Juin 12, 2022
Par Actualités Sur Les CRA
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Un enfermement “inhumain”. Voici comment est décrit le quotidien des exilés dans les centres de rétention administrative français (CRA) dans le nouveau rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGPL), publié le 2 juin.

Tout au long de l’année 2021, Dominique Simonnot a effectué plusieurs visites dans les CRA de Bordeaux, Nice, Hendaye, Nîmes, Strasbourg et Palaiseau (région parisienne), dans les zones d’attente des aéroports de Nice, Lyon, et Roissy-Charles de Gaulle, ainsi que dans le local de rétention administrative de Tourcoing.

Premier élément dénoncé par l’étude : l’allongement de la période de rétention pour les étrangers en situation irrégulière. À cause de la pandémie et des fermetures des frontières, les éloignements ont été rares. “La réticence des autorités du pays de destination à accorder des laissez-passer” et “l’obstination des autorités françaises à prolonger les mesures en dépit de la disparition des perspectives d’éloignement”, a forcé les exilés à patienter dans les CRA parfois plusieurs mois.

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Alors même que ces structures, “conçues à l’origine pour de brèves périodes, d’un mois au plus”, ne sont pas adaptées pour des séjours longs

. Malgré cela, ni “nouvelles installations” ni “changement de règlement” n’ont été opérés pour “supporter le temps qui s’écoule dans l’ennui, l’inaction et l’angoisse”, déplore la CGPL.  

L’attente et le stress d’un avenir incertain, mêlés à des conditions de rétention difficiles, ont sensiblement dégradé l’état psychologique des occupants. En mars dernier, un incendie volontaire s’est déclaré dans le nouveau CRA de Lyon, ouvert en début d’année, pour dénoncer les conditions de vie de la structure. Ce nouveau centre, “très compartimenté” selon les acteurs associatifs, est situé si près de l’aéroport que “les retenus entendent les avions toute la journée, ça en est assourdissant”, avait assuré Mimot du collectif “Anti-CRA” à InfoMigrants.

“Aucun geste barrière n’est respecté”

Autre conséquence de la pandémie pour les exilés, la détérioration des conditions sanitaires dans les CRA. À cause, d’abord, de “l’impossibilité de mettre en œuvre quelconques mesures de distanciation sociale”. “En décembre 2021, alors que la cinquième vague de la pandémie s’abattait sur la France, les personnes étaient encore hébergées dans des chambres collectives et prenaient leurs repas dans des salles communes”, déplore le rapport.

En outre, “aucun gel hydroalcoolique n’était distribué au motif étrange ‘qu’ils le boivent’. Le savon n’est pas à libre disposition dans les sanitaires et dans les salles communes, aucun geste barrière n’est respecté”.

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La CGLPL a également relevé que la vaccination “n’était pas systématiquement proposée aux personnes retenues, pourtant exposées à des risques importants de contamination”, et que d’autres étaient maintenues en rétention “en dépit de certificats médicaux établissant l’incompatibilité de leur état de santé avec la rétention du fait, notamment, de risques importants de développer des formes graves du Covid”.

Un rapport rédigé par plusieurs associations dont la Cimade et France terre d’asile affirmaient déjà en 2020 que les personnes enfermées étaient exposées à “des risques pour leur santé, une partie ayant été contaminée au sein des CRA où les clusters s’étaient multipliés”. Au début du confinement, aucune mesure n’avait été mise en place pour protéger les personnes enfermées. “Les gestes barrières étaient impossibles à respecter, les personnes retenues étaient toujours plusieurs par chambre, les espaces de vie collective ne permettaient pas de distanciation sociale, aucun masque n’était distribué aux personnes retenues, voire aux professionnels”, pouvait-on lire.

Un contexte qui, d’après la CGPL rendait tout bonnement impossible “la rétention administrative”. “En ce sens, de nombreuses décisions de placement en rétention sont injustifiées et leur légalité contestable”, s’insurge-t-elle.

Des signalements rarement pris en compte par les autorités

Ces manquements, régulièrement signalés aux autorités compétentes par la CGPL et des associations, sont rarement pris en compte par les autorités. Les recommandations faites par la contrôleuse sur “les conditions d’hébergement” et “l’insuffisance de la nourriture” sont ainsi “globalement restées sans suite”, déplore-t-elle.

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Elle regrette également, comme chaque année, des locaux “inadaptés” et “mal entretenus”, et du “mobilier dégradé et vétuste non remplacé”. Dans son dernier rapport, elle demande donc à ce que “les conditions matérielles dans lesquelles se déroule la rétention fassent l’objet d’une véritable politique publique, financée en conséquence”.

Mais les moyens alloués aux CRA semblent se diriger ailleurs. En lieu et place “d’une réfection des locaux permettant d’assurer a minima un accueil digne des personnes retenues”, les investissements immobiliers s’orientent prioritairement “vers un accroissement de la sécurité, qu’aucune donnée objective ne semble justifier – les incidents sont peu nombreux”, écrit le rapport.

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Des extensions de CRA existants, comme à Bordeaux où les autorités prévoient d’accueillir 140 personnes supplémentaires, et même la construction de nouvelles structures sont prévues un peu partout en France. La capacité totale de rétention devrait passer fin 2023 à 2 099 places, soit une augmentation de près de 70 % par rapport à 2018. La réfection des CRA existant attendra donc.




Source: Cercledesvoisins.org