr la France ? Un peuple castillan, regroupant notamment l’Argentine, le Venezuela, Ceuta au Maroc, la Guinée équatoriale et les trois quart des deux Californie ?
Comme les territoires, les langues sont des éléments tangibles mais qui ne suffisent pas à déterminer la notion de peuple, soit qu’il y ait des identités collectives parlant plusieurs langues côtes à côtes ou entremêlée, soit que des identités collectives très fortes et très différentes parlent la même langue.

La durée, l’histoire, la violence d’État…

Prenons, alors la notion d’histoire, d’ancienneté, de pays, cela peut-il être une base à l’idée de peuple ? N’oublions jamais que si la France dans sa géographie actuelle date à peu près du XVI siècle, l’Italie et l’Allemagne ont à peine 130 ans. Tous les territoires sont issus de conquêtes et de scissions. Aucun territoire sur la planète ne s’est constitué par la libre association, ou si peu, même si nous pouvons citer actuellement la Suisse et dans une moindre mesure l’Union Européenne. Certes l’Europe est une association, mais de pays qui eux ne se sont construits que sur la conquête et la violence. Aucun pays européens, à l’exception de la Suisse, n’a échappé à la volonté de conquête dans et hors du territoire européen (par contre elle a fournit des mercenaires à beaucoup de pays). Citons le Danemark qui a conquis la Sicile, puis plus tard dominé la Suède et aujourd’hui le Groenland. Citons la Lituanie qui s’étendait sur l’Ukraine et la Pologne… Citons en contre-exemples de ces expansions violentes, tout de même dans le passé, quelques alliances grecques [note] , la ligue hanséatique [note] qui se construit par la libre association des cités.
Alors à partir de combien de temps une violence du passée serait oubliée et dans lequel on ne pourrait remettre en cause des frontières ou identités ? Les arabes (eux-mêmes peu arabes mais plus berbères) ne dominent plus la péninsule ibérique depuis moins longtemps que l’Ukraine n’est russe, mais en quoi les actuels dominants de cette péninsule sont-ils plus légitimes sur les Basques ou les Galiciens ? Nous sommes d’accord pour que l’État français (ou plus précisément Paris) ne domine plus l’Algérie, mais ne concevons pas que les Basques créent leur pays. Certains Berbères refusent la domination arabe qui dure depuis le VIIIe siècle sur « leur » pays, l’Algérie. Qui sont les plus légitimes en Sicile : les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Romains, les Vandales, les Ostrogoths, les Byzantins, les Arabes, les Vikings (Danois), les Allemands, les Français, les Aragonais, les Italiens, tous successivement maîtres et constructeurs de l’île ? L’âme sicilienne se traduit-elle dans un peuple ?
En l’absence de critères scientifiques, rationnels, concédons qu’il faut tout de même accorder l’existence de peuple, quand un groupe d’humains décident de se reconnaître comme peuple et, chose importante, qu’ils le fassent avec l’ensemble et, démocratiquement, des individus concernés (imaginons un habitant du 64 dont les parents sont depuis l’aube des temps connus comme habitants du mythique Pays basque, peut-il faire parti du peuple basque contre son avis ?). Pour continuer sur ce point seul la quasi-totalité d’un groupe peut définir un groupe. Imaginons qu’un peuple français se constitue et décide que les critères sont : langue française maternelle et territoire contiguë et homogène parlant français : et bien cela légitime sans passer par un processus démocratique à l’unanimité, un peuple français qui recoupe la République française, la moitié de la Belgique et Bruxelles, la moitié de la Suisse, Monaco, et surtout cela légitime derrière un projet politique territorial qui englobe tout cela.

Si des gens se reconnaissent comme peuple, c’est qu’ils incluent des gens dedans, s’ils en incluent c’est qu’ils mettent une limite. Il y a donc des gens de chaque côté de la limite et donc par conséquent d’autres sont excluent et ce sur des critères bien difficiles à définir.
Je, nous sommes quelque chose par opposition à ceux qui ne le sont pas et à ceux qui sont autre chose.
Être français, belge, italien, c’est facile à définir, cela tient à une situation juridique précise : avoir une carte de nationalité. Être breton, c’est habiter au sein de la région administrative Bretagne (dont une des anciennes capitales Nantes est exclue !). Mais être kurde, cela signifie quoi, c’est habiter à l’endroit où une majorité de personnes se reconnaissent comme Kurdes ? C’est parler la langue kurde ? C’est se revendiquer Kurde ? Une religion ? Et si l’on prend ces critères, que fait-on des gens, même parlant le kurde qui préféreront continuer à se sentir irakiens, turcs, iraniens syriens en premier et qui habitent là depuis « toujours » mais se trouveront en pleine zone dite kurde. La problématique est la même pour la Corse, où certains nationalistes [note] , voudraient faire voter pour une éventuelle autonomie ou indépendance, ceux qui sont corses, sur l’île et sur le continent, mais pas ceux qui sont « français » et qui vivent sur l’île. Il y a-t-il une règle qui déclare à partir de combien de générations un Corse n’est plus corse s’il vit sur le continent ou un continental devient corse s’il vit sur l’île ? Dans le cas contraire, cela signifie qu’il y a une race corse, un sang corse et on tombe dans le délire racialiste, comme le sont encore largement les Allemands avec le droit du sang, même si cela s’est assouplit grandement ces dernières décennies. J’ajouterais avec malice, que la Savoie et surtout Nice sont françaises depuis à peine 130 ans, contre 250 ans pour la Corse…

Abandonnons la langue, le sang, l’antériorité, la conquête et prenons un critère important : la religion.
Il y a-t-il un peuple musulman ? Un peuple juif ? Un peuple bouddhiste ? La religion est-elle une composante indispensable, complémentaire ou première de la définition d’un peuple ?
Cela peut fonctionner pour le peuple portugais, un territoire (mais depuis peu, avant il était composante du peuple ibérique), une langue (assez récente), et une religion (très majoritaire), mais ça reste une exemple rare. Nous pouvons citer le Japon, ou se superposent, langue, territoire, religion traditionnelle, antériorité.
Cependant, il convient de dire que si la religion peut faire partie d’une identité collective, celle ci ne peut définir un peuple. Il n’y a pas de peuple musulman, de peuple juif ou bien encore de peuple catholique. D’aucun dirait que la première et la troisième religion citées présentement ont pour vocation de recouvrir la planète et de convertir tout le monde. Il ne devrait y avoir à terme de peuple que catholique ou de peuple que musulman, nous somme là face à une aporie évidente.
Mais plus encore que les critères énumérés successivement, c’est l’ensemble de ces critères qui pose problème. Soit l’on évoque le fait de peuple juif ou catholique, et donc il y a des gens qui seraient dans deux peuples à la fois, mais sans se recouper (peuple allemand et peuple catholique pour les bavarois ?), peuple argentin et peuple juif, pour les nombreux Juifs argentins.
Mais si l’on acte qu’il y ait un peuple juif, donc basé uniquement sur la religion [note] , pourrait-il y avoir un peuple israélien ? Peuple israélien comprenant des Russes ou des Éthiopiens de religion juive, des Arabes juifs, musulmans ou chrétiens ou encore beaucoup d’athées. Mais là encore, il y en aurait pour inventer des inepties comme des Juifs athées, des musulmans athées, des chrétiens athées !
On voit bien qu’il faut aller à l’absurde pour maintenir sur des piliers de sable cette notion de peuple.
A l’opposée, quelles notions portent celles d’un prétendu peuple palestinien ? Il y aurait donc des Arabes (ethnie), athées (orientation philosophique), parlant arabe (langue), sur les territoires occupés par Israël, et les mêmes gens avec les mêmes critères en Israël. Mais il peut (devra ?) y avoir des gens de toutes confessions, de toutes langues, de toutes races, au sein d’un futur État palestinien, personne ne saurait poser le contraire comme principe. Donc, si l’on s’accorde sur le fait qu’après des décennies d’occupation militaire, de guerre, il faille pour que la raison reprenne le dessus passer par deux États, il ne saurait être question de reconnaître philosophiquement et politiquement deux peuples qui ont en fait les mêmes composantes avec des proportions juste différentes…
Si le peuple palestinien ne peut être pris sur une base religieuse, car sinon, que ferait-on des minoritaires, ils iraient où ? On ne peut le prendre sur une autre base :
– Pas sur une base ethnique ce qui serait non seulement choquant, mais absurde, car les sémites sont à l’origine des deux côtés,des territoires occupés et Israël, et surtout tous les pays voisins sont majoritairement sémites.
– Pas sur une base d’ancienneté territoriale. Il y a des déplacements de population tout aussi choquant, injuste, et assez récent qu’il serait bon de rappeler.
Citons les 13 à 14 millions d’Allemands, expulsés de chez eux (Poméranie), en 1945, qui ont tout perdu, au profit d’un agrandissement de la Pologne et des Polonais qui ont eu gratuitement des maisons, des terres. Tout le monde acceptera de dire que les Allemands déplacés étaient surtout, des femmes [note] , des enfants, des vieillards, et des hommes survivants, mais en aucun cas des Nazis, et que leur famille vivaient là depuis des siècles.
Citons les populations nombreuses déplacées dans l’ex-URSS (et privées de leurs biens) jusqu’à la chute de Staline.
Citons le cas d’une partie des Français évacués d’Algérie qui auraient peut être pour certains souhaités devenir algériens. Si une partie était d’horribles colons exploiteurs, une autre partie (importante) des personnes évacuées étaient des descendants des familles déportées de force de Paris après la chute de la Commune et d’autres occasions d’évacuer les ouvriers de la métropole. Il y avait aussi de nombreux descendants d’émigrés italiens, espagnols, politiques ou économiques, des réfugiés. Il y a donc eu double peine pour ceux là à plusieurs générations d’intervalle.

A partir de quand, un acte de colonisation (et souvent les colons dans l’Histoire n’ont pas le choix- on pense à toutes celles et ceux que la couronne britannique embarquait de force dans des navires sans billet retour pour l’Amérique ou l’Australie) devient un fait sur lequel on ne peut pas revenir ? Pourquoi la décolonisation n’irait pas jusqu’à expulser les Blancs, les Latinos et les Noirs des États-Unis pour laisser place à ceux qui étaient là avant ? Pourquoi la décolonisation n’irait pas jusqu’à expulser d’Algérie, les descendants des Arabes, des Égyptiens et tous les peuples qui de la Mésopotamie à la Libye ont suivi les armées arabes, dans la conquête de l’Ouest, des Vandales et autres Goths, des Romains…
Je ne parle pas des frontières qui changent, et où les populations ne sont ni expulsées ni submergées, comme l’Alsace-Lorraine. Je parle de mouvements de populations civiles, expulsées ou importées, par divers moyens (déportation, incitation économique, orchestration des deux : créer des harcèlements afin que des populations émigrent avec des avantages économiques pour s’installer dans un territoire conquis).
Prenons les populations chinoises des parties surpeuplées du pays qui sont fortement incitées à se rendre dans d’autres parties du territoire (ou l’étranger), comme le Tibet ou le Xing–Xiang (Ouigours), quitte à rendre les personnes qui étaient présentes majoritairement depuis des siècles, minoritaires dans ces territoires !
Que va faire l’histoire pour ces populations ? Le sort des Pieds noirs d’Algérie ou celui des Blancs qui ont colonisé l’Amérique, l’Australie, la Nouvelle Zélande et qui ,semble-t-il, ne vont pas être obligés de revenir en Europe pour laisser leur terre aux autres habitants ?
Et si des rebelles syriens décidaient de couper le pays en deux parties et d’expulser sans aucune indemnité tous ceux qui sont pas de telle ou telle religion vers l’autre partie de la Syrie, on acterait comme on a acté pour la Poméranie en 45 et plus récemment pour de nombreuses provinces des Balkans dans les années 90 ?

On voit bien, si l’on retourne en Palestine, que cette notion de peuple à être brandie maintient des conflits à l’infini. La seule lutte qu’il convient de mener c’est la lutte pour les droits de l’individu, en termes de conditions économiques et de libertés politique, bref en termes de classes. A commencer par ceux des habitants de Palestine qui en raison de l’État et de l’armée d’Israël vivent dans des conditions inadmissibles.

Mais plus près de nous, et en miroir des situations en Chine, en Afrique, en Palestine, cette notion de peuple est dangereuse et pourrait renforcer les thèses de la droite radicale. Ainsi, même s’ils se savent descendants de réfugiés économiques et politiques d’Espagnols, de Polonais, de Portugais, d’Africains de tout le continent, les individus nés et vivant en France, veulent tous rester en France, et ils se sont battus tout au long de l’histoire avec les autres salariés du territoire pour avoir des droits sociaux et politiques.
Il est rarissime qu’un petit fils de réfugiés espagnols qui a fuit la dictature franquiste, souhaite aller vivre en Espagne, ou en tout guère plus qu’un autre français et pourtant la dictature n’existe plus.
Alors pourquoi des arrière petits-fils de réfugiés palestiniens ne se battent pas pour leurs droits là où ils vivent (Jordanie, Liban…) ? Qui a intérêt à entretenir ce mythe de peuple incompressible ? Ne serait ce pas ce même raisonnement que l’extrême droite en Europe. Les dictatures arabes ne veulent pas des palestiniens et leur donnent l’illusion d’un peuple mythique pour que ces enfants de réfugiés se battent contre Israël et pas pour leurs droits en tant qu’individus là où ils sont. La responsabilité d’Israël sur ce drame est immense mais elle n’est pas la seule.

Les droits des individus plutôt que les droits d’un peuple…

Mon approche est volontairement rationnelle et polémique, au delà d’une simple approche rhétorique, c’est le fait que dans les milieux de la gauche radicale (réformiste et anticapitaliste) nous employons des termes qui ne sont pas les nôtres ou dont nous ne voyons pas les conséquences de leurs introductions dans notre discours.
Le raisonnement par comparaison est toujours le plus instructif, ainsi, dans beaucoup de tracts, nous pouvons lire « peuple palestinien », or quand tel parti, syndicat, collectif évoque un sujet, pose une revendication y compris contre des entités au delà de la France, par exemple contre la gouvernance de l’Union européenne, contre les agissements du gouvernement américain, il ne signe jamais ou ne fait jamais référence au peuple français. Ce sont toujours des références de droits individuels ou de classes sociales qui sont inscrites. Alors pourquoi deux poids, deux mesures ?
La notion de peuple implique l’exclusion du groupe de ceux qui ne sont pas dans le peuple et l’inclusivité des autres pose la question de leur volontariat à être dans ce peuple.
Je peux très bien être français juridiquement et ne pas me reconnaître dans une fumeuse notion de peuple français, et encore moins, parce que mes grands-parents auraient été vaguement croyants, faire parti d’un hypothétique peuple chrétien.

D’aucuns, m’opposeraient le fait des valeurs communes ou des modes de vie qui construisent une communauté et donc un peuple. Il y a des communautés, mais elles posent des problèmes et l’approche d’identité collective est plus facile.
Si un peuple c’est l’ensemble des personnes ayant des valeurs communes ou des modes de vie communes, cela conduit à deux nouvelles impasses. Le peuple ne pourrait alors exister qu’en se protégeant de valeurs qui lui sont étrangères, empêchant au nom des valeurs communes, que des membres aient des comportements mettant en danger sa survie. Nous pouvons citer, le refus de l’homosexualité, le refus des mariages exogamiques et des milliers d’autres choses où les droits des individus (valeurs universelles) seraient niés au nom des valeurs « peuplières ».
La deuxième impasse de cette notion de valeurs collectives, c’est qu’à partir de là, il y a de nombreux peuples, imaginables et absurdes : végétarien, gay, punk, bouliste, pongiste, adepte de l’écran plat….ad nauseam

Pour terminer, certains voudront opposer la notion de nation par rapport à celle de peuple…en gros La France contre l’Allemagne…mais les nations étaient par définition itinérantes (les nations goths, les nations indiennes (Amérique du Nord))…
On voit bien qu’il faudrait se battre pour ses droits (droits sociaux, langues, cultures…) mais la frontière est par définition ce qui permet à une classe dominante d’asseoir sa domination, de construire de toute pièce une Histoire nationale, d’où la haine dirigée contre les nomades. Les « petits bourgeois » sédentaires, même ouvriers, à travers la sédentarité, s’assimilent plus à la bourgeoisie qu’à ceux qui refusent le rêve de la propriété d’une maison. Donnez moi quelques centaines de millions d’euros et trente ans et je vous construis un peuple « Nos ancêtres les Belges, peuple fier, avec comme capitale du sud Toulouse » . L’hypothétique mondialisation est justement, une mondialisation des capitaux avec des restrictions aux déplacements (sauf le tourisme)…lutter contre le capitalisme mondial par la construction de frontières et cultures ou d’identités factices est un moyen pour qu’ils maintiennent leur domination et fasse de l’argent.

Pour une conclusion par la preuve par l’absurde…avez vous déjà discuté sur la Bretagne, quelle était la langue bretonne ? Qui devait la définir entre le Léon et Brest ? Ou la même chose en Catalogne, ceux de Gérone qui se moquent de ceux de Valence qui ne parlent pas le bon catalan, même s’ils veulent leur propre indépendance mais alors ceux de Murcie se sentent exclus, les débats au sein des Catalans sont vifs pour savoir s’il faut le droit à l’autodétermination de territoires au sein de la Catalogne juridique actuelle et les votes indépendantistes font assez peau de léopard…

Cygalle Poitiers


Article publié le 23 Sep 2019 sur Monde-libertaire.fr