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– Peux-tu nous faire une rapide présentation de l’entreprise ?

– Environnement Recycling partage le même site que trois autres entreprises : Logistic Environnement, EVE (Environnement Valorisation Emploi) et Recyclea. Ces entreprises sont regroupées en UES [unité économique et sociale]. Les deux premières gèrent les déchets ; EVE gère l’insertion ou la réinsertion d’anciens détenus, de personnes privées d’emploi de longue durée et de migrants ; Recyclea, l’insertion de personnes handicapées.

Environnement Recycling est classée en ICPE [installation classée pour l’environnement].

Le syndicat présent dans cette société est Force Ouvrière, dont le représentant serait le neveu d’un des patrons, ceci pouvant expliquer qu’il n’y ait aucune information syndicale dans ses locaux et que, sitôt qu’un employé a des velléités revendicatives, il est viré.

– Comment es-tu arrivé là ?

– Je suis passé par une boîte d’intérim en relation avec EVE, car mon statut à l’époque était « privé d’emploi de longue durée ». Ma mission a d’abord été renouvelée chaque semaine, puis Environnement Recycling m’a proposé un contrat de quatre mois appelé CDDI [contrat à durée déterminée d’insertion]. Ce contrat devait comprendre une formation, mais ç‘a n’a pas été le cas pour moi.

– Comment sont organisés le travail et la protection du personnel dans cette entreprise ?

– Il existe plusieurs « lignes » correspondant à la nature des recyclages à effectuer. J’ai travaillé sur la ligne 1, de gestion des petits électroménagers, imprimantes, etc. : nous devions récupérer les câbles, condensateurs, batteries avant le broyage des appareils. Il y avait une deuxième ligne pour les écrans plats ou cathodiques, et une troisième pour le matériel informatique.

Le travail s’effectue en deux équipes : une vient le matin de 6 heures à 13 heures, et l’autre de 13 heures à 20 heures. Il y a une pause de vingt minutes, mais il en faut déjà cinq pour atteindre le lieu où on peut la prendre, et la surveillance est très développée, avec des caméras à l’affût de nos moindres faits et gestes.

Pour un salaire à peine supérieur au SMIC [salaire minimun interprofessionnel de croissance], ma fonction sur la ligne 1 consistait à récupérer des câbles électriques, condensateurs, batteries, cartons, plastiques, tout cela avec pour seul outil un marteau. Cette ligne est formée d’un convoyeur à bande [tapis roulant] incliné de 30 à 40 degrés sur la hauteur d’un étage ; d’un poste occupé par deux personnes dans une cabine au bas du tapis, et d’un poste de six personnes se trouvant aussi dans une cabine mais en haut du tapis.

Mon poste au bas du tapis était très physique et exposé aux intempéries, car le tapis est à l’extérieur et la cabine du bas est en fait un auvent : en cas de forts vents avec pluie, on est mouillés.

Ce travail est très physique et pas franchement épanouissant. Il est également dangereux vu que des micro-ondes et autres imprimantes peuvent tomber du tapis, et qu’une seule des deux personnes sur le poste du bas est en mesure de voir un élément chuter, donc l’attention doit être de tous les instants.

De plus, le matériel de protection individuel est constitué de gants, de manchettes et de lunettes. Mais les gants censés être anticoupures ne le sont guère ; alors que je les portais, je me suis par exemple coupé en manipulant une plaque à induction.

La poussière est omniprésente : après une demi-journée, les masques sont noirs, les gants également… et bien entendu nous aussi.

– Environnement Recycling a subi plusieurs incendies significatifs en moins d’un an. Sais-tu pour quelles raisons ?

– Pour le premier incendie, en août 2018, on a parlé de la mise à feu d’une batterie dans l’entreposage extérieur des broyats pour les plastiques.

Concernant celui qui est survenu en janvier 2019 au même endroit, la direction a d’abord parlé de malveillance, puis elle est revenue sur sa déclaration. Et la préfecture a rassuré la population : malgré la gêne occasionnée par les fumées, elle a affirmé que la toxicité n’avait pas atteint le niveau d’alerte ; mais elle a conseillé de ne pas sortir sans raison impérative, et a demandé qu’on lave les fruits et légumes provenant des potagers.

Un troisième incendie a eu lieu en juin 2019, dans les toilettes cette fois, et il a envoyé à l’hôpital cinq employés intoxiqués par les fumées.

A la suite de ces incendies, les services de l’Etat ont quand même demandé à l’entreprise de revoir et renforcer sa protection contre les incendies.

Concernant la sécurité des salariés, des plaintes ont été déposées. En connais-tu les raisons, là encore ?

– L’explosion de batteries ou de cartouches d’encre provoque des départs de feu chaque semaine. Alors des salariés de l’entreprise ont contacté la CGT de Montluçon, et ils lui ont fourni des vidéos qu’ils avaient réalisées au travail, ainsi que des certificats médicaux et les résultats d’analyses de sang.

La CGT de Montluçon a porté plainte contre Environnement Recycling pour mise en danger de la santé des travailleurs, en disant : « Les salariés sont exposés à la toxicité de 28 métaux lourds tels que le plomb, le baryum, l’antimoine… » Mais sa plainte a été classée pour prescription des faits.

De plus, les responsables CGT de Montluçon ont été mis en examen pour diffamation envers l’entreprise, après avoir diffusé un tract à son sujet. Mais le tribunal correctionnel de Montluçon a classé l’affaire, à la suite d’un vice de procédure : il n’a pas retenu la plainte pour diffamation.

– A propos de la politique d’Environnement Recycling en matière de masques, tu as une anecdote à nous raconter

– Alors que début mars, en pleine pandémie, la norme officielle pour le port du masque était de deux masques par jour, Environnement Recycling a averti ses salariés que la norme dans ses murs serait d’un masque par semaine. Comme la section FO ne trouvait rien à y redire, un salarié a contacté la médecine du travail, qui a tranché : ce serait un masque pour trois jours !

Propos recueillis par OCL Moulins

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Environnement Recycling fait sur son site internet la promotion de sa gestion écoresponsable des déchets DEEE. Cette société, adepte d’un capitalisme « vert » reposant sur la réinsertion d’un public dans la précarité et/ou handicapé, est soutenue par les pouvoirs publics de multiples façons, en plus de subventions diverses et variées.

Tout d’abord, la CCI (chambre de commerce et d’industrie) a fait construire sur 4,5 hectares de terrain 17 000 m² de locaux à la norme HQE (haute qualité environnementale) pour l’accueillir – un investissement de 6,6 millions d’euros. Le loyer annuel demandé à Environnement Recycling est de 360 000 euros, mais au bout de dix-huit ans ses locaux deviendront sa propriété – autrement dit, elle les aura acquis pour seulement 6,48 millions d’euros.

Grâce à la prime pour l’aménagement du territoire, la société touche 15 000 euros par emploi créé.

Bpifrance (Banque publique d’investissement) a investi 2 millions d’euros dans l’entreprise, dont une participation « minoritaire » dans son capital (à hauteur de 20 %).

Le département, la région et l’Europe ont aussi apporté leur obole à ce capitalisme « vert », mais là nos recherches n’ont pas permis de connaître les sommes versées par ces différentes institutions.

A titre de comparaison, le chiffre d’affaires d’Environnement Recycling est de 12,5 millions d’euros par an, pour un peu plus de 200 salariés. Le coût moyen d’un smicard est compris entre 20 000 et 25 000 euros par an, selon les exonérations de cotisations.




Source: Oclibertaire.lautre.net