La lutte des classes est au cƓur de notre combat rĂ©volutionnaire. Elle est Ă  la fois porteuse de transformations partielles opposĂ©es Ă  la logique et aux intĂ©rĂȘts des dominants, et d’une rupture rĂ©volutionnaire posant les bases d’une sociĂ©tĂ© nouvelle.

Les ouvriĂšres et ouvriers de Goodyear, Ă  Rueil-Malmaison, le 12 fĂ©vrier 2013.
Marie-Au Krasnyi

Nous affirmons que la division de la sociĂ©tĂ© en classes sociales antagonistes demeure le fait majeur du capitalisme moderne. Le capitalisme a connu de profondes mutations, il n’a cessĂ© et il ne cessera de se transformer, Ă  travers un cycle de crises et d’expansions. Mais il n’en repose pas moins d’abord et toujours sur des rapports de domination, dirigeants/dirigé·es, avec leur corollaire : l’exploitation des travailleurs et travailleuses manuel·les ou intellectuel·les par les classes dirigeantes.

Une conception moderne du prolétariat

Les classes sociales sont dĂ©terminĂ©es par leur place dans les ­rapports de pouvoir et dans la production – qu’il s’agisse de la production des biens matĂ©riels, des marchandises, des Ă©quipements, ou de la production des services â€“ dans le secteur privĂ© comme dans le secteur public. La lutte des ­classes oppose principalement la classe capitaliste et le prolĂ©tariat moderne.

La classe capitaliste est constituĂ©e des catĂ©gories qui, ­propriĂ©taires et gestionnaires des moyens de production, organisent la production et accaparent la plus-value qu’elles rĂ©partissent entre elles.

Le prolĂ©tariat moderne regroupe l’ensemble des groupes sociaux qui, parce qu’ils sont privĂ©s de toute propriĂ©tĂ© ou possession de moyens de production, sont contraints Ă  vendre leur force de travail (manuel et/ou intellectuel) pour la plupart d’entre eux sous la forme du salariat et sans pouvoir rĂ©el de dĂ©cision sur la production.

Entre classe capitaliste et pro­lĂ©tariat, de nouvelles couches moyennes salariĂ©es se sont dĂ©veloppĂ©es (cadres, ingĂ©nieur·es, technicien·nes
), qui occupent des tĂąches de gestion et d’encadrement. Ces couches pĂšsent toujours plus, politiquement mais aussi culturellement. La conduite de la lutte de classe suppose que la distinction soit faite parmi celles-ci, entre celles dont le commandement n’est que d’ordre technique et professionnel, et celles qui participent Ă  l’établissement de la finalitĂ© de la production.

Une partie des indĂ©pendantes et indĂ©pendants oscillent, d’un point de vue matĂ©riel et idĂ©ologique, entre les catĂ©gories supĂ©rieures et populaires, en fonction du capital (social, culturel, et Ă©conomique) possĂ©dĂ©, des revenus tirĂ©s de leur activitĂ© et de leurs conditions de travail. Les travailleuses et travailleurs non salariĂ©s de la terre, du bĂątiment, ou de la santĂ© notamment – dont le plus grand nombre subit l’exploitation de ce systĂšme de domination â€“ constituent toujours une catĂ©gorie sociale importante, tant du fait de la finalitĂ© de leur travail que de leur place dans l’environnement naturel et social.

Les mutations rĂ©centes du capitalisme dans les sociĂ©tĂ©s les plus riches ont diversifiĂ© et Ă©miettĂ© le prolĂ©tariat malgrĂ© sa place importante dans la sociĂ©tĂ©, rendant plus difficiles la construction et la transmission d’une conscience de classe. L’accĂ©lĂ©ration de la lutte des classes menĂ©e par la classe capitaliste conduit Ă  plonger de façon durable une part de plus en plus importante des travailleuses et des travailleurs dans le chĂŽmage ou la prĂ©caritĂ©. De nouvelles formes d’exploitation au travail se dĂ©veloppent en dehors du salariat, tel l’auto-entrepreneuriat qui permet Ă  de grands groupes privĂ©s, parfois par le biais de plateformes numĂ©riques, de faire appel Ă  des travailleuses et travailleurs sous-payĂ©s et faussement « indĂ©pendants Â», sans leur garantir une protection juridique et sociale.

Le recours Ă  la sous-traitance qui caractĂ©rise le capitalisme actuel, avec parfois plusieurs Ă©chelons de sous-traitances, dilue les responsabilitĂ©s patronales et divise d’autant plus le prolĂ©tariat, entre les sous-traitant·es et celles et ceux disposant d’un statut.

Pour une démarche inclusive

MalgrĂ© des conditions et vĂ©cus communs, le prolĂ©tariat n’est pas une classe sociale uniforme. Il est traversĂ© par d’autres systĂšmes de domination qui le subdivisent en groupes sociaux distincts. Les conditions de travail, la rĂ©munĂ©ration, ou encore les possibilitĂ©s de trouver un emploi dĂ©pendent de la qualification, mais aussi du sexe, du genre, du handicap, de la couleur de peau, des capacitĂ©s, de la ou des langues parlĂ©es, de l’origine, de l’orientation sexuelle, de la nationalitĂ©, de la religion rĂ©elle ou supposĂ©e
 Les femmes, les personnes LGBTI, et les personnes racisĂ©es subissent gĂ©nĂ©ralement une exploitation accrue et multiforme.

Le capitalisme instrumentalise ces divisions pour mettre en concurrence ces diffĂ©rentes fractions du prolĂ©tariat. Les combats pour ­l’égalitĂ© professionnelle entre hommes et femmes, contre les discriminations racistes ou LGBTIphobes au travail, ou encore pour les droits des travailleurs et des travailleuses sans papiers font donc partie intĂ©grante de la lutte des ­classes. De mĂȘme, les personnes souffrant de handicap se retrouvent particuliĂšrement discriminĂ©es et marginalisĂ©es. Leurs besoins spé­cifiques sont ignorĂ©s par le capita­lisme et les institutions normatives qui les considĂšrent comme des « coĂ»ts Â» supplĂ©mentaires, rendant difficile, voire impossible, leur intĂ©gration pleine et entiĂšre dans la sociĂ©tĂ©. C’est pourquoi nous soutenons leurs luttes pour l’égalitĂ© des droits et des conditions de vie. S’ajoute Ă  tout cela, et faisant partie intĂ©grante de la lutte des classes, la lutte contre la hiĂ©rarchie visant Ă  l’abolition de l’opposition dirigeant·e-exĂ©cutant·es dans le travail.

Un rÎle déterminant à jouer

La vision d’une classe uniquement ouvriĂšre, minoritaire, avant-garde sociologique et unique force d’entraĂźnement est une vision dĂ©passĂ©e qui ne prend en compte que la domination capitaliste et nie les autres oppressions.

Ce nouveau prolĂ©tariat multiforme mais unifiable sur la base de sa situation commune, dominĂ©e, exploitĂ©e, doit chercher des convergences revendicatives et antica­pitalistes avec de larges pans des couches moyennes salariĂ©es et des autres catĂ©gories sociales dominĂ©es par le capitalisme. Ces convergences se construiront Ă  travers les ­luttes sociales, les prises de conscience collectives, et l’émergence de projets nouveaux de trans­formation de la sociĂ©tĂ©.

Il nous revient, aujourd’hui, Ă  nous, rĂ©volutionnaires, de renforcer l’inclusivitĂ© des luttes. Il faut ­arrĂȘter de ne parler et de ne lutter qu’avec une frange particuliĂšre du prolĂ©tariat. Celui-ci est multiple, nos revendications doivent l’ĂȘtre Ă©galement. Associer Ă  notre vision anticapitaliste une vision anti­patriarcale et antiraciste, c’est ­renforcer le camp des rĂ©volutionnaires, c’est lutter ensemble pour l’entiĂšretĂ© des prolĂ©taires. Cette convergence se construira Ă  travers les luttes sociales, les prises de conscience individuelles et collectives, et l’émergence de projets nouveaux de transformation de la sociĂ©tĂ©.

La lutte des classes est au cƓur de notre combat rĂ©volutionnaire. Elle est Ă  la fois porteuse de transformations partielles (sur le travail, le partage des richesses, le droit, les institutions
) opposĂ©es Ă  la logique et aux intĂ©rĂȘts des dominants, et d’une rupture rĂ©volutionnaire posant les bases d’une sociĂ©tĂ© nouvelle Ă©mancipant l’ensemble de l’humanitĂ©. Le prolĂ©tariat, du fait de sa place dans les rapports de domination et de production, aura un rĂŽle central Ă  jouer dans la rupture avec le capitalisme et l’instauration de l’autogestion.

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Article publié le 26 Juil 2019 sur Alternativelibertaire.org